Le week-end Euro en un coup d'œil

VINCENT JOSEPHY

lundi 25 juin 2012, 12:25

Andrea Pirlo est dans la course pour obtenir le titre de meilleur joueur de l'Euro, Nasri celui de la « meilleure racaille » du tournoi.

Le week-end Euro en un coup d'œil

Mario Baloteli et Andrea Pirlo © AFP

Le coup d'audace du week-end

Rendez-vous tous les lundis

Notez-le dans votre agenda, le rendez-vous sera désormais récurrent. Soucieux de vous proposer un regard décalé et subjectif sur ce sport-roi qui fait tant parler au boulot ou sur zinc du bistrot du coin, le soir.be s'attellera désormais à décortiquer, chaque lundi, l'actu foot de l'Euro.

Finalement, Andrea Pirlo est un peu comme l'Italie. Beau, charmeur, éternel, sûr de lui. À 33 ans, alors qu'il vient sans doute de livrer sous les couleurs de la Juventus l'une des saisons les plus abouties de sa carrière, l'ancien métronome de l'AC Milan est en train de réussir son Euro au-delà de toutes les espérances. Véritable métronome du jeu séduisant de la « Squadra azzurra », Pirlo a de nouveau été grandiose, dimanche soir, face à l'Angleterre.

S'il n'a ni marqué ni fait marquer pour ce qui constituait le premier 0-0 de l'Euro, il a été dans tous les bons coups. Il a distillé quantité de passes millimétrées, a récupéré des ballons, a couru comme un damné aux quatre coins du terrain, 120 minutes durant. C'est bien simple, ce gars est un robot, inoxydable ! Mais alors, que dire de son audace lors de la séance de tirs au but ? Alors que toute l'Italie maugréait suite au raté initial de Riccardo Montolivo, promu sosie officiel de Gad Elmaleh, le génial Lombard y est allé d'une petite caresse de balle façon Panenka pour tromper le plus calmement du monde un Joe Hart exceptionnel durant tout le match (ce qui, pour un gardien anglais peut paraître bizarre, j'en conviens). Son geste teinté de folie « Balotellienne » aurait pourtant pu coûter très cher : s'il avait raté son essai, il aurait été pointé d'un doigt accusateur, se serait rangé aux côtés de ses illustres précédents foireurs italiens que sont Baggio ou Di Biagio.

Là, par contre, son grain de folie inhabituel, absolument génial, a donné une dimension supplémentaire à ses prestations. Cristiano Ronaldo, à nouveau impressionnant et décisif jeudi lors du succès des Portugais contre les Tchèques, a du souci à se faire pour l'obtention du titre de meilleur joueur de cet Euro. Au fait, ce serait sympa que les deux hommes se retrouvent en finale, non ?

Le coup de gueule du week-end

Aaah, Samir Nasri, quel poète quand même ! Quel exemple pour la jeunesse ! Si n'y avait son ancienne copine, la sublissime et rafraîchissante Tatiana Golovin (faudra qu'on m'explique un jour, quand même), on aurait presque envie de n'écrire que du négatif sur ce joueur pourtant extrêmement doué, comme il l'a parfois (mais assez irrégulièrement) montré à Marseille, Arsenal ou à Manchester City. À l'Euro qu'il avait pourtant débuté en fanfare, Nasri a fait un strike total, qui mérite le respect. Exécrable vis-à-vis des journalistes, invivable pour certains de ses équipiers, aussi, il mérite haut la main le titre de racaille de cette compétition. C'est triste à dire mais son comportement de gamin pourri gâté et frustré risque, comme l'a confirmé le malheureux Laurent Blanc, de le suivre encore longtemps.

Bon, d'accord, il n'en a apparemment rien à caler (doux euphémisme) mais l'équipe de France, elle, n'est finalement pas sortie grandie de ce tournoi qui devait être celui de la réhabilitation après les événements déplorables de 2010. La France a donc quitté l'Euro par la toute petite porte en quart de finale, d'où elle ne méritait certainement pas de s'extirper au vu de ses qualités et de l'absence de jeu qu'elle a proposé. « Personnellement, je trouve qu'on a tous fait un très bon match », a pourtant déclaré très sérieusement Karim Benzema au soir de l'élimination face aux Espagnols. Eeeeuh, ouais. René Vandereycken, sors tout de suite de ce corps !

Face à l'Angleterre, le mécréant Nasri avait pourtant marqué un but, très beau d'ailleurs, d'une frappe lointaine à ras de terre. L'Euro, son Euro commençait bien, pensait-t-on… avant de rapidement déchanter. Célébré de façon ridicule par « un ferme ta gueule ! » du plus bel effet adressé à l'encontre d'un outrecuidant journaliste de l'Equipe qui avait osé le critiquer, ce fait d'armes n'avait été que le début d'un tournoi insipide, à peine rehaussé par une victoire convaincante face à l'Ukraine. Y a pas à dire, ils sont forts quand même ces joueurs français en matière d'auto-destruction.

Après l'épisode du car de Knysna, en Afrique du Sud, fallait-il vraiment se rabaisser au niveau présumé de ses détracteurs ? N'aurait-il pas plutôt fallu profiter de l'instant présent pour aller ensuite de l'avant, pour faire taire les critiques comme Aimé Jacquet puis Roger Lemerre y étaient parvenus avec brio en 1998 puis 2000 ? C'est marrant, finalement, parce que toutes les stars vous diront qu'elles ne lisent pas les journaux mais, dans les faits, elles ne semblent les lire que quand cela ne va pas bien. Comprenne qui pourra. Alors, samedi, au terme d'une prestation calamiteuse et trop peu ambitieuse des Français face à des Espagnols ayant pourtant joué avec le frein à main,Nasri, qui n'avait effectué qu'une montée au jeu insignifiante, à de nouveau pété un câble en zone mixte, à l'encontre d'un journaliste de l'AFP. Oh, bien sûr, ledit journaliste, probablement en quête de déclarations chocs, n'aurait sans doute pas dû y aller d'une paraphrase légèrement remaniée de l'ancien président Sarkozy (« ben alors, casse-toi si tu n'as rien à dire ») suite au refus de parler du « Citizen », qui effectué un rapide demi-tour sur ses talonnettes.

(petite parenthèse, veuillez écarter les enfants des quelques lignes qui vont suivre, ils pourraient être tentés de reproduite les propos légèrement impertinents de leur idole hexagonale)

« Tu me dis de me casser ? », aurait alors susurré impoliment mais fermement le jeune énergumène passablement irrité par la tournure des événements. « Viens, on va régler ça là-bas. Va te faire enculer, va niquer ta mère, sale fils de pute. Tu veux qu'on s'explique, va te faire enculer. Voilà, comme ça, vous pourrez écrire que je suis mal élevé »

(voilà, fin de la parenthèse, retour à un langage plus décent, accessible à toutes les oreilles chastes)

Certes, on pourrait écrire sans prendre trop de risques que le jeune coq est légèrement mal élevé. Si, si. Pourtant, on préfère penser que Nasri est un bon gars, légèrement susceptible, certes, ou ayant en tout cas « une sensibilité à fleur de peau » comme a tenté de nous faire gober le président de la Fédération française, Noël Le Graet, au micro de Telefoot. Alors, on cherche des explications rationnelles. Qui sait s'il ne souffre pas du syndrome de Gilles de la Tourette que lui a peut-être refilé en club Super Mario Balotelli, son équipier à la crête-de-coq décolorée ? À la place de Vincent Kompany, on filerait quand même vite fait au Barça histoire d'éviter tout risque de contagion…

Le plantage du week-end

En football, les miracles n'arrivent pas toutes les semaines, ni même tous les huit ans. Qualifiés pour les quarts de finale de l'Euro à la surprise générale (et du petit général, notre bien-aimé Dick Advocaat), en proposant son traditionnel football destructeur, sans ambition ni talent, la Grèce s'en est retournée chez elle la queue entre les jambes, après avoir subi la loi d'une Allemagne plus conquérante et séduisante que jamais. Plus favorite que jamais, aussi. Pourtant, cette dernière s'est quand même fait peur l'espace de six minutes, suite au but égalisateur des Grecs pour leur… première incursion dans le rectangle de Neuer.

Allait-on revivre le scénario-catastrophe de 2004, quand la Grèce de Rehhagel avait tout détruit sur son passage ? Frôlait-on une nouvelle tragédie grecque, un nouveau dra(ch)me hellène ? Non ! Après cette égalisation incroyable, la Mannschaft s'est fâchée tout rouge et le rouleau compresseur teuton a tout écrasé sur son passage sous le regard admiratif d'Angela Merkel. Le tout avec une équipe offensivement complètement remaniée. On ne sait pas encore si les Allemands vont aller au bout de leur rêve mais on peut déjà dire qu'en matière de profondeur de banc, personne n'arrive à leur cheville. Y a pas à dire : Joachim Löw, le sélectionneur, est un homme heureux, sans tracas apparents. Un peu nerveux, certes, mais heureux quand même.

Pourvu que ça dure parce que l'Italie en demi, ce sera quand même une autre paire de manches, qu'il aime retrousser pour aller au charbon…

Le jubilaire du week-end

Dans toutes les grandes équipes, il y a toujours les stars et les hommes de l'ombre. En Espagne, Xabi Alonso fait clairement partie de la seconde catégorie, vivotant dans l'ombre des vedettes que sont Casillas, Shakiro (pas au top samedi, mais sans que cela aie des conséquences fâcheuses), Xavi, Iniesta ou Torres. Au Real, c'est pareil, avec Casillas (encore lui), Pepe, Özil, Benzema ou Cristiano Ronaldo. Pourtant, c'est bien lui, le Madrilène, qui a inscrit les deux buts de la promenade de santé ibérique face à ces Bleus trop tendres, peut-être un peu trop cuits et certainement pas assez entreprenants.

C'est marrant quand même, une carrière : l'ancien joueur de Liverpool, que la presse italienne annonce à l'AC Milan pour la saison prochaine, a passé sa vie à récupérer les ballons, à étudier la transversalité d'une aire de jeu, à asséner les missiles, pas toujours avec une précision diabolique d'ailleurs. Samedi, il a fêté son centenaire en sélection, rejoignant ainsi Casillas, Zubizarreta, Xavi ou Raul au panthéon des Espagnols les plus capés de l'Histoire. De spolus « capeurs », aussi. Alors, il a voulu y faire honneur, le bougre. Sa spécialité à lui, par rapport à Xavi, c'est plutôt les longs ballons, les gros pruneaux qui tâchent.

Samedi, pour sa 100e apparition sous le maillot de la Roja, il a également marqué deux buts, exploit qu'il n'avait réussi qu'à deux reprises jusqu'ici. Un de la tête, un autre sur penalty, en fin de match. Il a été dé-ci-sif comme jamais, dans un match parfaitement maîtrisé à défaut d'avoir été spectaculaire à souhait. Il a livré une prestation à l'image de sa carrière, en quelque sorte. Il méritait bien de jubiler pour son jubilé. La Roja n'aura pas uniquement besoin de ses stars pour tenter d'assouvir ses rêves de triplé historique.