Catherine Deneuve, dans les yeux de sa carrière
FABIENNE BRADFER
mardi 29 mars 2011, 10:41
Ce mercredi, elle sera à l'affiche du nouveau film de Thierry Klifa, « Les yeux de sa mère », dans le rôle d'une présentatrice vedette du JT qui se fait virer. Un grand entretien de Fabienne Bradfer
© AFP
Le rendez-vous est fixé à l'étage du cinéma Le Panthéon dans le 5e arrondissement. Catherine Deneuve arrive et on ne voit qu'elle : chevelure blonde magnifique et robe fuchsia courte, très près du corps. L'évidence est là, en chair et en os : Deneuve soigne son image tout en s'assumant telle qu'elle est et elle le vaut bien.
Dans le Mad de mercredi
La critique du film.
Entretiens avec Nicolas Duvauchelle et Thierry Klifa.
L'année 2011 est une nouvelle fois son année. Succès avec « Potiche », de François Ozon, qui lui valut une nomination aux César. Le 30 mars, elle sera à l'affiche du nouveau film de Thierry Klifa, « Les yeux de sa mère », dans lequel elle campe une présentatrice vedette du JT qui se fait virer. Un rôle écrit sur mesure qui touche au vedettariat, à la solitude qu'impose la starification, aux relations complexes mère-fille, aux dangers du journalisme fouineur livrant des biographies non autorisées.
On piétine d'impatience de la voir en reine d'Angleterre dans le prochain Astérix ainsi que dans la nouvelle comédie musicale de Christophe Honoré, Les bien-aimés, avec sa fille Chiara Mastroianni. Cela valait bien une interview droit dans les yeux.
Prête pour une biographie autorisée de vous ?
Pas du tout ! Je n'ai pas envie de raconter ma vie. Quand on est intéressé par la vie des acteurs, on a envie de savoir des choses sur leur carrière mais pas seulement ! Moi, j'estime que si je raconte des choses, elles n'appartiennent pas qu'à moi mais aussi aux gens qui sont impliqués dans ma vie. Or parler de ma vie sans parler de mes enfants, des gens que j'ai aimés, aussi bien des hommes que des amitiés, cela n'a pas de sens.
Mais il y eut la biographie non autorisée de Bernard Violet
Ce fut épouvantable. J'ai été écurée. C'était tellement malfaisant. De plus, il n'attendait qu'une seule chose : que j'attaque pour faire vendre son livre.
Le fait de refuser toute biographie ne prête-t-il pas à ce genre de choses ?
Non, non. Il pourrait y avoir une biographie non autorisée que je trouverais satisfaisante. Je dirais : « Oui, elle est quand même intéressante. C'est bien. » Ça pourrait arriver. J'ai fait A l'ombre de moi-même, qui regroupait six carnets de tournage. Si vous ne parlez que de cinéma, on a l'impression que ce n'est que partiel ! Les gens veulent des détails, des choses plus intimes. C'est la tendance aujourd'hui ! J'en ai vu des projets et on bute toujours sur ce même problème. Peut-être qu'un jour, je ferai des entretiens avec quelqu'un et cela fera office de biographie.
Dans le film de Klifa, vous, star du cinéma, incarnez une star du JT. N'avez-vous pas peur des raccourcis que le public pourra faire entre vous et le personnage ?
Il y en aura du style « ces actrices qui ne sont jamais là pour leur famille, pour élever leurs enfants », mais je sais quoi répondre car je l'ai entendu pendant si longtemps. On doit tous avoir notre vie et à leur tour, nos enfants aussi auront un jour leur vie. Etre mère au foyer est une vocation pour moi et je comprends que certaines en soient pleinement satisfaites. Mais je pense qu'on peut aussi vivre autrement. Ce n'est pas une obligation de travail, mais ce ne doit pas être interdit. Cela dit, moi, je ne me vois pas dans une non-relation avec ma fille. C'est fondamental pour moi.
De quelle manière avez-vous été touchée par la fin de carrière d'Annie Girardot pour qui le cinéma était tout ?
C'est bizarre le cinéma. C'est très collectif quand on travaille, mais quand vous ne tournez pas, vous restez seul ! Il n'y a pas de corporatisme, vous ne faites pas partie d'un groupe et d'une association comme vous, journalistes. Car vous, même si on vous donne moins de responsabilités, je ne dis pas que vous n'en souffrirez pas mais vous pouvez rester attaché à une rédaction. Un acteur, quand il ne tourne pas, il n'existe pas. Même avant qu'elle ne soit malade, Annie ne travaillait plus tellement. C'est très mystérieux le désengagement du public comme celui des cinéastes. Pourquoi on vous aime, pourquoi on ne vous aime plus. Ce sont des zones qui s'imbriquent les unes dans les autres et on ne sait pas très bien qui commence en premier. Ce peut être très violent.
Avez-vous l'angoisse du téléphone qui ne sonnerait plus ?
Le mien sonne toujours trop mais pas nécessairement dans le cadre du métier. Cela pour vous dire que personnellement, je me passerais bien du téléphone ! Pour avoir plus de paix, moins de sons.
L'angoisse du téléphone qui ne sonnerait plus, je ne l'ai jamais eue en tant que tel. Mais il est vrai que j'ai vécu des moments de découragement car les scénarios qu'on me proposait, les rôles dans lesquels on me voyait n'étaient vraiment pas intéressants. J'ai ressenti cela vers 40 ans. Je me suis même demandé si je ne ferais pas mieux de faire de la production car je ne me voyais pas continuer comme ça.
Quelle importance a aujourd'hui votre métier dans votre vie ?
Difficile à dire quand on a grandi avec ce métier. J'ai commencé très jeune donc ce métier est une nécessité. Il est indissociable de ma vie. C'est une façon de vivre. C'est ma pulsion de vie ! Je n'ai rien décidé. On ne peut pas dire que j'avais la vocation au départ. Je n'ai pas eu envie de prendre des cours, d'aller au Conservatoire. J'ai eu la chance d'une rencontre majeure à 18 ans. J'ai vécu pratiquement toute ma vie avec le cinéma. Tout ce que j'ai découvert et appris de la vie vient des films que j'ai faits. Un film, cela vous emmène toujours quelque part. Je n'ai aucun problème à ne pas tourner pendant des mois car j'ai plein d'occupations. Mais le cinéma reste mon moteur. Être acteur, c'est jouer. Et j'aime jouer !
Concevez-vous d'arrêter un jour ?
Si ça ne m'amuse plus de jouer, si les rôles ne sont plus intéressants, ça se pourrait.
Etes-vous attachée à vos personnages au point de vivre avec ?
À la fin des tournages, on ressent parfois une mélancolie. Mais je ne suis pas une actrice qui traîne sur le plateau après les scènes. Je sors toujours des films quand je rentre chez moi le soir. Je suis toujours contente de partir et toujours contente de revenir.
Vous avez souvent endossé des rôles de femmes qui transgressent. On ne peut pas croire que c'est un hasard ?
Non, vous avez raison. Les acteurs disent beaucoup de choses d'eux par leur choix. Je suis une transgressive. Surtout par rapport aux règles de la société. Dès mon plus jeune âge, j'ai résisté à ça de façon timide, pas explosive. J'ai toujours tenté de me défiler des règles, de prendre des chemins de traverse.
Et avec les réalisateurs, comment êtes-vous ?
Je suis directe. Et conciliante car j'ai envie d'entrer dans un univers. Que les choses viennent du réalisateur, pas de moi.
Que cherchez-vous dans un personnage ?
Surtout pas la ressemblance. Je la crains plutôt. Je cherche à ressentir ce que doit ressentir le personnage. Je me concentre pour être au plus près de son état. Par exemple, dans le film de Klifa, je joue une femme battante qui bascule dans une lassitude. Jouer l'abandon n'est pas facile mais c'est fascinant. Car c'est une situation loin de moi que je n'avais jamais jouée.
Aimez-vous vous voir à l'écran ?
La première fois, rarement. On a beau dire mais à la première projection d'un film, on reste concentré sur sa personne et il est rare que je sois satisfaite. Je préfère la deuxième vision avec du public.
On imagine qu'avec le temps, vous vous êtes habituée aux gens qui vous dévisagent
Fatalement. Mais je ne suis pas indifférente. Parfois c'est agréable, parfois c'est pesant. Tout dépend aussi de mon humeur. Car pour supporter des regards sans cesse sur vous, il faut être assez à l'aise et libre. Or, il y a des jours sans ! Et ces jours-là, on n'a vraiment pas envie d'être regardée.
Et votre image, vous contrôlez ?
On le croit mais c'est faux ! Je contrôle ce que je peux Maîtriser son image aujourd'hui est une lutte impossible. N'importe qui peut faire dire n'importe quoi avec votre photo. Les gens vous prennent en photo avec leur GSM. Il y a beaucoup de choses sur le Net qui portent mon nom mais qui n'ont rien à voir avec moi ! Et je ne peux rien faire ! Par moments, c'est très difficile. J'essaye de ne pas trop y penser. Je ne me bats pas contre les moulins à vent.
On n'imagine pas que Catherine Deneuve puisse avoir des journées « normales » !
Et comment j'en ai ! Je vis beaucoup dans mon quartier à Saint-Germain-des-Prés. Personne ne pourra jamais m'empêcher de sortir, de marcher, d'aller visiter des choses. Je suis une inlassable curieuse. Mais je ne m'habituerai jamais à ces formes de curiosité ou d'intrusion dans la vie privée par des personnes trop directes, trop familières. Je bloque assez vite ce genre d'attitudes. Mais je ne crois pas être si intimidante que ça vu le nombre de gens qui m'abordent dans la rue, me confient des choses extrêmement personnelles. Deneuve qui impressionne, c'est un peu une légende ! En ce moment, beaucoup de gens me remercient. C'est assez touchant et réconfortant.
-
movies
Our idiot brother
De Jesse Peretz. Avec Paul Rudd, Zooey Deschanel, Elizabeth Banks, Emily Mortimer, Steve Coogan. -
movies
Meek's Cutoff
De Kelly Reichardt. Avec Michelle Williams, Bruce Greenwood, Will Patton, Zoe Kazan, Paul Dano.
















