
JEAN-MARIE WYNANTS
lundi 22 septembre 2008, 10:31
Les camions sur la route de lexil disent la réalité de la vie du peuple palestinien, en contrechamp dimages anciennes dune Palestine idéalisée par les photographes du XIXe. © Archives UNRWA.
Quelques collines, des oliviers, un village aux maisons blanches. Tout est calme, figé, immuable dans cette image de Palestine réalisée au XIXe siècle. Un vrai décor biblique. Et c'est bien ce statut de décor qui est alors assigné à cette terre mal connue.
Elias Sanbar, historien et ambassadeur de Palestine auprès de l'Unesco, le démontre à travers l'exposition « Palestine inventée Images pour un pays », présentée au Musée de la photographie de Charleroi. « J'ai beaucoup travaillé sur l'idée de champ et de contrechamp, nous explique-t-il. Le recto d'une image a-t-il un verso ? Et si oui, quel est-il ? Les images donnent-elles vraiment à voir ce qu'elles montrent ? Et je suis parti sur l'idée du couple présence-absence Toute l'exposition est faite pour montrer qu'au XIXe, le pays a été photographié de long en large. Et que, malgré cette masse de photos, à une époque où l'on était persuadé que la photographie allait montrer une réalité objective en opposition à la peinture, on s'aperçoit que la Palestine est absente de ces images. D'un côté, il y a donc ces images d'une Palestine mythique. De l'autre, les photographies provenant du fonds de l'UNRWA. A travers ces images, on voit le vrai pays là où il n'est pas photographié. Dans l'absence. »
L'UNRWA a été fondé dès 1949 par l'Onu pour gérer le quotidien des réfugiés dans l'attente de leur retour. Chaque année, elle remet un rapport d'activités agrémenté de photos.
Ce fonds couvre aujourd'hui soixante ans d'exil, avec des images des départs, des camps de tente puis des cabanes de fortunes, de l'éducation, de la vie en famille « Il s'agit de documents pratiques, précise Elias Sanbar. Pourtant, ces images sont très belles. Une humanité incroyable s'en dégage. On est en Syrie, au Liban, en Jordanie mais la Palestine est là, bien visible. »
A l'entrée de l'expo, trois grandes photos. Les deux premières montrent un escalier menant à une maison. La troisième un paysage flou. « La première montre les noces de ma sur, en 1947, à Haïfa. Mon père emmène ma sur au bas de l'escalier menant à notre maison. J'ai moi-même réalisé la seconde image, 46 ans plus tard, lors de mon retour à Haïfa. C'est la première chose que j'ai photographiée. La troisième image est celle qui m'est la plus chère. Ma mère m'a emporté en exil en 1948. J'étais un petit enfant et je n'ai aucun souvenir de cela. J'ai donc décidé de faire le chemin que m'a mère avait fait. Puis de le refaire en sens inverse, pour effacer ce trajet vers l'exil. Arrivé à la frontière, je me suis demandé ce que ma mère avait eu comme dernière image avant d'entrer dans l'absence. Et j'ai vu cette pente douce vers la mer. Je l'ai photographiée et, à l'instant même où j'ai pris cette photo floue, j'ai su que c'était une image unique qui contenait à la fois son champ et son contrechamp, la présence et l'absence. Cette image est à la base de tout le montage de l'exposition. »
L'idée du champ et du contrechamp revient constamment, notamment avec ce mur montrant, d'un côté, des images anciennes, colorisées par la firme suisse Photoglob et, de l'autre, les images documentaires de l'UNRWA. Tombeau de Lazare, Saint Sépulcre, Bethléem, Nazareth, mont Sinaï les photos du XIXe siècle réinventent un univers biblique. Au siècle suivant, les camions sur la route de l'exil, les campements sous la pluie disent cette fois la réalité de la vie du peuple palestinien.
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