Hockney recrée le paysage

JEAN-MARIE WYNANTS

jeudi 19 janvier 2012, 10:18

A la Royal Academy David Hockney remet le paysage à l'honneur. Ses oeuvres les plus récentes, créées sur iPad, sont la révélation de cette exposition. Au-delà de l'anecdote, il invente ainsi une nouvelle approche du trait et de la lumière.

Hockney recrée le paysage

« The arrival of Spring in Woldgate, East Yorshire in 2011 (twenty-eleven) » : dessin sur iPad du 12 avril 2011, appartenant à une œuvre en 52 parties (51 dessins sur iPad imprimés sur papier (67,3 x 50,2 cm) et une peinture à

LONDRES

« Comme une feuille de papier qui se renouvelle sans cesse »

Certains persistent à ne voir dans les nouvelles technologies qu'un outil futile. Les dessins sur iPad ne seraient qu'un succédané de la peinture à l'ancienne. Dans Conversations avec David Hockney, livre d'entretiens de Martin Gayford, l'artiste rejette cette vision.

« Non, c'est totalement nouveau. Ce qui peut manquer, c'est la rugosité du papier, mais la fluidité que l'on obtient est incomparable. Il y a des avantages et des inconvénients à tout moyen d'expression. Avec celui-ci, la variété des techniques qu'il autorise est extraordinaire. En revanche, vous devez être attentif aux différentes couches que vous ajoutez. Ce n'est pas une vraie surface. Si vous faites de l'aquarelle, par exemple, au-delà de trois touches superposées, les couleurs perdent de leur vivacité (…). Avec l'iPad, tout est possible. Si cela vous chante, vous pouvez apposer une tache de bleu intense sur un jaune vif. Cependant, vous ne devez pas perdre de vue l'importance des couches. Le principe est le même que pour les lithographies, les aquarelles ou tous les types de gravure. L'iPad offre des possibilités presque infinies, c'est comme une feuille de papier qui se renouvelle sans cesse. Vous pouvez modifier l'échelle autant de fois que vous le voulez. Par exemple, si vous commencez à dessiner cette coupe remplie d'oranges qui est en face de nous, vous pouvez ensuite agrandir le papier virtuel et donc réduire d'autant votre sujet. Vous pouvez continuellement ajouter au dessin. Au début, vous avez des oranges sur une table, et à la fin, vous avez une pièce entière. »

Conversations avec David Hockney, Martin Gayford, Seuil, 28 euros.

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

C'est un paysage fascinant de verdure, de montagne et de brume. Une vue géante (près de quatre mètres de haut sur trois de large) du Yosemite Park aux Etats-Unis. L'effet est saisissant, plein de vie, de couleurs et de mystère. Mais ce mystère n'est pas seulement dû à l'art classique du peintre.

Depuis 2009, David Hockney a découvert avec émerveillement les possibilités de l'iPhone, puis de l'iPad. Son œil de peintre a vite été attiré par le logiciel Brushes avec lequel n'importe qui peut dessiner sur son écran.

En quelques mois, il a développé une technique impressionnante, dessinant avec le pouce sur son iPhone. Juste le temps de voir arriver l'iPad, en janvier 2010. Depuis, David Hockney est devenu un inconditionnel. Plus grand, l'iPad lui permet de dessiner avec tous les doigts mais aussi d'utiliser un stylet. Et la tablette a remplacé, dans sa poche de veste intérieur, ses habituels carnets de croquis.

Avec deux différences de taille : d'une part, la tablette enregistre toutes les étapes du dessin. Il peut donc les revisualiser au fur et à mesure, de même que les amis auxquels il envoie chaque jour ses nouvelles réalisations. Par ailleurs, il peut dessiner un détail puis modifier l'échelle et le replacer dans un ensemble plus vaste (lire ci-dessous).

Le résultat, présenté à la Royal Academy de Londres, dans un vaste ensemble de son travail centré sur le paysage, est véritablement bluffant.

On retrouve avec plaisir des huiles de ses débuts, d'autres réalisées ces dernières années dans la campagne anglaise. Mais ce sont les impressions sur papier, à partir des dessins réalisés sur iPad, qui font vraiment la différence.

Avec une incroyable liberté, Hockney livre des feux d'artifice de couleurs où le vert domine largement. Une étonnante série de 51 dessins réalisés à l'arrivée du printemps montre l'évolution de la nature au fil des jours.

Dans la dernière salle, les cinq œuvres monumentales reproduisant sur papier des dessins réalisés au Yosemite Park en octobre dernier, sont de pures merveilles. Jouant avec toute la gamme d'effets possibles de la tablette, Hockney recrée la pénombre d'une forêt, la brume sur les collines, l'exubérance de la nature. Partout on retrouve une sorte de flottement, une légère impression de trouble, une variété de traits et une luminosité unique, propres à la technique utilisée.

L'iPad n'est ni un crayon, ni un pinceau, ni une brosse : c'est un nouvel outil dont les artistes vont pouvoir s'emparer pour créer des œuvres nouvelles. David Hockney l'a bien compris et montre la voie avec toute l'ardeur juvénile et l'ouverture d'esprit d'un gamin de 74 ans.

« A bigger picture », près de 150 paysages de David Hockney, jusqu'au 9 avril, à la Royal Academy of Arts, Burlington House, Piccadilly, London. Infos : www.royalacademy.org.uk et www.eurostar.com (pour le déplacement et les accords avec les musées londoniens).

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