La Hollande en manque de lumière

DANIELE GILLEMON

mercredi 01 février 2012, 14:51

La peinture hollandaise du Musée d'Anvers est de passage à la salle Reine Fabiola, sur le Meir. Il y a à boire et à manger dans cette présentation de soixante tableaux modernes.

La Hollande en manque de lumière

Karel Appel, « Animal et enfant sur fond bleu », 1953 © musée des beaux-arts d’Anvers

Il nous faut oublier, pour cinq ans au moins et pour cause de fermeture pour travaux, le mastodonte néoclassique qui abrite, à Anvers, le musée des Beaux-Arts. A terme, la rénovation intérieure promet 40 % de cimaises supplémentaires et la restructuration complète des salles. En attendant, l'institution ne chôme pas et sort de son cheptel, pour les exposer ailleurs, des célébrités comme Rik Wouters et prochainement Permeke. Aujourd'hui, c'est le tour des Hollandais de la modernité (1850-2007) nettement moins connus et célébrés, exception faite évidemment de quelques spécimens d'envergure comme Alma-Tadema, Van Gogh, Toorop, Van Dongen, Appel et Lucebert.

La salle Reine Fabiola gérée par la Province accueille donc en roulement ces œuvres temporairement orphelines. Ainsi le musée fermé reste présent sur la scène artistique. Au chapitre de l'espace disponible, néanmoins, pas question de faire la fine bouche, il faut faire avec ce qui se présente. Bien qu'avantageusement située sur le Meir, la salle Fabiola est ce qu'elle est, une cimaise quelconque, juste assez grande pour recevoir cette soixantaine d'œuvres qui raconte l'avènement de la modernité picturale en terre de Hollande, son évolution au carrefour des influences, ses liens étroits avec la Belgique.

Si l'exposition est un peu terne et si la collection des Modernes hollandais peut difficilement rivaliser avec celle du Siècle d'or au sein du même musée, quelques tableaux pourtant sortent des murs. Ils ont du mérite car l'accrochage sur une sorte de contreplaqué peint en vert met tout sur le même pied. Un magnifique petit tableau de Van Gogh L'Arracheuse de pommes de terre de 1885 voisine ainsi avec un Willem Witsen nettement plus convenu et deux superbes Jacob Smits avec un Henriette Ronner, impénitente et sentimentale croqueuse de chatons. D'autres œuvres kitsch et académiques tendent à noyer ce qu'il y a de meilleur comme ce Toorop de qualité intitulé Le bon verre.

Anvers et sa tradition historique en matière de peinture et surtout Bruxelles en point de mire avec Paris furent pour nos voisins hollandais l'occasion d'entrer en contact avec ce qui se faisait de plus novateur en France et ailleurs, de l'école de Barbizon à Picasso en passant par Manet et Degas comme en témoigne la belle série de portraits d'artistes qui ouvre l'exposition et le grand nu de dos de George Hendrick Breitner. Nombre de peintres hollandais s'installèrent définitivement en Belgique et font désormais partie de l'école belge comme Jan Cox, Bram Bogaert, Willem Paerels, ou de l'école française comme Kees van Dongen rallié au fauvisme.

A en juger par la sélection opérée sur une collection qui comprend deux cents pièces et ne se prétend pas exhaustive, l'impressionnisme proprement dit eut peu de prise sur ces peintres pourtant confrontés en permanence à la mer et au ciel, à la prégnance des variations atmosphériques et de la lumière. Il y a bien sûr le fameux Mesdag mais son Panorama à La Haye est plus attraction touristique que vrai moment de peinture. Paerels, lui, « Hollando-Belge » fut d'abord impressionniste mais son beau tableau Femme en bleu peint en 1921 dénote surtout l'influence du cubisme… On est frappé, dans l'ensemble, par l'absence de lumière, de clarté de cette tranche de peinture hollandaise, du peu de cas qu'elle fait du paysage moderne. Il faut attendre 1948 pour que l'effervescence colorée de Cobra, bien illustrée par Lucebert et Appel, sonne une ère nouvelle.

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