Les grands cinéastes belges de demain
CROUSSE,NICOLAS
vendredi 07 mai 2010, 10:05
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Très bon cru, au festival du court-métrage de Bruxelles, qui se termine dimanche. Zoom avant sur une dizaine de talents belges, et autant de promesses pour l'avenir.
Siemiany Les vacances mâtinées de jeux interdits de deux enfants livrés aux débordements de leur solitude dans un village polonais © bram goots
Ils sont pour la plupart jeunes. Présentent pour certains leur tout premier film. D'aucuns sont encore aux études. Et pour l'essentiel de ce que l'on a pu voir dans la compétition nationale, le moins que l'on puisse dire est qu'ils maîtrisent déjà sacrément leur sujet. La treizième édition du festival du court-métrage, qui touche ce week-end à sa fin, est un très bon cru. Les talents belges s'y révèlent à moisson. Vingt-six films ont été retenus, parmi une présélection de 250 films au festival.
La sélection est solide, séduisante, inspirée, manquant juste parfois de grains de folie, et l'on ne serait pas étonné de tenir ici quelques-uns des grands cinéastes de demain. Tout en se souvenant que c'est ici, au festival du court-métrage, que les Joachim Lafosse, Bouli Lanners et autre Olivier Masset-Depasse ont présenté leurs premiers travaux.
Une dizaine de films nous ont franchement séduits. Et nous prenons ici les paris sur leurs auteurs.
Na Wewe, de Ivan Goldschmidt. Un film qui plante son décor au Burundi, en pleine guerre civile inter-ethnique. Qui sont les « bons Hutus » ? Qui sont les « serpents Tutsis » ? Goldschmidt désamorce la gravité du sujet au prix d'un humour féroce qui fait clin d'il aux conflits communautaires belges. Il fallait oser.
Allons-y ! Alonzo !, de Camille Moulin-Dupré. Un film d'animation qui rend hommage à Jean-Paul Belmondo, via un exercice de style visuellement bluffant et un traitement libre qui mélange en une même narration les différents films du grand Bebel.
Tabu, de Vincent Coen & Jean-Julien Collette. Une comédie bien tapée, autour d'un jeune Américain plutôt sage, débarquant à Gand entouré de ses parents post-baba, qui n'ont dans l'idée que de l'encourager aux abandons libertins. Un film très maîtrisé.
Venus vs. me, de Nathalie Teirlinck. Très joli portrait d'une jeune adolescente, vivant mal l'irruption dans le cocon qu'elle occupe avec sa mère d'un amant, qui menace son territoire. La caméra subjective de la cinéaste flamande nous fait ressentir avec une grande sensibilité le jardin intime de la malheureuse.
Climax, de Frédéric Sojcher. Le cinéaste, qui fait des courts depuis 25 ans, règle humoristiquement ses comptes avec le monde du cinéma. Sa satire d'un tournage de film, mettant aux prises les caprices d'un acteur et les desiderata d'un metteur en scène, est savoureuse.
Le chant de Geppino, de Simon Van Rompay. Un émouvant documentaire, sur un homme de 69 ans vivant dans le Borinage et se retournant sur son glorieux passé il fut l'un des acteurs phares de Paul Meyer, 50 ans plus tôt, dans Déjà s'envole la fleur maigre. Le docu saisit avec beaucoup de poésie la noblesse d'un homme simple.
Mea culpa, d'Alexis Fradier. Film d'animation. Un peintre de propagande est confronté chaque nuit à ses démons : les victimes exsangues du régime prennent alors forme et se vengent en le noyant dans un bain de sang. La belle inventivité du duel entre l'homme et ses monstres rappelle le merveilleux court d'animation de Benoît Feroumont, Dji vou veu volti.
Een kleine duw (Coup de pouce), de Philippe Verkinderen. Premier film. Trois récits en un : une baleine est échouée sur la plage de la mer du Nord. Un gamin de 9 ans est humilié à l'école. Son père et ses professeurs assistent devant leurs postes à un match des Diables rouges. Les trois récits se répondent de façon très efficace. Avec un mélange de dramaturgie et d'humour, qui débouche sur l'agonie de la baleine, la mort brutale du père, la défaite des Diables et l'étonnante libération de l'enfant, pourtant orphelin.
Dans nos veines, de Guillaume Senez. Un ado de 17 ans, battu par son père, s'apprête à devenir papa. Portrait fort d'un gamin abonné aux jeux vidéos et condamné aux langes. Beaucoup de tension, de densité, de vérité. Le talentueux Senez serait-il un frère sauvage de Joachim Lafosse ?
Siemiany, de Philip James McGoldrick. Premier film. Une belle atmosphère, une photographie magnifique, et un supplément d'âme qui laissent entrevoir au réalisateur une place dans le cinéma d'auteur.
Sous un coin de ciel bleu, de Cecilia Marreiros Marum & Arnaud Demuynck. Film d'animation d'une belle inventivité. On y suit les aventures d'une famille royale vivant dans un royaume où tout est bleu. Kitsch et visuellement emballant, ce joyau du festival du court-métrage est chanté de bout en bout (entre autre par Agnès Jaoui), à la façon d'un film de Demy sous la baguette musicale de Michel Legrand.
