L'infinie poésie du sculpteur

JEAN-MARIE WYNANTS

mercredi 03 novembre 2010, 09:10

Le titre de l'exposition s'inspire des arbres écorchés par l'artiste et des mines locales. Le bois, le bronze, le graphite sont les matières premières de ce sculpteur hors normes. Un parcours fascinant et troublant.

L'infinie poésie du sculpteur

Matrice di linfa : sur un sol couvert de peaux, un arbre coupé dans le sens de sa hauteur, évidé puis rempli de résine et de traces de l’artiste dans la terre cuite Une apparition magique devant laquelle chacun peut rêver &

Sur la sage pelouse de la grande cour ovale du Mac's, une grosse branche est venue s'écraser. Pourtant, on ne voit aucun arbre à l'horizon. En s'approchant un peu, on découvre qu'un filet d'eau coule doucement de l'écorce à un endroit où une main humaine s'est imprimée dans la masse… Y aurait-il un sortilège derrière tout cela ? Disons plutôt une magie, une poésie, un mystère. Ceux qu'on retrouve depuis toujours dans l'univers de Giuseppe Penone, créateur de cette fontaine en forme d'arbre (de bronze mais plus vrai que nature) intitulée Bifurcazione.

Pratique

Jusqu'au 13 février, au Mac's, site du Grand-Hornu, rue Sainte-Louise 82, 7301 Hornu. Infos : www.mac-s.be, 065-65.21.21.

Après nous l'avoir fait découvrir à Charleroi en 1986, Laurent Busine lui consacre une nouvelle exposition monographique occupant toutes les salles du Mac's. Et même un peu plus. Outre son arbre fontaine, Penone a mis en place une discrète installation dans le parc à l'arrière du bâtiment. S'inspirant d'un dessin qu'il avait réalisé en 1968, il utilise pierres, anciennes bornes, colonnes brisées pour, en les associant à des arbres, créer cinq sculptures qui vont se modifier au fil du temps en fonction de la croissance de ceux-ci, contrariée, soutenue ou guidée par la pierre.

C'est encore un arbre qui accueille le visiteur à l'entrée du Mac's. Ou plutôt le souvenir d'un arbre composé d'un gros bloc de cèdre rectangulaire, protégé par une écorce de bronze dont le sculpteur a créé le relief à l'aide de son pouce. On est fasciné un peu plus loin par ce très grand dessin constitué d'un trait se déroulant inexorablement à partir de l'empreinte du même pouce de l'artiste.

On est troublé face à la série Geometria nelle mani (géométrie dans les mains) mêlant une masse de bronze rugueuse, comme malaxée par la main de l'homme et l'empreinte, en creux, de cette même main apparaissant au cœur d'un bloc d'acier inox parfaitement lisse.

Une œuvre à fleur de peau

Un arbre coupé en deux occupe toute la salle pont. Creusant patiemment le centre de ce pin, Penone en a extrait l'équivalent d'une cinquantaine d'années. Dans la coque restante, il a coulé de la résine et laissé la trace de ses mains, de ses pieds, de son visage dans de la terre cuite à chaque raccord entre les différents morceaux du tronc.

La dernière salle, enfin, est une splendeur absolue avec ses immenses tableaux noirs de la série Pelle di grafite (peau de graphite). On croit voir des macrophotographies de différents minéraux. En s'approchant au plus près, on découvre qu'il s'agit en fait de petits dessins patiemment griffonnés sur papier noir ou sur toile à l'aide de ce graphite dont on fait les mines de crayon. Une fois de plus, la main de l'homme s'est substituée à la nature, faisant naître un mystère troublant et une infinie poésie.

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