« Boycottons l’Euro 2012 ! »

Rédaction en ligne

jeudi 07 juin 2012, 15:52

« L’organisation de l’Euro 2012 est obscure. De nombreuses affaires de corruption éclaboussent cet événement. Michel Platini n’a pas toujours été clair à ce sujet », déclare Fabien Ollier, le directeur de la revue « Quel Sport », qui soutient le mouvement de boycott. Entretien

Plusieurs gouvernements européens ont déjà menacé l’Ukraine de ne pas supporter l’Euro 2012, si Ioulia Timochenko, l’ex-premier ministre ukrainien, n’était pas libérée. Depuis, les appels au boycott se font de plus en plus présents. Dans une carte blanche publiée dans Le Monde, le directeur de la revue « Quel Sport », Fabien Ollier s’allie à Jacques Ardoino et Jean-Marie Brohm, deux professeurs émérites, pour demander le boycott de l’Euro 2012. Ils dénoncent de graves atteintes aux libertés fondamentales en Ukraine ainsi qu’un championnat entaché par la corruption.

Pourquoi faut-il boycotter l’Euro 2012 ?

L’organisation de l’Euro 2012 est obscure. De nombreuses affaires de corruption éclaboussent cet événement. Michel Platini n’a pas toujours été clair à ce sujet. Lui-même n’est pas exemplaire. La tractation des droits de diffusion de l’Euro avec Qatar Investment, a été faite par l’entremise de son propre fils. On parle également de corruption dans la construction de stades, d’escroquerie dans les prix pratiqués par les hôtels. Des fonds d’investissement européens et de l’argent public ont financé la construction de routes, d’aéroport. Il se trouve que 40 % seulement de ces constructions sont achevées. On peut donc se demander où est passé cet argent ?

En plus de tout cela, la situation des fédérations de football en Pologne et en Ukraine est gangrenée par les affaires de paris truqués et de hooliganisme.

Enfin, la situation politique en Ukraine est catastrophique. C’est un point important. Les conditions de détentions de Ioulia Timochenko et l’existence de prisonniers politiques sont scandaleuses. L’Ukraine pratique une justice expéditive qui ressemble davantage à du lynchage politique. Pour ces raisons-là nous appelons à un mouvement de soutien du boycott.

Est-ce que ce genre d’appel au boycott parle aux spectateurs de football ?

Si on pensait d’emblée que les supporters de football étaient totalement décérébrés, on n’écrirait plus à leur égard. On peut espérer que les, spectateurs, les footballeurs et les fédérations nationales soient sensibles à ce genre d’appel. Ils sont les premiers concernés ! Peut-on continuer de jouer au foot en toute bonne conscience sachant ce qu’il se passe dans ce pays ?

Est-ce le rôle de l’UEFA de s’inquiéter de la politique d’un pays ?

En proposant à certains pays d’organiser cette compétition, l’UEFA est de fait impliquée dans la politique du pays. Elle a des liens avec les autorités. Il est bien naïf de penser que des organisations sportives comme l’UEFA, la FIFA et le CIO, puissent se départir de liens politiques avec les pays organisateurs, qui instrumentalisent à leur profit ce genre d’événements. Il y a de la part de l’UEFA des choix qui sont faits. On ne peut pas simplement, en tant qu’instance européenne, se servir d’un pays et faire comme si ce pays était d’une neutralité bienveillante.

Sport et politique sont-ils liés ? Les convergences des institutions sportives avec certains régimes, les pétromonarchies ou les parvenus de l’oligarchie russe par exemple, sont légions. Dès qu’une institution se lie pour faire du profit, elle fait de la politique. Ces liens de complicité se sont vus au Bahrein avec le championnat de Formule 1, aux Jeux Olympique de Pékin et au JO d’hiver de Sotchi en Russie. Ce n’est pas tout à fait nouveau, on l’avait déjà vu au JO de 1936 à Berlin…

Anaïs Martinez (St .)