60 millions de francs belges de commission pour Lucien D'Onofrio ?

DAVID LELOUP

samedi 31 décembre 2011, 11:26

Si le FC Porto n'était pas côté en bourse, on n'aurait sans doute jamais appris l'existence ni le montant de la commission que Lucien D'Onofrio devrait toucher pour son rôle en coulisses lors des transferts de Defour et Mangala. L'enquête de David Leloup

60 millions de francs belges de commission pour Lucien D'Onofrio ?

UEFAcom

La société Robi Plus Limited, qui a reçu gratuitement 10 % des droits sportifs des joueurs Steven Defour et Eliaquim Mangala, est administrée par Maurizio Delmenico, le conseiller financier et prête-nom de Lucien D'Onofrio dans de nombreux transferts douteux scrutés par la justice liégeoise. Robi Plus négocie actuellement la revente de ces droits avec un hedge fund domicilié dans le paradis fiscal de Malte, qui possède déjà 33,3 % des droits des deux joueurs.

Si le FC Porto n'était pas côté en bourse, on n'aurait sans doute jamais appris l'existence ni le montant de la commission que Lucien D'Onofrio devrait toucher pour son rôle en coulisses lors des transferts de Steven Defour et d'Eliaquim Mangala du Standard de Liège à Porto l'été dernier.

C'est en vertu de l'article 248 du Code des valeurs mobilières que le club portugais a été contraint de révéler, dans un discret communiqué adressé mardi au gendarme de la Bourse portugaise (CMVM), la cession de 43,3 % des droits sportifs des joueurs à deux obscures entités privées.

Concrètement, Doyen Sports Investments Limited, un hedge fund domicilié dans le paradis fiscal de Malte, a acquis 33,3 % des droits des joueurs pour 5 millions d'euros, alors qu'une autre entité, Robi Plus Limited, a reçu 10 % de ces mêmes droits… sans contrepartie financière, selon le communiqué du club.

Un « cadeau » de 60 millions de francs belges

Proportionnellement aux 201,7 millions de francs belges (5 millions d'euros) déboursés par le hedge fund, les 10 % de Robi Plus correspondent à un « cadeau » d'une valeur de 60,5 millions de francs belges (1,5 million d'euros). Cette cession de droits signifie qu'en cas de départ des joueurs de Porto, Doyen Sports touchera 33,3 %, Robi Plus 10 %, et le FC Porto 56,7 % sur chaque transfert réalisé.

Or Robi Plus, société boite-aux-lettres de droit britannique, est administrée par Maurizio Delmenico, le conseiller financier et prête-nom de Lucien D'Onofrio dans de nombreux transferts douteux scrutés par la justice liégeoise. Elle est domiciliée à la même adresse londonienne que Corporate Press Limited, une société de la « galaxie offshore » du tandem D'Onofrio-Delmenico, inculpée en juin dernier pour faux et usage de faux lors de transferts de joueurs.

Comme Corporate Press, Robi Plus a été créée par Delmenico en juillet 2002, a changé deux fois d'adresse aux mêmes dates, et compte un mystérieux actionnaire qui détient, via un unique titre au porteur, la totalité du capital (1.000 livres sterling). Les titres au porteur ont été bannis dans la plupart des pays parce qu'en garantissant l'anonymat des actionnaires, ils permettent de contourner les règlementations financière et fiscale.

Contacté par Le Soir, Maurizio Delmenico a refusé de dévoiler l'identité de l'actionnaire de Robi Plus. Il assure avoir « travaillé » pour toucher ces droits, obtenus « dans le cadre de activités d'agent de joueurs ». Il ajoute qu'il négocie actuellement la revente de ces droits avec Doyen Sports Investments.

Selon Stéphane Vande Velde, journaliste à Sport/Foot Magazine, qui a enquêté sur les transferts du Standard l'été dernier, Defour et Mangala ont été transférés par leurs agents respectifs, Paul Stefani et Fabrizio Ferrari, « mais c'est Lucien D'Onofrio qui a tiré toutes les ficelles et finalisé les deals, en ayant recours à des prête-noms ». D'après plusieurs agents interrogés par notre confrère, l'ex-homme fort du Standard a été rétribué « à l'intéressement », c'est-à-dire sur les montants des futurs transferts des joueurs, « une pratique assez courante au Portugal ».

D'Onofrio radié des agents FIFA

Condamné pénalement à plusieurs reprises pour malversations financières en France, Lucien D'Onofrio ne peut plus agir comme agent de joueurs. L'article 6 du règlement FIFA des agents est formel : le candidat agent doit être « de réputation parfaite », une qualité acquise « si aucune peine n'a jamais été prononcée contre lui pour délit financier ou crime de sang ».

Un agent agréé, tel Delmenico, qui jouerait les prête-noms pour un tiers, risque de perdre son agrément FIFA. « Tout agent de joueurs a le droit de s'organiser sous forme d'entreprise pour autant que l'activité de ses collaborateurs se limite aux tâches administratives. La gestion des intérêts de joueurs et/ou de clubs vis-à-vis de joueurs et/ou de clubs est exclusivement réservée à l'agent de joueurs », précise l'article 3 du règlement.

Joint par téléphone en Afrique, où il passera le réveillon de nouvel an, Lucien D'Onofrio nie être intervenu dans ces transferts au-delà d'un conseil ou l'autre prodigué au FC Porto ou à Maurizio Delmenico.

L'international belge Steven Defour et l'international espoirs français Eliaquim Mangala ont débarqué en août dernier au FC Porto, champion du Portugal en titre, pour un montant global de 12,5 millions d'euros. En cas de transfert dans les cinq ans, le club acquéreur devra s'acquitter d'une clause libératoire de 2 milliards de francs belges (50 millions d'euros) par joueur, « preuve que Porto veut les vendre à ce prix-là », analyse Stéphane Vande Velde. Dans ce cas, la commission de Robi Plus Limited grimperait à 403.4 millions de francs belges (10 millions d'euros)…