Art lisse au pays des merveilles : le roi, c'est Koons !
DANIELE GILLEMON
mercredi 01 octobre 2008, 13:55
Versailles installe pour un show temporaire les « sculptures » du néopop américain dans les appartements royaux, y compris la galerie des glaces. Vanité, inanité, futilité.
Photo : AP
Pratique
Jeff Koons
Château de Versailles et jardins, tous les jours jusqu'au 14 décembre. Entrée : 13,50 euros. Tél. 0033-1.30.83.78.00, www.chateauversailles.fr/
On voudrait nous faire croire qu'il y a dans la présence à Versailles des « sculptures » kitchissimes de Jeff Koons, néopop américain largement surévalué, matière à débat. Il ne s'agit pourtant que de la part émergée d'un marketing hautement spéculatif qui trouve dans le prétendu scandale son aliment nourricier.
En mettant guimauve, bêtise et laideur provocantes sur le piédestal d'un monument quasi sacré, Koons réédite moins le geste provocateur de Duchamp qui avait alors un sens qu'il ne consacre la virtualité absolue de sa démarche d'artiste-américain-le-plus-cher-du-monde. On sait ce que vaut cette cherté ce n'est pas celle de Van Gogh et quel monde la garantit ! Koons est bien à l'art ce que les « subprimes » sont à la finance : du vent, du vent, encore du vent.
S'il n'y a pas matière à débat, il y en a à la mauvaise humeur. La présence de l'Américain dans les chambres royales reste bel et bien dommageable. Non que l'esthétique koonesque soit réellement scandaleuse ses pauvres trophées ne sont, après tout, que les babioles dérisoires portées à échelle monumentale du gamin de la star , mais que les décideurs de cette expo arnaquent, en beauté, le visiteur des lieux.
Impossible, en effet, et pendant trois mois, de visiter le château sans rencontrer obligatoirement sur son chemin le lapin stupide, la panthère rose bonbon et sa grognasse, l'ours débonnaire et le policeman, le homard gonflable, le cur enrubanné ou le couple en porcelaine doublement débile que forment Michael Jackson et son singe. Au moins n'y trouve-t-on pas trace des ébats de Jeff avec la Cicciolina ! En tant qu'ex-épouse en pétard, elle a dû mettre le holà. Gageons qu'en des temps plus heureux, la charmante aurait trôné nue dans le lit de Louis. Pour un happening.
Des visiteurs pris par surprise
Arnaque, donc. Nulle part dans l'enceinte de Versailles, l'exposition Koons n'est explicitement annoncée au touriste comme inexorablement liée à la visite traditionnelle des appartements. Qu'il le veuille ou non, le visiteur devra se coltiner aux pièces susdites. Un piège subtil qui ne laisse pas vraiment le choix de remettre à plus tard. Au moins ce touriste devrait-il bénéficier d'une réduction pour embarras occasionnels !
Des milliers de visiteurs, tout bénéfice pour Koons, se gargarisent les organisateurs. Des visiteurs auxquels on force évidemment la main, l'équation se réduisant à subir le néopop ou à renoncer à la visite historique au terme, parfois, de longs voyages en car et après avoir payé son droit d'entrée ! Pour avoir fait la visite avec une pléthore implacable de touristes russes, japonais et même français bon teint, nous pouvons affirmer que la plupart furent bel et bien pris par surprise. Une surprise réelle, vaguement dégoûtée, même si les appareils photo crépitèrent généreusement, mus par un réflexe de potache devant l'apparent crime de lèse-majesté.
Les objets de Koons ne sont pas seulement moches et sans contenu. Cette mocheté érigée sur le socle du baroque et du classicisme fiche carrément le cafard, avançant que rien n'a de sens au royaume de l'art. Que le commissaire, Laurent Lebon, puisse prétendre, sans rire, que Koons est si classique, avec sa manie de la symétrie mais remarque-t-on la symétrie d'un lapin mécanique, d'une bouée pour enfants ou d'une boîte de pralines ? , qu'il rend incongru le décor de Versailles, cela ne remonte pas le moral ! Pas plus que les lieux communs sur l'intégration du contemporain et de l'ancien de l'ex-ministre de la Culture, devenu maître à Versailles après avoir été l'employé de la Fondation Pinault à Venise.
Intégration ? Tarte à la crème, tic, manie s'exerçant n'importe comment et n'importe où.
Autre son de cloche! Un autre avis:http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=445339et n'oubliez quand même pas, cher Luc26, que l'on a jadis craché sur le "Balzac" de Rodin, qu'on s'est gloussé du "Déjeuner sur l'herbe de Manet" ou de la Maja desnuda de Goya, sans parler de "Fontaine" de Marcel Duchamp. Maintenant, nous laisserons l'Histoire décider mais je suis presque sûr qu'un artiste qui passe le cap de plusieurs décennies est bien parti.
Koons, l'imposteur... Bravo Daniele Gillemon ! Et pourtant j'apprécie beaucoup l'art contemporain ! Koons fait partie des imposteurs de l'art contemporain. Comme l'autre avec son veau d'or... Il y a d'ailleurs eu, récemment, un très bon interview à ce sujet dans votre journal. Je suis en train de le chercher. En plus il est de bon ton de ne pas critiquer... Voir l'excellente réflexion suivante de Rioufol : http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2008/09/fa...jeff-koons.html
Koons est un grand artiste Comment peut-on encore tenir un tel discours!! C'est une grande idée.Versailles est un décor à la Disneyland, kitsch, rococo avec sa cour fardée et son mode de vie artificiel sans profondeur. Un caprice d'enfant-roi gâté. Jeff Koons témoigne depuis trente ans d'une vision personnelle de notre société: son oeuvre explore notre rapport à la consommation, aux médias, aux stars, à l'enfance etc. Le parrallèle est si évident! Koons est tout sauf un manipulateur, c'est un artiste humble, proche des gens, sont oeuvre est accessible à tous (ce qui est rare), ludique, proche des arts décos. Il produit peu, expose peu et ne cède jamais à la facilité.Avez-vous tenu la même critique pour Jan Fabre au Louvres? Non?Ces confrontations passé/présent sont géniales et je les soutiens pleinement. A quand Johan Muyle au Musée de Zoologie de Liège?