« Qu’est-ce qu’on parie ? »

JULIE HUON

mardi 26 juin 2012, 16:14

Y avait hors-Ju Les étés d’Euro ne sont pas comme les autres. On s’attend à des trucs et ça ne se passe pas comme prévu. Ça sert à rien, les pronostics et les paris… La chronique de Julie Huon

« Qu’est-ce qu’on parie ? »

©afp

Les étés d’Euro ne sont pas comme les autres. On s’attend à des trucs et ça ne se passe pas comme prévu. Exemple 1 : tout le monde pensait que le match Italie-Angleterre serait le plus ennuyeux de l’histoire. Mais non. Exemple 2 : tout le monde pensait que le match Espagne-France serait le plus passionnant du monde. Mais non.

Ça sert à rien, les pronostics et les paris. On est là, petits naïfs, devant la télé, on prie, on espère, on souhaite, on gage que, on y croit. Alors qu’il y en a qui savent. Oui, qui savent.

Pirlo sait. Même quand Balotelli envoie le cuir dans les tribunes. Même quand Nocerino est signalé hors-jeu. Même quand Balzaretti s’effondre, criblé de crampes. Pirlo sait. Il ondule sur la pelouse comme Peter Pan dans Holiday on Ice, ou comme un fantôme, comme un Hovercraft, il glisse cinq centimètres au-dessus de la surface. Il flotte, il vole, Pirlo. Il sait qu’il va gagner.

Rooney aussi sait. Il est étendu sur le dos, quelqu’un le masse. On voit son visage rose et poupin en gros-plan. Il a presque l’air heureux d’être allongé là, comme un gros bébé dont on change la couche. Rooney est ailleurs, il n’est plus dans le match. Il sait. Il pense à ses premières chaussures de foot, à un ballon reçu à Noël, un truc comme ça. Il sait qu’il a perdu.

Nous, on galère. Les pro-Anglais raillent les ritals qui tombent par terre dès qu’on souffle dessus. Les tifosi s’en tapent et débouchent l’Asti.

Ça sert à rien les pronostics. Tout le monde se trompe. Autant s’y mettre aussi, y a rien à perdre. Allez, on parie que : le Portugal va l’emporter à onze contre dix parce que Fabregas va mettre un coup de boule à Ronaldo (oh oui) et se faire exclure ; l’Allemagne va gagner 5-2 parce qu’elle a eu plein de temps pour se reposer alors que les Italiens sont sur les rotules ; malgré tout, la finale à Kiev, ça sera Espagne-Italie parce que c’est ce que les gens ont envie de voir et qu’il va y avoir une révolte mondiale des Indignés et des Anonymous réunis et de tous ceux qui en ont marre de cet été pourri et des enfants qui s’entre-tuent dans les écoles et de la Syrie qui brûle et qui veulent juste, juste une finale d’Euro avec des tout grands ponts, des roulettes d’enfer, des panenkas divines, des gestes techniques beaux comme le Boléro de Béjart.

Vite le 1er juillet. Vite qu’on gagne ce pari.