Brigitte Corbisier et le flux perpétuel
DOMINIQUE LEGRAND
mercredi 22 juin 2011, 18:18
Inspirée par la nature, l'artiste graveur liégeoise travaille sans repentir. Ses incisions chargent les lignes de mystère.
« Les Bestioles », série de pointes sèches retravaillées numériquement Installation pour la Biennale internationale de gravure 2008 ©CED, Liège
Panta Rhei, « Tout coule, tout passe » Pourquoi cette phrase du philosophe grec Héraclite en tête de l'exposition de Brigitte Corbisier ? « Pour ne pas écrire rétrospective , glisse l'artiste graveur liégeoise. Tout passe J'évoque le mouvement, le changement d'un état à un autre, jusqu'au désir de se laisser porter. »
3 RAISONS DY ALLER
1 Liège est la gardienne d'une tradition typique de savoir-faire et d'innovation en matière de gravure.2 On découvre les gravures d'une artiste du cru, fidèle participante de la Biennale internationale de Gravure contemporaine.
3 Chaque gravure, chaque dessin, participe à un espace-temps, comme un morceau de vie, le fragment d'une longue frise continue, son jardin quotidien aux côtés d'uvres plus anciennes.
Tout force l'attention, jusqu'au détail le plus minime. Une fougère déroule ses frondes dans un mouvement saisi au ralenti sur papier Japon collé sur papier plume, puis dans une version reproduite en numérique. Des fourrés émergent du papier Japon choisi pour sa transparence et son côté sensuel. La banquise souffre en silence. Une ziggourat sumérienne symbolise la vie et son ascension faite d'efforts et de périodes de rémission. Carottes, feuilles de rutabagas, vagues, steppes, coccinelles et autres coléoptères, l'art essentiel de Brigitte Corbisier (Liège, 1946) court sans relâche du microcosme au macrocosme, tant cette athlète et alpiniste eut l'occasion de mesurer l'univers. Professeur d'éducation physique, Brigitte Corbisier est venue à l'art dans les années 80, en retournant sur les bancs de l'Académie des Beaux-Arts de Liège.
Se refusant toujours à l'art obligé, chaque planche ou dessin traduit une profonde émotion, même si la force physique fait parfois défaut : « J'ai toujours beaucoup aimé dessiner, rappelle cette fidèle participante à la Biennale de la gravure de Liège. Dacos, alors professeur de gravure à l'Académie, m'a mis une pointe sèche entre les doigts en me disant : Vois ce que tu peux faire avec cela J'ai tout de suite aimé l'effet de surprise, les barbes, l'incision. J'aime l'attaque directe de la plaque. J'ai essayé l'aquatinte, l'eau-forte, mais je suis toujours revenue à mes premières amours. »
Dans une continuité naturaliste et philosophique, le dessin prend le pas sur la gravure. Le travail à la bouche, - encre de Chine et plume , ouvre de nouvelles portes pour cette créatrice qui travaille d'un seul élan sans croquis ni repentir, femme pugnace qui suture ses traits au fil blanc.
sérénité de la ligne
Livres d'artistes, séries sans fioriture comme La Genèse, six triptyques réalisés durant son voyage à Belgrade en 1988-89, Brigitte Corbisier affine sans cesse la création du monde. « J'observe, poursuit-elle, je suis très proche de la nature. J'ai toujours eu un carnet de croquis avec moi. Je dessine une montagne, le soupirail qui est devant ma porte, des mouches sur mon balcon »
Accro au noir et blanc, des couleurs comme l'ocre percent de temps à autre, avec discrétion. Les supports évoluent en symbiose avec l'énergie du tracé, zinc, papier, carton, plexi. Ses formats multiples rejoignent, - comme ses petits films , une quête d'apaisement. En écho à la lithophonie, autre fascination pour le monde minéral, gravures et dessins ramènent toujours au jardin du Péry d'où elle contemple la Cité Ardente dans la brume.
Cabinet des Estampes et des Dessins, 3 parc de la Boverie, Liège, jusqu'au 23 octobre. Catalogue 5 euros. Infos : http://cabinetdesestampes.be .




