Roland Garros: Qui pourra arrêter «Rafa»?

Rédaction en ligne

dimanche 27 mai 2012, 12:10

L'Espagnol, qui part à la chasse de son septième sacre, fait figure de grand favori. Seuls Novak Djokovic et Roger Federer semblent capables de lui barrer la route. Le tennis est dominé par un ménage à trois. Par Isabelle Musy

 Roland Garros: Qui pourra arrêter «Rafa»?

© AP

La presse anglo-saxonne parle sans cesse du «big four» pour marquer la prédominance du quatuor de tête du tennis mondial. Le terme est galvaudé. Certes, Andy Murray complète régulièrement l'affiche du dernier carré des principaux tournois, mais en réalité ce ne sont que trois joueurs qui écrivent l'histoire de ce sport depuis plusieurs années. Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic ont remporté 27 des 28 derniers Grands Chelems. Ce chiffre vaut toutes les théories du monde. Et on voit mal comment ce Roland-Garros 2012, qui débute dimanche Porte d'Auteuil, pourrait échapper à l'un de ces trois-là.

« Rafael est le favori »

Avec un avantage indéniable à l'Espagnol, en marche pour cueillir un septième sacre qui lui permettrait de battre le légendaire record de Björn Borg. «Rafael est le favori», confirme Federer. «Il n'y a pas de discussion à avoir là-dessus. Il n'a pas perdu un seul set à Rome, Monte-Carlo et Barcelone. Cela commence déjà là. Et le fait qu'il vise un septième titre veut tout dire. Pour moi, il est le mieux placé pour l'emporter parce que je l'ai joué ici à tant de reprises que je sais à quel point il est incroyable à Roland-Garros.» Drapé de sa légendaire modestie, Nadal rechigne à admettre cette réalité arithmétique le désignant clairement comme l'homme à battre à ces Internationaux de France.

Un nouveau Roland Garros

Comme à chaque fois, l'Espagnol ne s'autorise pas publiquement à envisager les choses au-delà du premier tour. «Prendre match après match»: tel est cet éternel credo auquel il ne déroge pas. Même la page d'histoire qu'il pourrait écrire en faisant mieux que le Suédois ne semble pas l'émoustiller ou l'intimider plus que de raison à l'heure d'entamer cette quinzaine. «Est-ce différent pour moi cette année? Ça l'était déjà l'an dernier parce que je pouvais égaler le record de Borg. Chaque année, il y a prétexte à se dire que c'est différent. Mais au final, ce qui change, c'est que c'est à chaque fois un nouveau Roland-Garros. Ce tournoi est important en soi, pour ce qu'il est, pas parce que je l'ai remporté six fois. J'ai déjà plus que ce dont j'ai rêvé et je viens toujours ici avec la même motivation, l'envie de bien jouer. Elle n'est pas décuplée parce que je peux gagner une septième fois. Je n'étais pas plus motivé lors de ma première en 2005 qu'aujourd'hui. Je n'étais pas plus déterminé en 2010 parce que j'avais perdu en 2009. L'envie est toujours la même. Et parfois on perd, parfois on gagne.» Ce naturel et ce détachement apparent contrastent avec ce statut de colosse de la terre battue qui rend son nom quasiment indissociable de celui du tournoi parisien.

Un exploit phénoménal

Et la tâche de Novak Djokovic, lui aussi en marche vers l'Histoire, particulièrement ardue. A Roland-Garros, le Serbe vise une version personnalisée du Grand Chelem, le «Djoko Slam». S'il s'imposait le 10 juin, il serait le premier depuis Rod Laver à remporter les quatre majeurs d'affilée. Mais à cheval sur deux saisons contrairement au légendaire Australien. Un détail. L'exploit serait phénoménal. La preuve, ni Pete Sampras, ni Federer, ni Nadal n'y sont parvenus alors qu'ils ont tous les trois été en position de le faire. «Je n'étais pas si proche de réussir puisque j'ai perdu en quarts de finale de l'Open d'Australie 2011 [où la possibilité de le réaliser lui était offerte]. Et je n'en aurai probablement plus l'occasion», précise «Rafa». Autre joueur, autre tempérament. Djokovic avoue sans honte son envie de parapher ce chapitre-là. Dans un entretien au Temps, à la veille du tournoi de Rome, il confiait: « Ce serait mentir que de dire que je n'y pense pas. C'est mon rêve. Quelque chose qui occupe mon esprit depuis un moment. J'ai envie de remporter Roland-Garros et je vais aller à Paris avec cet état d'esprit. Je suis confiant.» Une finale romaine perdue face à «Rafa» a suffi à modérer ses propos, vendredi à Paris face à la presse: «Je n'y pense pas trop car je ne veux pas me mettre trop de pression. Une pression dont je n'ai pas besoin en ce moment. J'en ai déjà assez comme ça.»

Peu de pression pour Federer

De la pression, Federer, lui, n'en éprouve pas trop. Du trio gagnant, c'est celui pour qui l'enjeu Porte d'Auteuil est le moins gros. Si ce n'est le plaisir d'accrocher un dix-septième titre en Grand Chelem à son sidérant palmarès, et de se rapprocher d'un possible retour à la première place mondiale. Du coup, il contemple, avec la fascination de l'amoureux qu'il est de son sport, le possible exploit de Djokovic. Son insistance sur la beauté de l'enjeu est telle qu'on est tenté de croire à une tentative de mise sous pression de son possible adversaire en demi-finale: « Gagner trois tournois à la suite est phénoménal. J'ai réussi cela. C'est absolument extraordinaire pour le tennis que Novak soit dans cette situation. C'est fantastique pour ce sport que ce défi s'offre à lui. Rafa et moi avons aussi eu cette occasion

Un « Top three »

Djokovic, Nadal, Federer. Ce sont ces trois-là qui remplissent les pages du tennis actuel. Et le Bâlois s'en émerveille: «Je trouve aussi que c'est incroyable, ce qui se passe en ce moment avec nous trois. Deux jouent bien et un autre un peu moins bien. Et ça change, et le classement avec. C'est intéressant de voir cet équilibre. C'est comme quand on monte, chez les juniors. On s'inspire et on se pousse les uns les autres.» Il est bien question d'un «top three» et non d'un «big four».

Isabelle Musy (Le Temps)