Le monde étrange, troublant et terriblement humain de Jane Alexander

JEAN-MARIE WYNANTS

mercredi 30 mars 2011, 18:03

Avec ses installations combinant de nombreux personnages sculptés, mi-hommes, mi-animaux, Jane Alexander nous parle de nous.

Le monde étrange, troublant et terriblement humain de Jane Alexander

Dans « Aventure africaine », Jane Alexander compose un étonnant tableau rassemblant une série de sculptures individuelles : la bête, le chien, le surveillant, la poupée avec gants industriels, la fille avec de l’or et de

Derrière les grillages surmontés de fil barbelé, un champ de blé encore vert. A l'extérieur, une étrange créature, mi-homme, mi-animal, semble surveiller la scène. Au cœur de la Centrale électrique, centre européen d'art contemporain de la ville de Bruxelles, cette installation baptisée Security frappe d'emblée le visiteur.

En adéquation parfaite avec les hauts murs de béton, cette prison semble plus vraie que nature. Mais s'agit-il vraiment d'une prison (un personnage est bien enfermé, seul, à l'intérieur) ? Peut-être sommes nous plutôt face à une de ces enclaves sécurisées où quelques privilégiés vivent à l'écart du monde extérieur. La double rangée de grillage et le blé vert semblent accréditer cette thèse. Mais rien n'est sûr. Et que signifient ces dizaines de gants rouges jetés sur le sol, entre les deux grillages ? Pourquoi sont-ils accompagnés de faucilles et de machettes ?

« Je ne veux imposer aucune vision, explique d'une voix douce l'artiste sud-africaine Jane Alexander. Je reste volontairement floue afin que chacun puisse se faire sa propre histoire. »

Dans African adventure, elle rassemble une série de personnages sculptés formant une sorte d'instantané. Il s'agit ici d'une installation à peu près fixe, contrairement à la plupart de ses autres créations. « Quelques pièces sont fixes mais beaucoup se réinventent chaque fois, en fonction du lieu. Par exemple, dans Security, les personnages changent pour chaque exposition. Certains se retrouvent dedans, d'autres dehors. Chaque pièce à un titre et l'ensemble de l'installation porte également son propre titre. »

Des Personnages Hybrides et troublants

A la Centrale, les petites alcôves abritent idéalement des groupes étranges et dérangeants, comme Les Accusés, petits personnages en costume noir dont le visage est caché par une cagoule blanche comme pour les condamnés à mort. D'autres groupes occupent une place plus large. C'est notamment le cas des Bom Boys, une des pièces les plus connues de l'artiste. Neuf gamins au visage coiffés de masques. « Bom Boys est le nom d'un gang de rue à Johannesburg. Ces enfants qui vivent dans la rue sont à la fois fragile et inquiétants. Encore une fois, chacun y voit ce qu'il veut. » Bras pendants, paumes ouvertes, ils semblent attendre quelque chose. Mais quoi.

Un peu plus loin, un étrange personnage hybride, assis sur une chaise, semble revenu de tout. Ses yeux, comme ceux de la plupart des créatures de l'artiste donnent l'impression de suivre nos déplacements. Juste derrière, une imposante armada d'hommes chiens baptisées Infanterie. Il suffit de peu de choses pour transformer un groupe en milice impitoyable.

Si elle ne veut imposer aucune lecture de ses œuvres, Jane Alexander creuse cependant une série de thèmes : l'obsession de la sécurité, la déshumanisation, l'hybridation à travers les hommes à tête animale. Mais si ceux-ci peuvent évoquer les métissages, ils peuvent aussi révéler la part animale qui surnage en nous. Et ce bien au-delà de l'Afrique du Sud, l'œuvre de Jane Alexander, d'une troublante singularité, trouvant un écho universel.

Jane Alexander, Security (Surveys from the Cape of Good Hope) », jusqu'au 21 août à la Centrale électrique, place Sainte-Catherine 44, 1000 Bruxelles. Inofs : www.lacentraleelectrique.be .

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