Portrait de femme entre absence et retrouvailles

DIDIER STIERS

mercredi 10 novembre 2010, 12:46

« Beyond the steppes » navigue entre grands espaces et émotions intimes, fiction et biographie

Il y a des films belges qui ne se contentent pas des paysages du Plat Pays. Micha Wald s'est aventuré sur les routes ukrainiennes pour ses Folles aventures de Simon Konianski. Jaco Van Dormael s'est envolé dans l'espace et le futur avec Mr. Nobody. Pour son premier long, Vanja D'Alcantara a voulu rester sur terre, mais elle a planté le décor de Beyond the steppes dans les étendues du Kazakhstan. Un Kazakhstan qui fait office de Sibérie, cadre inhospitalier d'une histoire qui débute en même temps que la Deuxième Guerre mondiale, alors que la Russie envahit la Pologne. Dans un camp isolé, l'épouse d'un officier, Nina, découvre avec son bébé le froid, la faim, la violence des soldats, la mort… Et une prison sans barreaux.

Jusqu'à un certain point, cette Nina ressemble à la grand-mère de la réalisatrice. Déportée en 1940 avec son premier enfant, elle retrouva son mari au Congo sept ans plus tard. Après avoir traversé l'Ouzbékistan, Téhéran, Beyrouth, le Nil. Ces retrouvailles constitueront les dernières images de Beyond the steppes.

Ce qui s'est vraiment passé au camp, Vanja D'Alcantara ne le sait pas précisément. C'est là où son film s'éloigne de la biographie : « Le point de départ, c'est ma grand-mère. Mais une fois que nous avons commencé le film, nous avons créé un personnage, avec ce qu'Agnieszka a apporté. » Agnieszka, c'est l'actrice polonaise qui incarne Nina, Agnieszka Grochowska.

L'idée de la réalisatrice est simple : tourner un film très intimiste et humain. « Ma question était : comment survit-on à un tel événement sur un plan personnel ? » Ni film historique ou épique, ni épopée guerrière, Beyond the steppes n'est pas plus un biopic. « Je voulais rester au niveau de l'émotion. Peut-être un moyen de m'approprier l'histoire. »

au milieu de nulle part, juste avec l'imagination

Pour l'actrice aussi, la situation était intéressante : « Nous avons voulu que le personnage existe dans le moment, raconte Agnieszka Grochowska. Quand vous êtes au milieu de nulle part, vous ne pouvez qu'utiliser votre imagination. Tout ce qui vous entoure est tellement étonnant que ce qui sort de vous aussi surprend. »

Difficile, pour le spectateur, de ne pas se sentir happé par les paysages qui s'ouvrent sur la toile. Emmenée par Vanja D'Alcantara, l'équipe de tournage, réduite, y a séjourné pendant sept semaines, dont une en hiver. « Pour notre directeur de la photo aussi, il était clair que nous n'allions pas revenir du Kazakhstan sans utiliser toute cette beauté. Le paysage devait être un des personnages. »

Le récit rejoint là l'histoire de sa grand-mère : « Dans son journal, elle écrit que les paysages et la beauté de la nature ont probablement été sa seule consolation pendant ces années d'exil. Je voulais donc que cette nature apporte au spectateur un peu de réconfort dans ce récit dramatique, que de beaux moments puissent surgir. Esthétiquement parlant, ça devait être un beau film. »

En 70 ans, la steppe n'a pas dû changer beaucoup… « Il ne devait pas y avoir beaucoup de différences avec ce que ces prisonnières ont vu, avance l'actrice. Vous pouvez courir pendant deux semaines sans arriver nulle part. Dans cet espace, vous devez jouer avec vous-même. » Une expérience également très personnelle, assurément : « Bien sûr, le film relate également un épisode noir de l'histoire de la Pologne, mais moi aussi je pense que l'important était ailleurs. C'est probablement le premier film que j'ai vécu sur un plan aussi personnel. Je ne m'y attendais pas. » Et interpréter un tel récit à Varsovie ou à Bruxelles n'aurait pas été imaginable.

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