Clijsters : « La priorité sera à ma famille »

BEATRICE DELVAUX

samedi 23 juin 2012, 10:25

« Je suis la joueuse que j’ai toujours rêvé d’être », confie Kim Clijsters. « Si je me sens bien, je n’ai pas peur de me blesser en jouant. » Par Béatrice Delvaux

Clijsters : « La priorité sera à ma famille »

Kim Clijsters, © Belga

Wimbledon, les Jeux olympiques, l’US Open. Et puis, fini. Kim Clijsters raccrochera à 29 ans sa raquette et rejoindra la tranquille ville de Bree - sa version du paradis -, son mari Brian, sa fille Jada, sa sœur Elke. Pour faire d’autres enfants et assouvir son envie de vie simple. A deux mois de la fin de cette carrière de star mondiale du tennis, Kim Clijsters nous reçoit à l’hôtel où elle a pris ses quartiers pour le tournoi de Rosmalen. Nous sommes lundi, elle vient de reprendre contact avec les matchs après une blessure qui l’a privée de Roland Garros. (Elle pense alors encore aller au bout de ce tournoi qu’elle a dû abandonner ce vendredi en demi-finale, sur blessure.) Elle est resplendissante. Heureuse. Ça sort de partout, de ses yeux bleus, de ses cheveux courts qui tombent en boucles blondes. Simple, disponible.

« Je suis aujourd’hui la joueuse de tennis, que j’ai toujours voulu être. » Waw ! Voilà de quoi commencer sa deuxième vie sans regrets. A Rosmalen dimanche, elle avait peiné à retrouver son tennis. « Je n’avais plus joué depuis des mois et je n’arrivais pas à attraper le rythme. Mais je n’étais pas en panique (elle rit). J’essayais de rester calme et de bien me concentrer. D’améliorer mon jeu, point après point. Et de gagner le match. »

Faute de pouvoir rassembler son petit monde à l’US Open - son mari aura repris l’entraînement de son équipe de basket et ne pouvait être là que quelques jours -, sa famille avait fait le déplacement dans ce coin des Pays-Bas proche de chez eux. Ses grands-parents, sa sœur, ses oncles, ses cousins : « Ils voulaient me voir jouer une dernière fois. » Beaucoup de joueurs belges aussi : « David (Goffin), Kirsten (Flipkens), Xavier (Malisse), Olivier (Rochus) : c’est gai de s’asseoir ensemble, de parler. » L’atmosphère ce lundi matin sera dans le ton : familiale, sympa. Kirsten Flipkens vient chercher la clef de Kim et lui apprend que l’entraînement est arrêté pour cause de pluie, Xavier Malisse passe avec sa copine et vient l’embrasser. Kim rayonne. Sans regrets. Juste envie.

Vous n’avez pas peur des blessures ?

Les dernières fois, c’était toujours plus difficile mentalement de reprendre la revalidation. Mais après un temps, la motivation et la faim reviennent. Je ne sais pas m’entraîner sans me donner à 100 %. Et si je me sens bien, je n’ai pas peur de me blesser en jouant.

Vous pensez que ce que vous faites, c’est pour la dernière fois ? Que vous devez en profiter ?

Profiter n’est peut-être pas le bon mot, mais j’essaye d’enregistrer au mieux tous les sentiments, toutes les sensations. En général, on voyage, on joue tous ces tournois presque sur pilote automatique. Mais depuis que nous avons notre petite fille, c’est tout à fait différent. Je vis les choses sur le circuit de façon plus intense et plus intime. Et je trouve cela formidable pour la dernière partie de ma carrière. Brian et moi, nous sommes plus adultes, plus vieux, et nous vivons très différemment sur le circuit.

Votre reconversion est proche : cela vous fait peur ? Justine Henin dit à quel point c’était difficile de retrouver la même adrénaline qu’en compétition ?

Oh non, ce n’est pas du tout mon cas. Mon éducation fait que cela ne se pose pas ainsi. Lorsque je revenais à la maison après un tournoi, papa disait toujours : « Laisse tes raquettes au garage, maintenant tu es simplement Kim, il n’y a plus de tennis. Va avec ta sœur au cinéma ou faire du shopping, relax. » Le dimanche, c’était un jour de repos, nous étions en famille, nous allions rendre visite à nos grands-parents et c’était crucial pour moi. Le tennis a été très important, mais je suis restée moi-même à 100 % dans ce milieu. C’était fondamental pour tenir le coup si longtemps et avoir une satisfaction personnelle.

Justine dit qu’elle doit se trouver une autre légitimité. Ce sera quoi, vous, votre nouvelle légitimité ?

Je ne réfléchis pas à la manière dont les autres me voient. L’important est de suivre mes sentiments. Nous voulons plus d’enfants. Dès que j’arrête le tennis, notre famille sera notre priorité. J’ai la chance de boucler ma carrière de la manière dont je le veux. Mais le jour d’après, je devrai me lever à 7 h pour préparer le petit-déjeuner de Jada et c’est très important pour moi. C’est la phase suivante de ma vie : veiller à 100 % au bien-être de ma famille. Notre mère a toujours fait cela. Mon mari est devenu entraîneur de basket et j’ai énormément de plaisir à m’occuper de Jada ou d’autres personnes. Depuis mes 12 ans, j’ai fait plusieurs fois le tour du monde. Brian le sait : je ne sais pas rester 24 h sur 24 à la maison. Donc, de temps en temps, ce sera bien d’aller dans les Ardennes.

Vous avez des regrets ?

Non. Maintenant que je suis presque à la fin, j’ai beaucoup réfléchi à cela et je peux vraiment à 100 % arrêter avec sérénité. J’ai obtenu tout ce que je voulais faire dans ma carrière. Plus même. Je n’avais jamais pensé comme enfant que je gagnerais un grand chelem, que je serais numéro un mondiale. Je suis très contente aussi de la manière dont j’ai tout géré et de la façon dont j’ai traité les gens. J’ai été très honnête. Je suis très contente de ne pas avoir été changée par la renommée et l’argent. C’est ma plus grosse satisfaction.

Votre souhait ? Une médaille olympique ? Wimbledon, les JO et l’US Open s’annoncent pas mal !

Si j’en avais un des trois, je serais très heureuse (elle rit). Mais les JO, cela semble quelque chose de très spécial. J’ai déjà vécu l’US Open, j’ai aussi un lien très spécial avec Wimbledon, mais cela serait très chouette - oui, ce serait la cerise sur le gâteau - si aux Jeux.

Si vous ne gagnez rien, c’est grave ?

Non. Je fais tout à 100 %, je m’entraîne pour, mais j’espère seulement que je ne me blesserai pas et que je pourrai jouer ces tournois. Et que je jouerai du bon tennis de manière à dire : « Ceci est la manière dont je veux clôturer. » S’il n’y avait pas eu les JO, j’aurais sans doute arrêté l’an dernier. Mais les Jeux s’annonçaient et je voulais y aller. Je suis très contente d’avoir la chance d’en être cette fois. Et de les vivre intensément.

Les JO, ce sera une première. On vous y attend avec impatience. Et vous, ces Jeux vous font vibrer ?

Oh oui ! Et maintenant qu‘ils se rapprochent, je remarque que j‘envisage ce rendez-vous avec un énorme enthousiasme. De pouvoir vivre tous ces moments, d‘être en contact avec les autres athlètes, de pouvoir les encourager, d‘assister à leur préparation : en soi, c‘est intense de pouvoir vivre avec un tel groupe, c‘est très amusant. Pour moi et pour les tennismen en général, ce sera un peu bizarre car nous allons jouer à Wimbledon, trois semaines après avoir joué Wimbledon. Ce sera un changement et je me réjouis énormément à l‘idée d‘y être. Le tennis prend place dans la première partie des Jeux mais j‘envisage de rester ensuite dans le village olympique pour aller supporter autant que possible tous les Belges.

Ce sera déjà un peu les vacances ?

Oui. Je veux évidemment réaliser les meilleurs résultats dans la compétition de tennis et me concentrer sur mes défis mais ensuite, je veux être présente pour voir de beaux moments de l‘histoire des Jeux et pour les Belges.

Vous porterez le drapeau de la délégation belge à la cérémonie d‘ouverture ?

Mmm, je ne sais pas. Je pense que ce sera difficile parce que les compétitions de tennis commencent le lendemain de la cérémonie.

Vous ne jouerez peut-être pas le premier jour ?

Peut-être. J‘aimerais bien porter le drapeau, ou alors je pourrais peut-être seulement l‘agiter devant moi sans le porter (elle mime le geste et sourit). Mais non, je pense que la première semaine, je dois être uniquement concentrée sur ce que je dois bien faire et qui est le plus important pour moi. Et essayer de décrocher une médaille, évidemment.

La Belgique est importante aux Jeux. L‘est-elle pour vous aussi ?

Nous avons été élevées à la maison avec l‘idée qu‘on était fiers d‘être belges - papa était dans l‘équipe nationale de foot. Je n‘ai jamais répondu aux sollicitations de ceux qui me disaient :« Avec ton argent, tu dois partir à Monaco ou aller vivre à l‘étranger. » Je n‘ai jamais douté : mon mari est américain et nous allons régulièrement aux Etats-Unis rendre visite à sa famille mais nous habitons ici avec plaisir. Brian a un passeport belge, il travaille ici. Et il s‘est adapté.

Ce sentiment belge est encore devenu plus fort en vieillissant, en jouant la Fed Cup, en tournoi, à travers des choses simples. Lorsque j‘entends l‘hymne national en tournoi ou au Masters, ce sont des moments formidables. On sent quelque chose, on se dit qu‘on fait cela pour nous, pour notre équipe, mais aussi pour la Belgique car on sait que les gens nous regardent chez eux à la télé.

Vous ne ressentez pas de sentiment flamand ?

Non, je n‘ai pas cela du tout. Je suis belge. Je parle flamand ou néerlandais mais je n‘ai pas du tout ce sentiment.

Justine Henin a mal vécu cette une de « Paris Match ». Vous en pensez quoi, vous ?

J’ai beaucoup de difficultés avec de telles expressions et de tels titres. Justine et moi, nous sommes devenues grandes ensemble : même carrière, même moment. Mais au final, mes parents m‘ont appris à ne pas comparer. A essayer d‘être ce que nous sommes. J‘ai énormément regardé Monica Seles, Steffi Graf ou Serena Williams. De Justine aussi, j‘ai beaucoup appris. Mais je ne me suis jamais comparée à elles. Parce que ce n‘est pas la réalité. Au bout du compte, j‘essaye dans ma vie d‘être la meilleure joueuse de tennis, la meilleure mère, la meilleure femme, sœur, sans me com parer.

Il y avait vous, toujours rayonnante, et Justine, toujours soucieuse. Vous avez pourtant aussi vécu des choses douloureuses ?

Tout le monde rencontre des choses difficiles. La question, c’est comment on les traverse. Avec mon papa, jusqu’à la fin cela a été le grand amour, très pur, très honnête l’un vis-à-vis de l’autre. J’ai eu énormément de chagrin lorsqu’il est mort, mais cela a été une année si intense : j‘arrête le tennis, je me marie, je suis enceinte, papa tombe malade et puis Jada naît. Je suis tellement contente que papa ait pu la voir. Cette année-là, nous avons vécu de si difficiles mais aussi de si beaux moments, qui n‘avaient rien à voir avec le luxe mais se sont produits dans le jardin, lorsque nous étions ensemble avec papa, ma sœur, Brian. C‘est ce qui fait vivre. Pour moi, ce n‘est pas important d‘avoir des trophées dans mon armoire.

Ou dans la cave.

Oui, ils sont tous dans la cave. Les gens rient toujours. Dans la maison, on ne peut voir nulle part un trophée ou des photos de compétition. Des moments super mais je n’y pense pas.

D’où vient cet équilibre ? De votre éducation ?

J’en suis certaine.

Propos recueillis par

Béatrice Delvaux