Vivre sans télé, c'est possible !
MARIE MAURISSE
lundi 10 janvier 2011, 10:30
Deux pour cent seulement des Français (comme des Belges) vivent sans télévision. Un sociologue français est parti à la découverte de ce monde. Ses membres se disent plus libres mais surfent également énormément sur internet. Et sont parfois exclus !
Même dans les familles surexposées à la télé, internet constitue un concurrent sérieux © alain dewez
Ils ont enterré leur télécommande, bazardé leurs programmes TV, arrêté le zapping. Remisé leurs plateaux-repas pizza-coca. Oublié Secret Story et les émissions de Drucker, les JT de 20 heures. Condamné les émissions culturelles, les documentaires animaliers ou les Grand Prix de F1. Ils ont rompu avec la lucarne. Ils ont quitté leur télé.
Pendant trois ans, Bertrand Bergier s'est plongé dans le monde réel de ces gens, il en a tiré un livre dense qui vient d'être publié : Pas très cathodique. Enquête au pays des sans-télé.
Le sociologue français, enseignant à l'Université catholique de l'Ouest et professeur associé à celle de Sherbrooke, a l'habitude de s'intéresser aux exceptions. Auparavant, il avait par exemple étudié le destin d'anciens clochards très bien réinsérés ou celui d'élèves redoublants finalement surdiplômés. Pour les sans-télé, Bergier a interrogé 566 adultes et 248 enfants, comme il l'explique. « Seuls deux pour cent des Français sont sans télé et je voulais comprendre d'où venait leur choix ».
En Belgique, la majorité du temps libre est passé devant la télévision. En moyenne, les Belges regardent la télévision pendant 16 h 52, soit près de 2,5 heures par jour. C'est plus de la moitié du temps disponible chaque jour pour les loisirs (4 h 08).
Et les autres, les réfractaires, les anti ? Qui sont-ils ? Des militants de gauche, affolés du déclin culturel actuel ? Des intellectuels qui dévorent les livres et ignorent les soap opera ?
« Il y a de tout et c'est ce qui m'a surpris, répond Bertrand Bergier. 75 % d'entre eux ont un diplôme de l'enseignement supérieur, mais j'ai aussi rencontré beaucoup d'ouvriers, d'employés et de non-diplômés. De même, je pensais trouver beaucoup de gens de gauche et en fait, il y a vraiment tous les profils politiques ».
La nouveauté, le phénomène que d'autres études confirment, c'est le changement au sein même de la tribu des sans-télé. « Aujourd'hui, ce n'est pas parce qu'on n'a pas la télé qu'on ne la regarde pas, souligne Bertrand Bergier. Les sans-télé sont plus équipés que la moyenne en nouvelles technologies. Chez eux, il y a des écrans partout ! »
Contrairement aux décennies précédentes où vivre sans lucarne était considéré comme un choix défensif, voire comme une posture réactionnaire, cette pratique est devenue à la mode chez les jeunes, qui sont nombreux à voir la télévision comme un médium ringard. Les nouvelles générations, rompues à l'internet, sont plus nombreuses à ne pas en posséder. Ceux qui refusent les chaînes TV surfent sur le Web, téléchargent des films et de la musique, podcastent ou regardent des émissions à la demande sur leur ordinateur, visionnent des séries en streaming.
A l'ère numérique, la traditionnelle lucarne n'a plus l'exclusivité de l'audiovisuel. « Ne pas en avoir ne constitue plus un acte aussi pur, ne désigne plus un sommet de l'ascèse », ajoute le sociologue. Le quotidien sans télévision serait-il l'avenir ? « L'exception d'aujourd'hui contient possiblement la règle en gestation. »
Voilà pour la nouveauté, pour la tendance appelée à croître. Restent quand même les sans-télé plus classiques, ceux pour qui rompre d'avec la télévision constitue un rejet du flot addictif des images diffusées par les chaînes traditionnelles.
Sans poste, sans les chaînes et leurs grilles horaires, les soirées se rallongent et les sans-télé disposent de plus de temps. Bertille précise qu'elle est toujours en vadrouille. « C'est parce que je vivais seule que j'ai investi à l'extérieur plutôt que dans l'achat d'une télévision qui isole ». Comme cette infirmière enseignante, ces anti-cathodiques lisent généralement beaucoup de livres et se rendent souvent au cinéma, mais pas uniquement pour voir des films d'auteur ou des uvres pointues.
Là encore, les catégories et les sociotypes sont plus flous qu'on ne le croit souvent. Certains des sans-télé classiques adorent les blockbusters à gros budget, les jeux vidéo et les journaux people. En clair : tous ne sont pas des puristes.
Autre surprise : les repentis ne s'ennuient jamais. Bertrand Bergier : « Ils courent après le temps, débordent d'activités associatives et familiales, sont boulimiques de sorties. Il n'y a aucun vide, c'est la tyrannie de l'agenda ».
Bien sûr, ce mode de vie ne se fait pas sans quelques désavantages. « Lorsque je suis avec des amis, remarque Lea, ils peuvent parler pendant des heures de gens dont je ne connais même pas le nom ». Ils se sentent alors un peu exclus un sentiment particulièrement ressenti par les enfants, qui souffrent de ne pas connaître les références et les jeux de leurs copains d'école. Alors pour ne pas se laisser isoler, certains regardent la télé chez des amis. « Il y a même, relève avec étonnement Bertrand Bergier, des personnes qui, pour se tenir au courant et pouvoir en parler à la machine à café, achètent tout de même le programme et le lisent ».
Pas très cathodique. Enquête au pays des sans-télé, Bertrand Bergier, Editions Erès.
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il y a aussi la crise ...
J'imagine qu'il y en a d'autres comme moi: ayant d? r?li?a ligne t?phonique fixe, m'?nt d? d?rass?de ma voiture, ayant tir?n trait sur les abonnements de toutes sortes (surtout ceux, exhorbitants, de fitness), ayant renonc?ux magasines et aux marques, il ne me restait plus, dans la liste des 'superflus', que la t?. C'est donc chose faite. Vu que les salaires baissent et que tout le reste augmente, la prochaine possibilit?st de quitter mon logement pour essayer d'en partager un (et les frais) avec d'autres personnes. Je devrais aussi essayer de trouver un autre job, pour les week-ends et/ou les nuits... mais ?me vaudrait probablement plus de taxes, que je ne pourrais pas payer de toute fa?. On est loin de l'asc? dont parle l'auteur de l'article
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Nul besoin de cirage pour briller en soci? devant la machine ?af?il suffit de bien lire T?rama : on se passe fort bien de la t? et du cin? gogols, c'est d'ailleurs le seul hebdo bobo qui donne les programmes de radio, le m?a gratuit. Quant aux ?ssions TV int?ssantes, y compris les s?es, exit le magn?scope puisqu'elles sont g?ralement disponibles sur le net.