Quand Cary Grant se soignait au LSD
JEAN-CLAUDE VANTROYEN
lundi 26 juillet 2010, 10:48
Hollywood s'adonna à la pratique thérapeutique du LSD bien avant Timothy Leary et Grateful Dead. Cary Grant, Esther Williams, Rita Moreno, Betsy Drake furent des adeptes. « Ça permet de résoudre mes conflits », disait le héros de « La mort aux trousses ».
Cary Grant et Betsy Drake dans « La course au mari » (« Every girl shoud be married »), un film de 1948, signé Don Hartman Avant leur cure de LSD © RKO
Depuis quelques années, le LSD intéresse à nouveau les médecins et les psychothérapeutes. Alors que la substance hallucinogène est interdite depuis les années 1960 un peu partout dans le monde, la Suisse a autorisé fin 2008 une étude pilote, qui vise à analyser les effets de la substance sur les personnes gravement malades. Et qui devrait fournir des résultats en fin de cette année. Le but est d'apprendre si le LSD peut avoir un effet positif dans le cadre de psychothérapies et s'il peut être pris sans risques.
C'est sans doute ce regain d'intérêt pour une substance qui n'avait plus d'aura qu'à travers les musiciens et les écrivains des années 50 et 60, comme Grateful Dead, les Beatles, Jefferson Airplane, Allen Ginsberg, Jack Kerouac, que Hollywood se souvient qu'il fut un temps où ses vedettes soignaient leur mal-être par des thérapies au LSD. Des articles dans Vanity Fair et dans L.A. Weekly reviennent sur cette période où des médecins prescrivaient les petites pilules bleues emballées dans du papier blanc, qu'ils dégotaient sans problème auprès des labos pharmaceutiques, au cours de séances tarifées 100 dollars de l'époque.
Cary Grant, une des plus grandes stars de Hollywood, avoua au début des années 1960 avoir pris plus d'une centaine de fois sa dose d'acide lysergique diéthylamide. En avril 62, Cary Grant s'adonne à son 72e trip. Il a 58 ans. Le médecin note ce qu'il raconte pendant son « voyage » de cinq heures. « Je croyais me trouver dans un monde de jambes et de couches de bébés sains et potelés, et du sang a coulé, comme si une activité menstruelle prenait place, cite LA Weekly. Mais cette image ne me dégoûta pas, comme ce genre de pensée le faisait habituellement. »
Cary Grant s'est toujours dit enchanté de sa thérapie au LSD : il affirma que la drogue avait réglé son problème de boisson et lui permit de résoudre des conflits au sujet de ses parents. Qu'elle lui avait donné la paix intérieure que le yoga, l'hypnose et le mysticisme n'avaient pu lui procurer.
Comment l'acteur en était-il arrivé à prendre du LSD, sous contrôle médical ? Le Hollywood des années 1950 est aseptisé. Pas question d'étaler ses problèmes. Il s'agit de faire bonne figure, de sourire de toutes ses dents blanches, de faire semblant d'être bien dans sa peau, dans ses amours, à sa place de star. Tout était dans les apparences. Et ce n'était certainement pas toujours facile à assumer.
Betsy Drake avait connu Cary Grant à Londres en 1947. Il la poursuivit de ses assiduités, la fit venir à Los Angeles, elle signa avec la RKO. Ils jouèrent ensemble dans La course au mari, en 1948. Ils se marièrent en 1949. Le mariage dura jusqu'en 1962. Le plus long des cinq mariages de Cary.
Mais elle se rendit compte que Cary était un coureur. Il eut une aventure avec Sophia Loren sur le tournage d'Orgueil et passion, qui se poursuivit aux Etats-Unis sur le tournage de La péniche du bonheur, en 1957. Elle se rendit compte que son mariage était fini. De plus, elle fut une victime du naufrage de l'Andrea Doria en 1956, ce qui lui causa un fameux choc. Elle se sentait désemparée.
« Ça vous apprend tellement »
Une de ses amies lui conseilla d'aller voir son médecin. Elle le fit. Une séance de pilules bleues par semaine pendant plusieurs mois. Aujourd'hui encore, elle se rappelle ses expériences : « Tout paraît si différent, et cela vous apprend tellement. » C'est elle qui en parla à Cary Grant.
Le couple Grant-Drake ne fut pas le seul à se soigner au LSD. La naïade Esther Williams, la chanteuse survoltée Rita Moreno, l'actrice Polly Bergen furent des affidés. Le réalisateur de Douze hommes en colère, Sidney Lumet, aussi. Le chef d'orchestre André Prévin, le président de la Paramount Barney Balaban de même. En tout, quelque 900 personnalités de Hollywood passèrent par les cabinets médicaux pour soigner leur mal-être à coups d'acide. Cela leur procurait, disaient-ils, Drake, Grant et Williams en tête, la paix qu'ils recherchaient.