Tour : Wiggins, le premier Anglais en jaune à Paris

STEPHANE THIRION

samedi 21 juillet 2012, 19:00

Bradley Wiggins a conclu son Tour par une démonstration magistrale lors du chrono final où il a devancé, nettement, son challenger Froome. Pour la première fois de l’histoire, un Anglais va gagner le Tour, ce dimanche, à Paris.

Tour : Wiggins, le premier Anglais en jaune à Paris

Il ne subsistait aucun suspense, sinon pour de lointains accessits dès lors que les Pyrénées avaient dégagé leurs verdicts bien avant ce qui aurait pu constituer, comme en 2011, le chrono décisif. 53 bornes, la même distance qu’à Grenoble lorsque Evans déposséda Andy Schleck d’un maillot jaune porté un jour, seulement.

Samedi, dans un mini Paris-Tours à l’envers, entre Bonneval et Chartres devant un public plutôt clairsemé pour l’événement (les parkings de dissuasion étaient pratiquement déserts autour de Chartres), les choses étaient bien différentes puisque les verdicts étaient tombés.

Evans s’efface devant Van Garderen

Tombé avec les honneurs à La Toussuire, Evans n’avait pu survivre à la maîtrise des Sky et les quelques accélérations de Nibali eurent raison, aussi, du vainqueur sortant.

Le moral de l’Australien en prit ombrage, son comportement dans les Pyrénées l’attesta et s’il avait peut-être l’ambition de terminer l’affaire en beauté entre les champs de blé fraîchement coupés, il laissa les faveurs des projecteurs à son jeune équipier Tejay Van Garderen, auteur d’un excellent temps qui lui permettait de confirmer un maillot blanc, mais surtout le statut de révélation de ce Tour 2011.

Lorsque l’Américain dépassa son aîné dans une ligne droite interminable, on vécut en direct un passage de témoin, peut-être l’image du Tour, finalement, le renoncement d’un grand champion qui avait misé tout sur la Grande Boucle.

Les JO déjà dans les têtes

Evans, comme Gilbert d’ailleurs, avait déjà la tête ailleurs, aux JO, mais personne ne s’attendait néanmoins à ce que celui qui ne remportera peut-être qu’un seul Tour abandonne ainsi toute velléité de rébellion.

Souffrant des séquelles de sa chute provoquée par le gros chien noir la veille, séquence qui a fait le buzz, Gilbert n’a pas insisté dans ce chrono même s’il constituait une répétition pour sa course olympique face à la montre. Le Remoucastrien est surtout concentré sur la course en ligne à Londres, il aurait été superflu de dépenser une énergie inutile sur ce parcours dominé par les Dupont de Sky, Wiggins et Froome.

L’intérêt de l’affrontement à distance entre les deux premiers du classement résidait dans la hiérarchie entre les deux hommes. Froome fit mine de contester, quelques secondes seulement, son maillot jaune de Bradley dans la montagne.

Son attitude fit débat, devait-il le faire ou pas, on ne le saura jamais mais il est une certitude, éprouvée à Chartres, c’est que Wiggins était le plus fort en mettant 1mn16 à son jeune rival, dont le nom est cité dans plusieurs équipes pour 2013 malgré l’année de contrat qui lui reste chez Sky.

Le coup-de-poing de Wiggins

Pour la première et la seule fois de ce Tour, le maillot jaune a levé les bras, un coup-de-poing rageur quand il a franchi la ligne, comme s’il avait gagné un sprint comme il le faisait sur la piste. Wiggins a ajouté du panache à son succès qui en manquait sans doute, pour les fines bouches, confirmant aussi sa ressemblance avec Indurain mais, aussi, la maîtrise de sa formation anglaise sur l’ensemble de la course, au point de pouvoir, ce dimanche, régaler son sprinter Cavendish en l’emmenant sur les Champs-Elysées.

Imaginons ainsi Wiggins, Froome et Boasson Hagen emmener le champion du monde sur la plus belle avenue du monde ?

Cette situation constituerait la conclusion exceptionnelle du Tour le plus « anglais » de tous les temps. 45 ans après la mort de Tom Simpson décédé d’un arrêt cardiaque au plus fort de la pente du Ventoux, un Anglais remporte pour la première fois le Tour de France. Et pour ajouter au panache de l’affaire, devant un compatriote, qui trouvera dans le parcours 2013 davantage de montagne, comme l’Italien Vincenzo Nibali, troisième.

A moins d’un séisme dimanche aux Champs, ce Tour s’achèvera aussi sans victoire belge, ce qui avait déjà été le cas en 2010 et 2009. Mais avec Jurgen Van den Broeck, quatrième du classement final, ce que la Belgique n’avait plus connu depuis Lucien Van Impe. Sans la malchance qui fut la sienne au pied de la Planche des Belles Filles, l’Anversois aurait pu prétendre au podium mais on ne refait pas l’histoire.