Buffon : « Biscotto-ci, biscotto-là pour masquer notre fragilité »

Rédaction en ligne

lundi 18 juin 2012, 17:49

Groupe C L'Italie a peur d'un nul de complaisance, qu'elle appelle le « biscotto » (la « combine »), entre l'Espagne et la Croatie qui éliminerait les Italiens de l'Euro. Les matchs en direct dès 20h30

Buffon : « Biscotto-ci, biscotto-là pour masquer notre fragilité »

Gianluigi Buffon et Antonio Cassano © AP

En théorie tout est simple, l'Italie doit battre l'Irlande pour aller en quarts de finale.

À l'Euro, les ex-aequo sont départagés par les rencontres directes. Si l'Italie bat l'Irlande comme l'ont fait l'Espagne et la Croatie, les trois se retrouveraient à égalité avec 5 points, mais après les 1-1 contre l'Italie, Espagnols et Croates seraient qualifiés au nombre de buts marqués avec un 2-2, un 3-3, etc. (voir le classement du Groupe C).

Et c'est là que s'invite dans la presse le fameux « biscotto », c'est-à-dire un arrangement entre l'Espagne et la Croatie qui éliminerait l'Italie.

« Le biscotto », c'est quoi ça ?

« Biscotto » vient du monde des courses hippiques et signifie « doper un cheval » en lui donnant un « biscuit » avant la course, mais elle est devenue synonyme d'arrangement au détriment d'un tiers.

Par extension, le biscotto est devenu un match déjà découpé en parts de gâteau égales, mais sans corruption, juste un arrangement qui convient aux deux équipes.

Le plus drôle dans l'histoire, c'est que c'est la presse italienne qui dénonce le « biscotto » alors que le Calcio est touché par le «Calcioscommesse », le scandale des matchs truqués qui secoue l'Italie depuis un an.Alors arrangement ou pas ?

« Je ne sais pas qui a un scandale de paris dans son football », s'est énervé le défenseur croate Vedran Corluka quand on lui a parlé du « biscotto ».

« Nous avons nous aussi l'esprit sportif. Évidemment, nous ne chercherons donc que la victoire », a assuré le sélectionneur espagnol, Vicente Del Bosque, que Tuttosport appelle « Del Biscotto ».

« On jouera pour gagner. Les combines, ça ne nous intéresse pas », a pour sa part déclaré l'Espagnol Gerard Piqué, résumant le sentiment général, côtés espagnol et croate.

Giovanni Trapattoni, l'entraîneur italien des Irlandais, a aussi précisé : « Nous ferons notre devoir ». Les « Azzurri » ne doivent s'attendre à aucun « laisser-faire de la part de l'Irlande » déjà éliminée, a ajouté le « Trap ».

Buffon persiste…

« Comme si on avait déjà gagné le match contre l'Eire », s'est énervé Gianluigi Buffon sur sa page Facebook. Pour leur gardien et capitaine, les Italiens ne doivent pas sous-estimer l'orgueil des Verts, corrigés par l'Espagne (4-0) et soucieux de ne pas rentrer « les mains vides », comme dit l'attaquant Robbie Keane.

Ce qui assez cocasse, Gianluigi Buffon avait évoqué cette façon de se mettre d'accord (« biscotto ») en fin de saison si un nul convient à deux équipes pour maintenir ensemble leur position au classement. « Deux blessés valent mieux qu'un mort », avait dit le gardien, en plein « Calcioscommesse », le scandale des matches truqués qui secoue l'Italie depuis un an. L'expression sonne cruellement aujourd'hui.

… et signe

« Biscotto-ci, biscotto-là, biscotto partout. Comme si les autres n'avaient pas le droit de se sentir offensés par de telles allusions, qui n'appartiennent en fait qu'à nous », a écrit Buffon sur Facebook.

« Mamma mia… sic transit gloria mundi (ainsi passe la gloire du monde). Ca fait deux jours qu'on ne parle que de ça », a pesté Buffon qui s'est livré à une critique sans concession des peurs italiennes.

L'Italie a, en effet, peur de revivre une élimination tragique : battre l'Eire mais sortie de l'Euro par un nul 2-2 entre Espagne et Croatie, comme c'était arrivé à l'Euro-2004 dans l'épisode dit du « biscotto ».

Buffon, lui, ne décolère pas : « Comme si les coupables étaient toujours les autres. Comme si admettre que nos adversaires ont été meilleurs que nous était un camouflet inacceptable pour notre ego. Comme si pour cacher notre manque de confiance et notre fragilité nous avions toujours besoin d'alibis. Comme si, au bout de ces jours de chasse aux sorcières, on découvrait qu'à l'étranger ils sont meilleurs que nous. »

Magnanime, le gardien champion du monde en 2006 a terminé sa leçon de morale par une invitation à faire table rase des polémiques : « Pensons à nous et cherchons à gagner ! »

La conclusion pour « Super Mario »

Le président du conseil italien, Mario Monti, s'était exprimé et avait suggéré qu'il faudrait suspendre le football « pendant deux ou trois ans », en raison du scandale des matches truqués dit « Calcioscommesse ».

« C'est vraiment triste quand un monde qui devrait exprimer de grandes valeurs comme le sport se montre comme un concentré d'aspects les plus réprouvables comme la traîtrise, l'illégalité et la tricherie », avait dit à l'époque le président du conseil.

P.LA (avec AFP)