Degouve de Nuncques, de l'heure bleue au paradis blanc

DOMINIQUE LEGRAND

mercredi 08 février 2012, 11:55

La magie du peintre fait vibrer les cimaises du Musée Rops, dans une atmosphère fin de siècle.

Degouve de Nuncques, de l'heure bleue au paradis blanc

Introspectif et mélancolique, William Degouve de Nuncques est le peintre des nocturnes bleus, quand la vie reflue jusqu'à ne plus être qu'« un souffle à la surface d'une vitre ». Cette étrange musicalité picturale fera de lui un artiste majeur du symbolisme belge. « C'est un être qui demeure dans le mystère, commente Denis Laoureux, commissaire de l'exposition orchestrée au musée Rops en collaboration avec le Kröller-Müller d'Otterlo. Ses liens avec Maeterlinck ou Verhaeren ancrent l'artiste dans son temps. La première salle incarne un poète du visible pré-magrittien. La Maison aveugle (1892) en est un indicateur, dans un climat mystérieux et morbide. De l'apparence des choses jusqu'au paysage enneigé : c'est le parcours de ce peintre littéraire. »

Né dans les Ardennes françaises en 1867, William Degouve de Nuncques arrive à l'âge de 7 ans à Bruxelles. L'aisance financière parentale lui permet de se consacrer à sa carrière artistique, en copiant les maîtres anciens puis à l'Académie des beaux-arts d'Ixelles. Dans une auberge de Machelen, il rencontre des peintres hollandais, dont Jan Toorop, bientôt membre du groupe des XX.

Degouve se détache du matérialisme des premiers paysages empreints de réalisme social. L'artiste poursuit une seule peinture, jusqu'à son décès à Stavelot en 1935 : le paysage. Des songes obscurs de la décennie 1890 sous influence de Whistler, avec des œuvres nocturnes qui exploitent toutes les nuances d'une couleur, jusqu'au blanc sur blanc, de Nuncques n'accomplira jamais le pas décisif vers l'abstraction.

La planéité, les registres horizontaux, la ligne de fuite qui s'achève dans un espace d'ailleurs répondent aux plébiscites de l'époque. Le paysage matérialise un sentiment intérieur, en correspondance avec la musique de Debussy ou la littérature de Maeterlinck.

Avec ses pigments mélangés à la matière cireuse pour accrocher la lumière émeraude, La forêt lépreuse (1895) a appartenu à la danseuse Akarova avant de rejoindre la collection d'Hélène Kröller-Müller. Nocturne au parc royal de Bruxelles prêté par le musée d'Orsay, comme le très emblématique Canal planant dans l'espace mortifère relèvent de cette veine symboliste.

De l'huile aux pastels, il crée de subtiles variations monochromes jusqu'en 1899, date de son départ pour Majorque. Après un bref passage par l'inspiration religieuse, place au soleil poétique. Entomologiste passionné de papillons – comme Maeterlinck l'était pour La vie des abeilles –, de Nuncques découvre la lumière des îles Baléares. Le vibrant paysage orangé et bleu Vers le Cap Formentor (1902) pointe vers la modernité.

Le silence blanc

De retour à Bruxelles, le peintre se consacre au paysage brabançon. Depuis son séjour espagnol, il n'envisage plus le paysage comme le lieu des mystères, mais celui du plaisir. Des Pays-Bas où il s'installe jusqu'en 1919, il revient en Belgique : Stavelot sera son dernier port d'attache. En 1926, la cote de Degouve de Nuncques égale celle de James Ensor ! C'est l'époque des paysages de neige. Triangle blanc sur fond blanc, La meule de foin (1924) est une sublime approche de la phrase de Paul Cézanne (1904) : « Tout dans la nature se modèle selon le cylindre, la sphère, le cône. Il faut s'apprendre à peindre sur ces figures simples. »

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