
DANIELE GILLEMON
mercredi 30 septembre 2009, 14:35
Le corps est bien notre premier habitat, notre première maison, notre abri, lenveloppe, le système infiniment complexe où nous logeons le moi personnel et social. ©D.R.
Voudrait-on constater de visu que le « contemporain » peut être absolument passionnant et renvoyer dos à dos les piètres pitreries d'aucuns, qu'on filerait à une seule adresse. La galerie Xavier Hufkens accueille le sieur britannique Anthony Gormley, sculpteur bien connu sur la place de Londres où il a multiplié les interventions et les performances, notamment cet été en transformant un piédestal commémoratif et vacant à Trafalgar en tribune bien vivante. A côté de cela, il développe une uvre forte et continuellement « in progress ».
Quelques pièces récentes formidables, sobres et spectaculaires, composent dans la galerie bruxelloise une séquence poétique et spatiale hautement cohérente et parfaitement implantée. Elle commence fort avec une structure géométrique gigantesque qui paraît déborder l'espace. Puis elle va crescendo, alternant moments de sérénité et de haute tension.
Non seulement toutes ces pièces innovent comme on peut l'attendre d'un plasticien uvrant en 2009, mais elles dévoilent un propos humaniste bien réel, une poétique du corps plus qu'originale qui se situe dans une tradition marquée par Henry Moore le corps paysage à la fois clos et ouvert sur l'espace environnant et même, en amont, par une certaine statuaire dédiée à la fertilité. Une tradition qu'il ne quitte pas des yeux tout en la percutant en son cur.
Le corps, pour Gormley, unique objet de sa démarche, est bien notre premier habitat, notre première maison, notre abri, l'enveloppe, le système infiniment complexe où nous logeons notre moi personnel et social. Où nous logeons le monde. Une construction, aussi bien une architecture que la sculpture, chez lui, a pour vocation d'orchestrer. Au lieu de répondre par la pratique de la taille classique de la pierre ou du bois, il évoque la singularité mémorable et surprenante de ce corps-abri, ouvert et clos, par une construction métaphorique qui renvoie à des figures sculptures « pleines », plus classiques.
Première étape. Un réseau dense et aérien de polygones d'acier à claire-voie soudés les uns aux autres occupe l'espace en long, en large et en hauteur, des murs au plafond. Une gigantesque structure en toile d'araignée composée de polygones, enchevêtrement dense à l'intérieur duquel on peut parfaitement se promener. De même que notre corps est fait pour arpenter l'espace, l'espace habite et dilate l'enveloppe charnelle jusque dans ses paramètres les plus mathématiques.
Le plus curieux, qui ne saute pas aux yeux mais apparaît évident à l'issue de la visite, réside dans le fait que cette structure abstraite, en expansion, reprend la forme globale et autant de fois agrandie des corps-sculptures que l'on retrouve dans les salles voisines. Autant de versions « pleines » en acier coloré par la rouille, de corps debout, couchés ou parfois suspendus par les pieds parfaitement identifiables bien qu'ils soient eux aussi uniquement composés de polygones imbriqués. Ces figures renvoient à leur tour à des suspensions abstraites et arachnéennes dans une dialectique continue, magistralement maîtrisée.
Galerie Hufkens, 6-8 rue Saint-Georges à 1050 Bruxelles, jusqu'au 22 octobre. www.xavierhufkens.com et 02-639.67.30.
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