Charles rejoint les musées belges

JEAN-CLAUDE VANTROYEN

mercredi 24 septembre 2008, 09:51

Henri Evenepoel est certes un de nos peintres belges les plus intéressants. Les Musées royaux des beaux-arts de Belgique possèdent 16 toiles et une quarantaine de dessins de l’artiste bruxellois, né cependant à Nice en 1872 et mort à Paris en 1899. En 27 ans, il accouche d’une œuvre passionnante. Pour son sens de l’observation : des portraits, des dessins d’enfants, des croquis d’Afrique du Nord. Pour la composition, souvent originale. Et pour la lumière, due à son séjour en Algérie.

Une de ses toiles les plus novatrices et particulières, Charles au jersey rayé, ne pouvait être vue par le grand public : elle appartenait à une collection privée. Mais le tableau a été mis en vente cette année par l’intermédiaire de Sotheby’s à Bruxelles. La Fondation Roi Baudouin l’a acquis, grâce à un don d’Anne et André Leysen, le capitaine d’industrie à la retraite, tous deux passionnés par Evenepoel : 750.000 euros.

Charles et Henriette réunis ?

A l’issue d’une période d’usufruit, Charles pourra rejoindre une collection publique belge. On ne connaît pas encore laquelle : les Leysen devraient décider. Nous ne pouvons qu’espérer que Charles au gilet rayé rejoigne Henriette au grand chapeau aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles : ça fera un beau couple.

Mais qui est Charles ? C’est Charles de Mey. Le fils de Henri Evenepoel, né d’une relation secrète avec sa cousine Louise Van Mattemburgh. Dès 1892, Evenepoel avait quitté Schaerbeek (il habitait 78 rue Dupont) pour Paris. Il y logea chez sa cousine, marié à un de Mey. Elle devint vite un de ses modèles préférés, dans ses tableaux marqués par Manet, Moreau puis, plus tard, Matisse et Rouault. En 1894, Louise donna naissance au petit Charles. Vous aurez compris qu’il n’était pas un de Mey.

Malgré son succès à Paris, Evenepoel voulut rentrer en Belgique. Où sa cousine se trouvait maintenant, son divorce bientôt prononcé. Il voulait l’épouser et reconnaître Charles. Mais quelques jours avant son retour à Bruxelles, le 27 décembre 1899, Henri Evenepoel meurt à Paris, emporté par la fièvre typhoïde. Une fin tragique pour une histoire romantique qui donne un plus de vérité à ce tableau qui a apporté une belle contribution au symbolisme.

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