Dessine-moi un gitan

ADRIENNE NIZET

mercredi 01 février 2012, 13:58

A la Maison du Livre de Saint-Gilles, une exposition décrypte les représentations des tsiganes dans l'art. Un point de vue historique et social engagé dément les clichés.

Dessine-moi un gitan

Marina Obradovic a photographié le quotidien des tsiganes Ses photos sont un vrai rayon de soleil dans l’exposition © Marina Obradovic

On les appelle gitans, manouches, tsiganes, bohémiens, gipsies, roms, romanichels ou gens du voyage. Souvent indifféremment, bien qu'une bonne partie d'entre eux soit désormais sédentaire.

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Vous avez dit Roms ?

Une autre exposition, « Vous avez dit Roms ? », rassemble, au Centre Culturel Jacques Franck, des tableaux de Gabi Jimenez, des planches de bandes dessinées de Kkrist Mirror et des photos de Lydie Nesvadba.

Une série de tables rondes (dont « Bruxelles, 21e siècle, des Roms parmi nous », ce mercredi à 20 h), des projections de films et des spectacles sont également organisés à la Maison du Livre, au Jacques Franck ou encore au PianoFabriek. La Maison du Livre organise aussi des parcours pédagogiques.

Même après des mois de recherche, Christian Hublau, commissaire de l'exposition « Tsiganes, roms, gitans, gens du voyage, entre mythes et réalités » et Joëlle Baumerder, directrice de la Maison du Livre, préfèrent ne pas figer de définition d'un terme par rapport à un autre : « On préfère que les gens se désignent eux-mêmes », commentent-ils.

Le flou qui entoure cette population marginalisée n'est sans doute pas étranger aux nombreux fantasmes véhiculés à son sujet. Mais il ne les explique pas pour autant. « J'avais cette idée, un peu romantique sans doute, du gitan libre, avec une vie errante, explique Christian Hublau. J'ai eu envie de découvrir ses représentations dans la littérature, d'aller au-delà du cliché. » Dès lors, le projet est lancé. Avec l'aide de Joëlle Baumerder et de Julie Richel, il se concrétise. Et, l'actualité aidant, s'entoure d'un éclairage social et historique.

Désigné comme différent

Aujourd'hui, l'exposition, réalisée avec les moyens du bord et l'énergie vitale qui anime toujours la Maison du Livre, est résolument engagée. « Les choses se sont construites petit à petit, poursuit le commissaire. Ce qu'on a découvert, c'est que le point commun à tous ces gens, c'est la stigmatisation, le fait d'avoir été désigné comme différents. » Logiquement, une partie de l'expo renvoie donc à la Seconde Guerre mondiale. Une autre donne la parole à des roms de Bruxelles, joliment photographiés par Virginie Nguyen Hoang. Tandis qu'une série de panneaux retrace les migrations successives de cette population.

C'est beaucoup, pour une seule exposition. Qui, en plus, demande une certaine concentration : il y a beaucoup à lire et on passe rapidement d'un sujet à l'autre. Mais ça vaut le coup. « Notre ambition n'était pas de figer les choses, explique Joëlle Baumerder, mais de poser les questions. De montrer que c'est parfois plus compliqué qu'il n'y paraît, et de remettre en questions nos représentations. »

Nous y revoilà. Et de toute évidence, l'art (mis à part peut-être la bande-dessinée, voir ci-dessous) n'a pas aidé à faire taire les préjugés. Des peintures, des chansons (malheureusement uniquement sur papiers), des extraits littéraires, des affiches de cinéma… le prouvent abondamment. « On se projette, on les envie, et en même temps, on en a peur, décrypte Christian Hulbau. Il y a un balancement constant entre attirance et répulsion, chez les artistes aussi. En fait, ça en dit long sur nous… »

Maison du Livre de Saint-Gilles, rue de Rome 28, 1060 Saint-Gilles (Bruxelles). Jusqu'au 18 avril, du mercredi au samedi, ou sur rendez-vous. Entrée libre. www.lamaisondulivre.be

Attirant et effrayant, le tsigane

Voleur !

Au début du XVIIe siècle, Simon Vouet peint La Diseuse de bonne aventure. Une diseuse assistée d'une vieille femme, occupée, tiens donc, à voler le jeune homme confiant. Le Caravage s'est également prêté au même genre d'exercice (vol y compris) et il faudra attendre le XIXe siècle pour voir apparaître des portraits individuels de tsiganes.

Séducteur !

Un qualificatif souvent mis, dans le cas des gitans, au féminin. C'est La petite gitane de Cervantès, Esméralda dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, Carmen dans le texte du même nom de Prosper Mérimée… Toutes attirent les regards. « On les découvre lascives, séductrices, mais aussi trompeuses, commente Christian Hublau. Toujours ce balancement… »

Honnête !

Le neuvième art semble être le seul à ne pas accabler les tsiganes. Même Hergé les a innocentés quand, dans Les bijoux de la Castafiore, tout semblait les accuser du vol d'une pierre précieuse (finalement retrouvée chez une pie). Dans Gitans, le dessinateur Kkrist Mirror décrit de façon réaliste (il s'y est rendu plusieurs fois) le pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer.

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