CINÉMA / Polémique autour de l'histoire de Misha Defonseca
Survivre avec les loups ?
JEAN-CLAUDE VANTROYEN ET MICHEL DE MUELENAERE
vendredi 22 février 2008, 09:04
Serge Aroles poursuit : « Il est arrivé que, pendant de courtes périodes, des louves isolées qui font une grossesse nerveuse et ont les mamelles gonflées de lait prennent en charge un nourrisson ; mais jamais un enfant plus âgé. Et une fois le désordre hormonal passé, la louve tue le bébé ou l'abandonne. »
« Je n'ai jamais dit ou fait croire que j'étais un enfant loup, répond Micha Defonseca. Si les spécialistes en loups m'avaient vu en relation avec les loups dans une réserve il y a une dizaine d'années ils auraient peut-être une autre opinion. »
De leur côté, les défenseurs acharnés des loups reprochent au chirurgien de mettre en cause les capacités maternantes de l'animal. « Le problème est ailleurs, dit-il. Des millions d'enfants ont vu le film de Vera Belmont. Ils ont adoré cette histoire d'enfant ; le loup dispose d'un énorme capital de sympathie. Désormais, c'est par millions qu'ils vont apprendre qu'ils ont été trompés. Comment, après cela, leur parler de la Shoah ? Belmont avait l'intention de faire un film sur la Shoah. Le film sera distribué en mars en Allemagne. C'est faire un cadeau aux néonazis qui vont en exploiter les failles. Il faut l'en empêcher ! D'autant que dans son histoire, Defonseca s'en prend non seulement aux nazis mais à tout le peuple allemand. »
Véra Belmont, elle, reste zen devant ces accusations. « Des polémiques, on en a vu sur tout, même sur les camps de concentration, réagit la réalisatrice. Et même si c'est une histoire inventée, c'est une belle histoire de cinéma. » Une boutade : Véra Belmont croit en la vérité de Misha Defonseca. « J'ai vu ses jambes violacées, ses pieds déformés. J'y crois complètement. »
« Invraisemblable »
La réalisatrice s'est emparée de cette histoire pour parler aux enfants de la Shoah. « Et ça marche, raconte-t-elle. J'ai commenté le film avec des enfants arabes. Alors, les juifs ne sont pas si mauvais, me disent-ils. C'est gagné, non ? » Pour elle, la polémique est vaine. « Ça me fait sourire », dit-elle. Et de rapporter la parole d'un déporté : « Tout ce qu'on vous raconte sur cette époque, croyez-le : ce qui s'est passé dépasse l'imagination. »
David Susskind, président d'honneur du Centre Communautaire laïc juif, est moins affirmatif : « Lorsque nous avons pris connaissance de l'histoire, elle nous a semblé invraisemblable, mais nous n'y avons pas accordé davantage d'attention. »
Convaincu de la supercherie, l'historien de la déportation Maxime Steinberg juge que Defonseca « prend une histoire qui n'est pas la sienne ». Lui aussi pointe les invraisemblances chronologiques du récit. Et s'étonne du refus de Misha Defonseca de révéler sa véritable identité : « Cacher son vrai nom n'a aucun sens lorsqu'on revendique un rattachement à cette persécution. »
À Misha Defonseca le mot de la fin (provisoire) : « Si les spécialistes qui m'accusent savent si bien tout, alors qu'ils me disent aussi ce que sont devenus mes parents, car ils ont bel et bien été arrêtés et je ne les ai jamais retrouvés. »
A Mme Belmont Pardon mais les réactions de Mme Belmont laissent pantois.- D'abord, ce : "même si c'est une histoire inventée, c'est une belle histoire de cinéma"...Oui mais le problème fondamental réside dans l'affirmation répétée jusqu'à présent à savoir que l'histoire est "authentique", "autobiographique"...Du cinéma fiction, alors pas d'indignation. Mais pas un vecteur de faux et usage de faux quand même !- Ensuite : " Et ça marche...J'ai commenté le film avec des enfants arabes. “Alors, les juifs ne sont pas si mauvais”, me disent-ils. C'est gagné, non ?"Non c'est complètement perdu si ces jeunes arabes apprennent qu'ils ont été trompés. Que l'histoire est bidon. Et pire : que la gamine n'est pas juive mais que cette spécifité de "juive" a servi dans une espèce de Shoah business.