Jeff Bridges, sa vie, son uvre
NICOLAS CROUSSE
mercredi 28 juillet 2010, 14:07
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La Cinémathèque de Bruxelles rend hommage, dès ce jeudi 29, et jusqu'au 31 août, à ce grand acteur américain. Un « fils à papa » qui a fini par se faire un sacré prénom ! A 60 ans, et après être apparu dans autant de films, Jeff Bridges est aujourd'hui au sommet de son art. Portrait.
Jeff Bridges sur le tournage de « Tideland », de Gilliam
Soixante ans. Soixante films. Et soixante ans de films ! Quatre mois après son expulsion du petit château maternel, Jeffrey Leon Bridges, né en décembre 1949 à Los Angeles, exhibe sa bouille de nourrisson dans un film de John Cromwell, The Company she needs.
Tombé dans la marmite, ce fils d'un acteur boulimique (Lloyd Bridges, près de 200 films, à partir de 1936) se voit naturellement enrôlé devant la caméra dès l'enfance. Quelques petits emplois dans des séries télés et dans le show sur CBS de Papa, puis, au début des années 70, Jeff coupe le cordon et se lance en solo.
Il ne perd pas de temps. À vingt et un an, il s'affranchit de la pesante tutelle, en démontrant un solide charisme devant la caméra de Peter Bogddanovich. Dans La dernière séance, qui lui vaudra une nomination à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, il a beau trimballer la belle gueule d'un jeune Américain sur papier conventionnel : sous les apparences, perce déjà la fêlure du loser, incapable lorsqu'il se retrouve nu comme un ver en compagnie d'une superbe blonde de conclure et même d'allumer le moteur. Après de tels débuts, pas étonnant que les grands pensent à lui, de John Huston (Fat city)à Robert Benton (Bad company) ou Michael Cimino (Le canardeur, dans lequel il livre un formidable duo avec Clint Eastwood, puis La porte du paradis, film successivement maudit et culte)
Les années 80 sont pour Bridges celles des grands rôles commerciaux. Dans le registre de la science-fiction (Tron, puis le Starman de John Carpenter), puis du thriller (Contre toute attente, A double tranchant, Le lendemain du crime), Bridges s'impose alors en nouvelle star hollywoodienne.
Ministre de la glande
On est alors en droit de se demander si le système ne va pas gommer, à coup de gros films standards, les prometteuses différences de l'acteur. Coppola, souvent travaillé par les dilemmes cornéliens, offre alors à Jeff Bridges un rôle en or : celui de Preston Tucker, constructeur automobile sans doute trop génial pour son époque. Le message de Coppola, qui se prend pour Tucker, vaut pour Bridges : ne dilapide pas ton talent entre les dents des moneymakers, tu vaux mieux que ça !
Dès les débuts des années 90, Bridges trouve en Terry Gilliam un compère de choix. Avec The fisher king (et plus tard Tideland), l'acteur plonge à pieds joints dans une flaque anarchiste et joyeusement contestataire. Il s'y retrouve pleinement.
Simple catharsis, avant retour à la normale ? Que du contraire : en 1997, les frères Coen proposent à Jeff le rôle de sa vie. Celui du Dude, alias Lebowski, ministre de la glande et amateur de bières, de joints et de bowling. Pour l'anecdote, avant d'accepter ce rôle parfaitement immoral, Bridges réunira autour de la table familiale ses trois filles. « Ce personnage de flemmard anti-héros et fumeur d'herbe, me posait problème. J'ai donc exposé mon problème à mes trois filles. Après un silence, ma cadette a pris la parole : 'Papa, tu es un acteur, on sait très bien que tout ça n'est que tout ça n'est qu'un jeu. Et on sait que quand tu embrasses une dame au cinéma, tu aimes toujours Maman'. Voilà. J'ai eu leur permission ! »
Tous les films dont nous parlons, jusqu'au récent Crazy heart, qui valut au début de l'année l'Oscar du meilleur acteur à Jeff Bridges, sont présentés à partir de jeudi et durant tout le mois d'août à la Cinémathèque.
