La France sortie par manque d’ambitions

VINCENT JOSEPHY

dimanche 24 juin 2012, 00:26

Le troisième et avant-dernier quart de finale de l’Euro qui opposait la France à l’Espagne n’a vraiment pas répondu aux attentes, pourtant immenses, qu’il avait générées a priori. La Roja a battu les Bleus 2-0.

La France sortie par manque d’ambitions

© AP

Trop frileuse à la base, puis pas assez réactive quand elle a été menée, l’équipe de Laurent Blanc a été battue par une Espagne pourtant peu séduisante, mais bigrement efficace. Après coup, les joueurs et l’entraîneur français ont clairement fait preuve d’un manque flagrant de discernement.

Pour faire un bon match, il est de coutume de dire qu’il faut deux bonnes équipes or, samedi soir, c’est la… moins mauvaise d’entre elles, l’Espagne, qui a malgré tout logiquement émergé pour s’offrir le droit d’affronter le Portugal pour une demi-finale très latine, mercredi soir, à Donestk.

Championne d’Europe et du monde en titre, la Seleccion de Vicente Del Bosque n’offre pourtant plus, pour le moment, l’impression d’aisance extrême qui se dégageait d’elle lors des deux derniers tournois majeurs qu’elle avait remportés haut la main. Mais, alors que son sélectionneur avait une nouvelle fois choisi de se priver initialement d’un véritable nº9 (c’est Fabregas qui évolua le plus haut sans guère rencontrer de succès), il en fut récompensé sous la forme d’un but venu de la tête du tout jeune centenaire (en sélections) qu’est Xabi Alonso, dès la 19e minute. Dominant assez stérilement le reste des débats sans jamais être inquiétée sérieusement, elle dut ensuite attendre les arrêts de jeu pour fixer la marque à 2-0, toujours via Xabi Alonso. Mais sur un penalty, cette fois.

Un onze de base trop frileux

À 1-0, tout le monde avait pourtant imaginé que le match, débuté sur un rythme de sénateur, allait enfin s’emballer, que Laurent Blanc allait réajuster sa tactique ultra-défensive dont on va abondamment parler un peu partout dans l’Hexagone, ces prochains jours. Il n’en fut rien, bien au contraire, même quand Menez, Nasri puis Giroud furent appelés à monter au jeu. Privé de Mexès, ce qui était plutôt une bonne nouvelle tant le joueur de l’AC Milan paraissait pataud depuis le début de ce tournoi, Laurent Blanc avait choisi, entre autres, de se priver initialement des services de Nasri, donc, mais de titulariser Malouda et Clichy, catastrophiques, ou Reveillère, qui n’avait pas encore disputé la moindre minute dans ce tournoi. « Après coup, il est toujours facile de critiquer la tactique mise en place », asséna Laurent Blanc au micro de TF1. « On savait qu’on jouait contre la meilleure équipe du monde et on voulait notamment bloquer son flanc gauche percutant. A-t-on manqué d’ambitions ? C’est possible, mais on a aussi péché au niveau de la justesse technique ou du respect des consignes. On n’a pas mal joué mais on a manqué du réalisme dont ont fait preuve les Espagnols. Ce que je regrette surtout, c’est qu’on ait encaissé aussi vite. On avait tablé sur un 0-0 à la pause qui nous aurait ouvert davantage de possibilités par la

suite. »

Une trop grande déférence

En clair, si on lit entre les lignes, la France a surtout été victime de son manque flagrant d’ambitions, ou de sa très grande (trop grande !) déférence envers son prestigieux voisin. Une déférence compréhensible au vu de son palmarès récents et de la qualité des joueurs qui la composent, bien sûr, mais qui ne se justifiait nullement sur le seul match de samedi soir. Il y a six ans, en Allemagne, la France de Zizou (qui a fêté de bien triste manière son 40e anniversaire) et du jeune et insolent Ribéry avait été la dernière à éliminer l’Espagne d’un tournoi majeur, en jouant avec ses tripes, avec audace aussi, pour ce qui reste probablement le dernier match référence de son histoire récente. Comme on a pu le lire sur les réseaux sociaux, « à force de jouer à qui perd gagne, c’est l’Ibère qui gagne ».

Benzema : « Un très bon match »

Pour conclure cet Euro très moyen des Français, on laissera la parole à Karim Benzema qui, au terme d’une rencontre au cours de laquelle il aura souvent dû s’époumoner à pure perte pour aller récupérer des ballons à 40 mètres du domaine de son équipier de club Iker Casillas, avait sans doute perdu toute sa lucidité. « Bien sûr que la déception prime sur la satisfaction d’avoir atteint les quarts de finale. Il y avait moyen de faire quelque chose car les Espagnols n’ont pas été souvent dangereux. Je trouve même qu’on a fait un très bon match », expliquait-il, toujours au micro de TF1, avant qu’Arsène Wenger ne se dise abasourdi par ce manque d’auto-critique.