L'imagination belge en clôture de « Human cities »

DANIEL COUVREUR

mardi 04 mai 2010, 09:49

La Maison Folie de Mons, c'est l'architecture de l'éternelle recomposition. Son architecte Marc Mawet, de Matador, l'explique à Bozar, pendant le festival « Human cities ».

 L'imagination belge en clôture de « Human cities »

« Un bâtiment dont on ne voit plus les codes, ouvert à toutes les cultures, toutes les hybridations », dit l’architecte Marc Mawet © Rino Noviello

Sous le couvercle d'une impressionnante porte d'acier inoxydable, la Maison Folie de Mons fait bouillir la culture contemporaine depuis 2006. Concerts, lecture, jardinage, concours de tags… cet espace de tous les possibles s'enflamme aux désirs de ceux qui s'en emparent. Le bureau d'architecture Matador a éclaté les murs de l'ancienne école des Arbalestriers pour les ouvrir à l'avenir et casser l'image du culturellement correct. Géant, frondeur, ce projet dépouillé a réjoui les artistes, les créateurs et le public.

Pratique

Human Cities, La Maison Folie de Mons, Marc Mawet au Studio de Bozar, mercredi 5 mai à 20h, 23 rue Ravenstein, 1000 Bruxelles. Entrée 4 euros.

Mercredi soir, Bozar invite Marc Mawet, tête pensante de Matador avec Olivier Bourez, à donner les clés de cette architecture du « tableau noir », où le lieu appartient à ceux qui l'habitent. Le récit et les maquettes de l'aventure expérimentale de la Maison Folie viennent clore le Festival Human Cities pour mettre l'imagination de la nouvelle génération des architectes belges au pouvoir.

La Maison Folie de Mons monte sur la scène du Palais des beaux-arts de Bruxelles. Une reconnaissance inattendue pour un projet aussi rock'n'roll ?

Nous sommes très heureux de l'honneur qui nous est fait, même si nous ne sommes plus aussi jeunes qu'on le croit ! Matador a été créé en 1994. Notre cheval de bataille, c'est de militer pour une architecture d'auteur en Belgique. Nous refusons les boulots alimentaires et tant pis si c'est risqué financièrement. La Maison Folie est un bouleversement et c'est l'œuvre dont nous sommes le plus fier. C'est véritablement la marque de notre écriture. Ce projet fut une épreuve dont nous sommes sortis grandis. Nous avons pu concrétiser ce en quoi nous croyions profondément : l'architecture n'est pas un bâtiment mais un processus destiné à accueillir plein de choses, ouvert à la métamorphose et dont l'architecte ne doit pas garder la maîtrise.

La Maison Folie a reçu l'Award de l'architecture belge, cela ne vous pince pas le cœur quand on change ses carrelages en fonction du goût de l'utilisateur ?

Dès le départ, nous avons dit à Mons qu'on ne livrerait pas un édifice mais un processus. La Maison Folie est comme un bébé dont on suit l'éducation. L'image de son architecture ne sera jamais définitive. Les couches d'occupation successives se superposent. Nous sommes à l'origine de cette idée et nous voulons que le bâtiment continue de se modifier. On peut être saisi par certains choix mais finalement rien ne fait tâche. A partir du moment où une intervention est souhaitée par les habitants du projet, elle est forcément juste.

Derrière la porte monumentale, toute ligne semble absente de la Maison Folie. Il n'y a pas d'esthétique. Le projet crée sa propre philosophie. On ne reproduit pas une écriture. Aujourd'hui, tous les moyens techniques existent de réaliser un objet savant. Mais l'architecture doit être d'abord un outil de vie. L'architecte est là pour supputer quelque chose que les gens vont s'approprier. Il crée du vide dans lequel les gens vont se mettre en situation. C'est un geste humaniste dont le but est l'épanouissement de ceux qui vont occuper les lieux. La Maison Folie était une école du XIXe siècle, enfermée dans des conventions strictes de symbolique du pouvoir et de symétrie. Nous en avons fait un bâtiment dont on ne voit plus les codes, ouvert à toutes les cultures, toutes les hybridations, y compris celles encore à naître. On a ouvert les murs, les portes, les cours. La question était jusqu'où démolir ? Les ouvriers ont eu un peu de mal à admettre ce travail de désagrégation. Livrer une maison avec des carrelages cassés et des trous dans les murs, quand on a l'amour du travail bien fait, c'est douloureux. Mais la flexibilité du bâtiment est exemplaire. On peut entrer avec un camion dans la salle, forer dans les murs, les repeindre… l'efficacité est totale.

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