Les fêtes de la Saint-Martin à Tourinnes-la-Grosse
JEAN-MARIE WYNANTS
mardi 08 novembre 2011, 10:09
Tous les week-ends de novembre, Tourinnes- la-Grosse fait courir les foules. Elodie Antoine y a mis sur pied un très beau parcours d'art contemporain. Venus de tous les horizons, les visiteurs arpentent le village et découvrent ateliers et parcours d'artistes.
À la ferme du Rond-Chêne, Elodie Antoine fait suinter des murs et du sol de mystérieuses et fascinantes gouttes dor © DR
Mais que s'est-il donc passé dans cette écurie aux murs blanchis ? Les yeux écarquillés, un môme observe les grosses gouttes dorées qui suintent des murs, éclosent dans les mangeoires comme des moisissures précieuses
En pratique
Les lieux. A Tourinnes-la-Grosse et villages avoisinants (Nethen, Hamme-Mille, Beauvechain, La Bruyère).
Les dates. Tous les week-ends jusqu'au 27 novembre.
Expositions. Les samedis de 14 à 18 heures et les dimanches de 12 à 18 heures. Accueil à l'Ecole de Tourinnes-la-Grosse (catalogue et plan des expositions).
Spectacle. « Vivaldi, le feu de Dieu » de Xavier Deutsch, mise en scène de Muriel Clairembourg et Jean-Marc Delhausse, les 12-13, 18-19-20 et 25-26-27 novembre, avec 150 acteurs, choristes et musiciens à l'église de Tourinnes-la-Grosse.
Infos. www.tourinnes.be, 010-86.64.04.
Un petit panneau demande de ne pas toucher mais le gamin, échappant à la surveillance de ses parents, plonge le doigt dans une bulle d'or. Surprise : rien de liquide. Juste un tissu doré, découpé, tendu, gonflé de mousse par Elodie Antoine, jeune artiste en charge cette année de l'exposition officielle des fêtes de la Saint-Martin à Tourinnes-la-Grosse.
Dimanche matin, pour le premier jour d'ouverture au public, certains étaient devant les lieux dès midi pile. Badge d'accès au revers, carte à la main (fournie par l'organisation), deux couples flamands s'engouffrent dans une petite maison fleurie. « Nous venons d'Anvers depuis trois ans, explique l'homme le plus âgé. Nous faisons tout le parcours : in et off. A certains endroits, on ne reste que quelques secondes. A d'autres, on fait de vraies découvertes. Et on achète. »
Et oui ! Certains ont du flair et repèrent rapidement les bonnes affaires. « On croyait que c'était un truc baba mais en fait c'est plutôt bobo » ironise un collègue. En fait, ce n'est ni l'un ni l'autre. C'est bien plus que ça. Ici, tous les publics se croisent, se rencontrent, trinquent autour d'une bière locale ou s'organisent pour profiter de la voiture de l'un ou l'autre afin de rejoindre les lieux d'exposition les plus distants.
Au fil de l'après-midi, la foule ne cesse de grossir. Devant certains lieux d'expos, certains ateliers, ont fait la file pour entrer. On en profite pour faire connaissance : Namurois, Bruxellois, Louvanistes, Gantois, Montois il en vient de partout.
Pour les habitants du coin, comme Jérôme et ses fils, le vélo est le moyen le plus rapide pour passer d'un lieu à l'autre. Et cela permet de croiser des potes et d'aller faire un tour à travers champs avant de continuer le parcours. Pour beaucoup, c'est aussi l'occasion de nouer des liens avec des voisins, d'aller jeter un il sur l'intérieur de tel ou tel autre.
Chaque artiste du programme officiel a exploré le thème de l'année, « Le mal du pays », souvent inspiré par les lieux investis. Chez Dédée et Jef Vanderhasselt, l'Israélienne Maya Lerman fait apparaître en vidéo des accordéonistes tziganes jouant, chacun à sa façon, la mélodie traditionnelle Hava Nagila.
A la ferme du Rond-Chêne, outre le travail d'Elodie Antoine, on découvre trois artistes sélectionnés par ses soins. Eric Croes a disposé une série de portraits de joueurs de base-ball autour d'une maquette de collines envahies par les palmiers.
Dans l'écurie, Sofie Van Saltbommel présente un formidable ensemble d'objets en céramique et textile, inspirés par le cheval mais très éloignés de la classique sculpture animalière. A côté, dans une grange sombre, Stephan Goldrajch a tendu des fils blancs créant une gigantesque toile d'araignée. Dans le fond, il a brodé sur un drap blanc aux allures d'écran géant, une scène de fête à la Bruegel dont les fils rouges, à l'arrière, pendouillent tristement. Une manière de montrer que cette image se dissout avec le temps ? Le mal du pays, c'est aussi celui d'une mémoire qui fout le camp.
















