Le Madmusée fête ses dix ans

DOMINIQUE LEGRAND

jeudi 18 septembre 2008, 09:08

Le Madmusée fête ses dix ans

Aléas de l’instinct et de l’instant, indéfectible union du signe et du geste comme un défi lancé à la paix des regards. © D. R.

Vu de dos. Un homme braque son pistolet sur un avion américain. De quel côté se situe la folie ? Le geste artistique d’Alain Declerq affronte un autre geste de révolte : tracé incertain, un gamin anéantit une croix gammée. Ici, un Christ aux seins de femme. Là, une robe ensanglantée, des dessins frénétiques, des sociétés de robots, des portraits aux yeux ébahis, des bouches prêtes à mordre, des exercices comptables du temps qui se heurte à la liberté du geste, des surfaces comme des paysages habités de symboles graphiques, toujours ce grand inconnu que l’artiste donne à voir, sans pudeur.

Des œuvres se parlent, se télescopent avec force. Christian Dotremont, Karel Appel, Pierre Alechinsky, Anto Carte, James Ensor, Serge Delaunay, Dürer, Mariën, Goya, Picasso, Ronny Delrue, Lizène, Johan Muyle répondent dans une confrontation frénétique à cet art que l’on dit brut, outsider et maintenant « irrégulier ».

Qu’est donc l’art « régulier » ? L’art n’est-il pas foncièrement cri de l’âme ? « Chaque œuvre émane d’un artiste, d’une personnalité. Il y a vingt ans, il était impensable de parler d’artiste pour le travail des personnes handicapées. C’était cela le véritable handicap puisqu’on posait un regard différent. Il y a eu une véritable évolution dans le regard », stigmatise Bénédicte Merland, directrice du Madmusée.

Jeu des liaisons sympathiques

Empreinte d’une dimension d’incertitude, multipliant le plaisir d’une lecture sur plusieurs niveaux, cette exposition n’est en rien originale dans son fondement. Elle dégage une bien plus grande aura que ce jeu des correspondances et des liaisons sympathiques. Ce parcours voulu « à l’aveugle » sollicite les rencontres entre des univers non hiérarchisés, comme il se doit quand figurative ou abstraite, une aire d’expérience se dégage des champs de forces, quand la présence physique de l’artiste fait corps avec la respiration explosive de l’œuvre.

Brassant les genres, entremêlant les catégories, sans cartel qui modifierait notre appréciaition, l’exposition « In-Out » célèbre le 10e anniversaire du Madmusée, une collection qui émane notamment des travaux de handicapés mentaux en atelier artistique. Cette collection compte maintenant 214 artistes belges et étrangers, 1.541 œuvres, des peintures, sculptures, dessins, collages, vidéos, assemblages.

Cerise sur le gâteau d’anniversaire, la Communauté française vient d’accorder le statut « catégorie B » au Madmusée, dans la foulée des Etats généraux de la culture. Que cela signifie-t-il ? L’assurance de pouvoir compter dorénavant sur un subside de fonctionnement qui peut aller d’un plancher de 70.000 euros jusqu’à 250.000 euros, sur une durée de cinq ans.

Ce début de stabilité se concrétisera davantage quand l’on pourra découvrir cette collection dans un lieu accessible au public. Cela aussi est au programme. Un appel d’offres est lancé pour agrandir le bâtiment actuel, parc d’Avroy…

Jusqu’au 2 novembre, salle

Saint-Georges, Féronstrée 86, Liège.

www.museeartwallon.be

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