Entre irrévérence et diplomatie
JEAN-MARIE WYNANTS
mardi 08 mars 2011, 09:43
Une oeuvre de Werner Moron ne pourra figurer dans le Printemps de l'irrévérence. Le directeur du Centre Wallonie- Bruxelles évoque des raisons diplomatiques.
« Le ton pastel est donné », cest luvre de Werner Moron qui risquerait de choquer les autorités françaises, selon Christian Bourgoignie, directeur du Centre Wallonie-Bruxelles © Werner Moron
Cela ressemble à une histoire belge et c'en est une. L'artiste Werner Moron s'est vu signifier par le directeur du Centre Wallonie Bruxelles à Paris, Christian Bourgoignie, l'impossibilité de montrer une de ses uvres dans le cadre du « Printemps de l'irrévérence ».
Regroupant une belle brochette d'artistes essentiellement liégeois, cette manifestation dont les commissaires sont Marie-Hélène Joiret, directrice de la Châtaigneraie, et Alain Delaunois, journaliste et critique d'art, entend mettre en évidence l'art de l'irrévérence made in Belgium. Dans le dossier de presse, on parle d'ailleurs d'artistes « incontournables, réputés pour leurs spectaculaires provocations ». Dont Jacques Charlier, Jacques Lizène, Kroll, Eric Duyckaerts, Pol Pierart et Werner Moron.
Ce dernier a créé une uvre faisant référence à la situation politique française à quelques mois des élections présidentielles. Sur fond de drapeau bleu, blanc, rouge, il montre deux possibles candidats : Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy. « Le premier est à gauche, évidemment, explique l'artiste. Il figure donc sur la partie gauche du drapeau qui est bleue. Le second emmène la droite, il est donc sur la partie droite du tableau qui est rouge. Et le titre résume : Le ton pastel est donné. J'ai décliné l'image sur plusieurs supports : tasse, assiette, t-shirt, sac Comme pour n'importe quel mariage princier. »
A la fois drôle et très sobre, l'uvre a pourtant fait réagir le directeur du Centre Wallonie-Bruxelles. « Le drapeau français est un symbole fort, explique Christian Bourgoignie. Nous sommes sur le sol français et il y a des choses à respecter en tant qu'institution publique. Si j'étais à la tête d'une galerie privée, cela ne poserait aucun problème. J'ai donc pris, seul, une décision que j'assume. Tout en comprenant que vous y voyiez une contradiction avec le thème de l'exposition. »
Lorsqu'on cherche à mieux comprendre ses craintes, Christian Bourgoignie explique : « Si nous montrons cette uvre, on risque qu'on ne parle que de ça. Cela sera monté en épingle. » Mais en l'interdisant, on risque d'en parler plus encore ? « Je sais, c'est un casse-tête. Mais tant pis j'assume. On ne se rend pas compte de la susceptibilité des pays hôtes sur certains sujets. Je suis pour une totale liberté d'expression et je l'ai défendue lors de notre exposition précédente que la police a voulu faire fermer en raison d'images nettement plus choquantes que celle-ci. Mais ici, il s'agit de respect envers le pays qui nous accueille. »
Alors aucun espoir possible ? « Si mon directeur Philippe Suinen me dit : Christian tu dois présenter cette uvre, j'obéirai bien sûr. Mais en l'état, en vertu de ma conscience professionnelle, je ne la présente pas. »
















