Joseph Noiret était une figure de Cobra
DANIELE GILLEMON
jeudi 19 janvier 2012, 10:18
© La Cambre
Né à Bruxelles en 1927, père de la chorégraphe Michèle Noiret, Joseph Noiret commença à faire parler de lui en 1947/48 lorsque, jeune étudiant en philosophie et lettres de l’ULB et militant communiste, il participa aux activités du bref mouvement surréaliste révolutionnaire fondé à Bruxelles en 47 par Dotremont. Le surréalisme révolutionnaire, qui ne dura que dix-huit mois, tentait de concilier la révolution sociale fondée sur le marxisme-léninisme et la recherche poétique propre au surréalisme sans rencontrer l’adhésion des intellectuels du Parti ni de Breton.
Après avoir rejoint à Paris la conférence du Centre de documentation pour l’art d’avant-garde où se tenaient leurs pairs français et internationaux signataires du manifeste La cause est entendue, Noiret et Dotremont s’affranchirent du groupe français aux vues trop intellectualistes, cosignant avec quelques autres un manifeste parodique La cause était entendue qui en appelait à un art moins théorique, moins sectaire, moins en rupture surtout avec le surréalisme d’avant la guerre.
Ce furent les débuts de Cobra. En 1948, Dotremont invente l’acronyme pour Copenhagen, Bruxelles, Amsterdam. En 1949, Noiret organise les deux expositions bruxelloises fondatrices, « La fin et les moyens » et « L’objet à travers les âges ». Il collabore à la Page belge des Lettres françaises d’Aragon, mais à la suite d’une polémique rompt avec la revue. Ses distances comme celles de Dotremont avec le réalisme socialiste sont de plus en plus marquées.
En 1953, deux ans après la dissolution de Cobra et de ses revues où parurent notamment son poème pour Chaplin « L’homme sans phrases » et « L’aventure dévorante » illustrée par Bury, Noiret fonde Phantomas avec Théodore Koenig et Marc Havrenne. Cette revue iconoclaste, parfois brillante, proche de Dada, paraît jusqu’en 1980, date ou L’Estaminet prend le relais.
Phantomas accueillit dans ses colonnes des célébrités de la taille de Beckett, Borgès, Dubuffet et à l’échelle nationale, Chavée, Blavier, les frères Piqueray, Pierre Puttemans et des peintres, Van Lint, Wyckaerts, van Anderlecht… Espace de rencontre de toute une génération d’écrivains et d’artistes, Phantomas fut le lien entre des tempéraments très dissemblables portés par un même esprit d’invention poétique.
Directeur de la Cambre entre 1980 et 1992, la vocation de Noiret fut essentiellement littéraire même s’il collabora avec Vandercam à la réalisation de collages et plus tard à une sculpture-mot au Sart-Tilman et à une station du métro bruxellois. Il ne perdit jamais de vue les autres arts, perpétuant l’esprit de Cobra et du surréalisme de papa dans le désir un peu naïf de changer la vie en accord avec les rêves poétiques les plus fous.
















