Nolan, le gagnant de l'été
NICOLAS CROUSSE
mardi 27 juillet 2010, 11:21
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Après « The Dark Knight », Christopher Nolan démontre, une nouvelle fois au coeur de l'été, que succès commercial et film d'auteur ne sont pas antinomiques. En cinq jours, « Inception » a déjà réuni plus de 100.000 spectateurs belges.
Leonardo DiCaprio dans « Inception », au cur dun thriller doublé dun jeu de pistes onirique © D R
C'est décidément le cocktail gagnant de l'été. Comme en juillet 2008, lorsque The Dark Knight, le dernier Batman, conquit les écrans belges, Christopher Nolan, son réalisateur, remet le couvert en cette fin de juillet avec la sortie de son nouvel opus.
Emmené par Leonardo DiCaprio et Marion Cotillard, Inception est un thriller fantastique d'une redoutable efficacité. Sa distribution glamour et son immersion dans un genre populaire justifient sans doute les 110.000 spectateurs belges que le film vient d'attirer sur 86 écrans, durant les cinq premiers jours de son exploitation. Un joli score, mais rien pour autant d'extraordinaire.
Il y a pourtant un petit événement, qui n'est pas pour nous déplaire : Christopher Nolan est un « auteur », un solide, avec un univers singulier, résistant au sein même de l'industrie hollywoodienne à la tentation du conformisme commercial. A l'heure où, comme chaque été, les grands studios lâchent les bombes commerciales et autres films à suite (les sequels, tels que cette année Shrek 4, Toy Story 3, Step up, Sex and the city 2 ), son Inception est à cet égard un petit cheval de Troie, cachant derrière un look d'aspirant blockbuster les obsessions d'un artiste à part entière.
En une dizaine d'années, Christopher Nolan a déjà signé une petite dizaine de films, tournant pour la plupart autour de la force de l'inconscient : la résistible lutte contre le sommeil dans Insomnia, l'amnésie dans Memento, le verso du miroir magique dans Le prestige, la fascination pour le rêve dans Inception. Et même les deux Batman qu'il a réalisés (Batman begins, et Dark Knight) imposent en icône fantaisiste la silhouette d'un homme chauve-souris qui n'a jamais autant ressemblé à l'incarnation (freudienne ?) de notre inconscient.
« Auteurs » et populaires
Et voilà bien de quoi alimenter notre enthousiasme. Rares sont ceux, dans le septième art d'aujourd'hui, qui parviennent à réconcilier grand public et cinéphiles. D'illustres aînés tels qu'Alfred Hitchcock, John Ford, Stanley Kubrick, Charles Chaplin ou un peu plus près de nous Clint Eastwood, Martin Scorsese et Milos Forman s'y sont essayés avec succès.
La génération d'aujourd'hui ? Il y en a, certes. Qui résistent. Qui masquent leurs lubies en thèmes prétendument fédérateurs. Et qui parviennent, par ces ruses, à transformer leurs essais d'« auteurs » en films « grand public ». Diffusion oblige, ils sont la plupart américains. Outre Christopher Nolan, citons David Fincher (Seven, Fight club, L'étrange histoire de Benjamin Button), Michael Mann (Heat, Collateral, Public Enemies), Tim Burton (Charlie et la chocolaterie, Sleepy hollow, Les noces funèbres), Quentin Tarantino (Pulp fiction, Inglourious Basterds) ou les frères Coen (Fargo, No country for old men). Et en dehors de l'Amérique ? Le cocktail reste plus fragile, les succès planétaires d'auteurs européens (tels que, parfois, Almodovar) demeurant exceptionnels.
Le reste du temps ? Le cinéma se dessine autour d'un mur, séparant comme dans La vie est un long fleuve tranquille Le Quesnoy et Groseille : d'un côté un cinéma puriste, pour élites universitaires. De l'autre, des divertissements lourdingues pour bouffeurs de pop-corn. Vilains ghettos, vilains clichés
