Les jumeaux : deux personnes, une seule âme
CLAIRE COLJON
mercredi 25 janvier 2012, 11:57
Selon la tradition religieuse des Yoruba du Nigeria, les jumeaux n'auraient qu'une seule âme, unie, inséparable. Que devient-elle lors du décès de l'un d'eux ? Qui en est le gardien ? Découverte de ces « ibeji ».
Si, de par le monde, on compte une naissance gémellaire pour quatre-vingts nouveau-nés, chez les Yoruba, une naissance sur vingt donne lieu à l'arrivée de jumeaux ! Des enfants pas toujours bienvenus
Ces enfants, dont la naissance leur paraît inexplicable « aucun être humain ne peut engendrer deux êtres humains à la fois » seraient-ils le fruit d'une double paternité ? Et donc la preuve de l'infidélité de leur mère ? Impossible, ni de laisser vivre ces êtres possédés par les esprits du mal qui porteraient malheur à leur famille ni leur mère adultère. Et, quand celle-ci n'était pas exclue du village, elle était tout simplement tuée avec ses enfants S'ensuivit une chute démographique terrible jusqu'à ce jour où l'oracle d'Ifa à moins qu'il ne s'agisse du roi légendaire Ajaka, frère du dieu Shango et lui-même père de jumeaux n'ordonne que cessent ces massacres. Et souligne le pouvoir surnaturel de ces êtres capables d'apporter bonheur, santé et prospérité dans leurs familles
Le gardien du défunt
Il faut toutefois attendre le début du XIXe siècle pour que la situation et l'attitude face aux naissances gémellaires changent enfin. Leur naissance et leur mère sont alors célébrées, les enfants reçoivent les vêtements et les bijoux les plus beaux, les aliments les meilleurs, sont entourés de toutes les attentions. Ils sont ibeji, ce qui en langue yoruba signifie « jumeau ». Ibi, né et eji, deux.
Ils sont nés ensemble ? La tradition religieuse estime qu'ils ne possèdent qu'une seule âme, unie et inséparable ! « Si l'un d'entre eux meurt, la vie du survivant, déséquilibré, est en danger. Sans compter que la colère du jumeau mort devient une menace pour celui qui reste et pour sa famille », explique Joaquin Pecci, spécialiste des arts primitifs africains et himalayens, organisateur de cette exposition montée à l'occasion du Winter B Sablon. « Pour parer ces conséquences néfastes, la famille consulte le babalawo prêtre de l'orisha ou devin et, sur ses conseils, fait sculpter une petite statue en bois qui contiendra l'âme du jumeau défunt. Devenu son gardien, l'ibeji recevra de sa mère toutes les attentions qu'il aurait eues de son vivant. Il est lavé, nettoyé, convié à partager la tétée. Il est à noter que si les deux jumeaux meurent, il n'est pas nécessaire de sculpter ces statuettes, l'union de leur âme n'étant pas compromise. Toutefois, vu leurs pouvoirs surnaturels supérieurs à ceux des ancêtres normaux, mieux vaut s'assurer d'obtenir la protection des disparus sur la famille entière, apporter offrandes et sacrifices aux pieds de leurs statuettes. » Comme autant de grigris
« Ibeji », exposition jusqu'au 12.02 à la galerie Joaquin Pecci Tribal Art, 38 rue des Minimes, 1000 Bruxelles. Tél : 02-513. 44.20. www.joaquinpecci.net
















