Oh, non, ne l'abîmez pas déjà ! C'est le cri lancé lorsque nous évoquons l'interview de David Goffin. « Laissez-lui le temps de grandir, zut quoi. » Le laisser grandir ? C'est aussi ce que demande son entraîneur, Réginald Willems (dites « Reg ») : « Il va en perdre beaucoup des matchs, il faut le laisser travailler. » Reste que David, à 21 ans, a fait fort à Roland Garros début juin. Il arrive en huitièmes de finale, fait un match d'anthologie face à son idole Roger Federer qui lui tresse des couronnes de compliments. En quelques jours, de parfait inconnu, il devient le héros des Belges et des francophones en particulier. Le gendre idéal fait oublier ce corps de croquette que dénoncent les râleurs sur les forums internet.
Sa notoriété toute neuve est palpable à Rosmalen, ce tournoi familial des Pays-Bas où il nous a donné rendez-vous. Lorsqu'il sort du « Player's lounge » et traverse la pelouse du grand public pour prendre les photos, ils sont un, et puis deux, et puis des dizaines à le reconnaître et à se précipiter sur lui. Ce n'est pas l'émeute mais c'est le gros succès de foule. Un petit garçon, le marqueur à la main, lui demande un autographe. Deux jeunes filles se font prendre en photo, en lui enserrant la taille. Deux couples nous interpellent, en néerlandais, implorant encore une minute pour la photo : « C'est pour nos enfants ». David Goffin se prête au jeu, visiblement touché, un peu dépassé mais ravi par ces attentions publiques, francophones, flamandes et hollandaises. « C'est sympa, cela ne me gêne pas ».
On le retrouve au « lounge » parmi les joueurs qui attendent leur match assis à table ou dans des petits espaces salons. Kim Clijsters fait la file pour son plateau-repas à deux pas de nous. David arrive avec son assiette, pommes de terre, légumes, une tranche de pain, une boisson énergétique. « Pas terrible la nourriture hollandaise ? » « Ça va ». David est calme, un peu froid, sur la réserve. Il ne la quittera jamais vraiment, entrelardant ce flegme de sourires, d'émotions. On ne sait s'il se protège, on se dit qu'il est fort dans sa tête. Son coach en tout cas le décrit comme tel avec pour tous les deux un mot, qui revient sans cesse : « David suit son projet » et une demande : « Soyez patients, laissez-nous travailler ». Depuis, David s'est fait éjecter en un tour de Rosmalen, mais vient d'en franchir deux à Wimbledon où il va se mesurer ce samedi à l'Américain Mardy Fish.
Alors, toujours heureux de ce Roland Garros d'anthologie ?
Très ! En plus cela m'a fait atteindre un classement qui me permet de faire de tout gros tournois. Je suis excité à l'idée des tournois à venir.
Vous n'avez pas peur de décevoir ?
A un moment ou l'autre, cela va arriver. Il y aura de bonnes ou de moins bonnes performances : je dois continuer à rester concentré et à travailler.
Vous avez créé une véritable excitation
C'est sûr, il existe un engouement. J'ai l'impression que toute la Belgique et quelques Hollandais ont regardé mes matchs. Cela fait plaisir que les jeunes me reconnaissent, me demandent des autographes.
Et les joueurs, leur attitude a changé ?
Pas mal de joueurs que je connaissais déjà, certains pas, viennent me féliciter. L'ambiance est très bonne dans les vestiaires.
Vous avez même suscité l'intérêt de la presse people ?
(Il rit) C'est le genre de presse que je ne lis pas. Ils mettent ce qu'ils veulent dans leurs articles pour vendre du papier, je ne fais pas attention. Mais je dois dire que je ne m'attendais pas du tout à voir ma photo à côté de celle de Paris Hilton. (Il rit à nouveau).
Cela vous fait peur pour la préservation de votre vie privée ?
Après avoir vu cela, je me suis dit que je devais faire attention à ce que je fais et où je vais. Mais jusqu'à présent, cela se passe super bien dans ma vie privée et sur le terrain. Plus j'avance dans les tournois, plus je suis demandé par les marques, les sponsors. La partie positive, c'est d'être regardé par pas mal de gens. Cela aide dans ma carrière.
Vous avez pris un agent désormais, Karine Molinari, d'Octagon ?
Elle travaillait déjà un peu pour moi, elle avait un peu préparé le terrain. Heureusement qu'elle était là à Roland Garros pour faire face à un tel engouement, à toutes les demandes de journalistes.
Depuis Roland Garros, tout s'est accéléré. Vous n'êtes pas dépassé ?
Tout est quasi venu la même semaine : les Jeux olympiques, Wimbledon, Rosmalen. Je vois cela plutôt comme un beau programme, je le vis super bien. Je ne m'attendais pas aussi vite à un tel résultat mais on se préparait à ce que cela arrive. Avec mon agent, la famille, la Fédération, le coach, on travaille pour cela.
Roland Garros n'était donc pas juste un coup de chance ?
J'espère remettre cela le plus vite possible, mais on continue à travailler dans la même direction.
La suite, vous la voyez comment ?
Je suis encore jeune, je viens de débuter. Quand on est un sportif de haut niveau, on passe par des moments de joie tellement énormes. Il faut avoir les nerfs solides et s'accrocher car la carrière est longue. J'essaye de tout mettre en place pour que tout se passe bien, pour rester le plus positif possible. Si on est négatif, on ne s'en sort plus. Lorsqu'on en a marre de voyager, qu'on veut être plus chez soi, c'est dur, cela devient compliqué.
Votre objectif, c'est quoi ?
Je n'ai que 21 ans. J'ai encore une longue carrière devant moi. J'espère faire le plus de bonnes choses possibles. Chaque semaine. Mais cela dépend de l'état de forme, de la chance avec le tableau. Il faut rester positif.
Que devez vous travailler ?
Le service, même si je me suis déjà bien amélioré. C'est vraiment une arme dans le tennis moderne. Je dois aussi aller plus vers l'avant, vers le filet pour venir conclure des points. Physiquement de toute façon, il y a toujours à s'améliorer.
Vous avez peur des blessures ?
Une déchirure aux abdos, la première blessure en fait pour moi, m'a laissé « out » pendant 4 mois. Ce fut très difficile, je ne m'attendais pas à cela. Avec la rééducation et le repos, c'était OK mais quand j'ai recommencé à jouer, je m'attendais à retrouver mon niveau plus vite. Or, cela n'allait pas bien. Je m'inquiétais, je n'avais jamais vécu sans jouer. Je me demandais ce qui se passait. C'était très dur. C'était du temps perdu. Mais on se bat et cela revient petit à petit.
Le dopage est présent dans le tennis
Je ne m'inquiète pas du tout. Il y a de plus en plus de contrôles et c'est bien. Il est évident qu'il est hors de question pour moi de prendre quelque chose. Il y a d'autres moyens pour progresser physiquement.
Vous apparaissez comme timide ?
Je suis réservé au départ. Quand je suis sur le terrain, je suis sérieux, très concentré. J'essaye d'être zen. C'est l'attitude qui me permet le mieux de gérer des moments importants et le stress du match.
« Reg » est mon coach, il me dit quand j'ai une mauvaise attitude. Je travaille aussi sur les rituels. Mais c'est dans mon tempérament d'être comme cela. Je n'ai pas de mérite. Cela me convient bien. Il y a des joueurs, comme Nadal, qui ont besoin d'être agressifs, de crier pour se concentrer, moi pas. Je suis en contrôle tout le match, car tout peut se passer. Quand c'est fini vous l'avez vu, je me libère. J'étais tellement heureux à Roland Garros d'avoir gagné.
Ça vous gêne l'image du gendre idéal ?
Non ? J'ai encore le temps pour cela.
La suite vous fait peur ?
Cela ne me met pas plus de pression que cela. Je ne fais pas trop attention à ce que pensent les autres. Je réalise le projet que j'ai envie de mener. Les gens diront ce qu'ils veulent. On ne peut pas garantir de résultat. C'est la seule attitude, avec le fait de tout donner.
A Wimbledon, vous visez quoi ?
Je ne me suis pas fixé d'objectif. J'aime bien le gazon mais cela dépend du tirage au sort.
La Fédération de tennis a représenté une aide cruciale ?
L'Association francophone de tennis a fait un super boulot. Cela s'est super bien passé là bas, avec tous les coachs que j'ai eus. Par ailleurs, j'ai toujours vu la façon dont je voulais jouer, le sens où aller. Si je n'avais pas reçu cette aide, j'aurais cherché d'autres moyens.
Qu'avez vous envie de dire à nos lecteurs, à vos fans ?
Continuez à me supporter. Je ferai tout pour essayer de vous faire vibrer.
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