Stefan Liberski face à Fukushima
NICOLAS CROUSSE
mardi 12 juillet 2011, 10:15
Stefan Liberski à Tokyo, en plein travail sur le nouveau volet de ses aventures cinématographiques © DR
En 2008, Stefan Liberski, romancier et réalisateur de Bunker Paradise, se régale à la lecture du dernier opus d’Amélie Nothomb, Ni d’Eve ni d’Adam. Son enthousiasme pour cette histoire d’amour tendre entre une jeune Occidentale et un Japonais, qui fait un peu contre-pied à celle de Stupeur et tremblements, est tel que bientôt, il convainc son producteur (Versus) d’acheter les droits du livre.
« C’est un peu l’histoire d’Amélie, explique Liberski. Elle est née au Japon, qu’elle a quitté à cinq ans. Et où elle est revenue à vingt ans. Le Japon est donc le pays de son enfance. Et à vingt ans, lorsqu’elle y retourne, c’est à la fois la femme et l’écrivain qui vont se révéler. C’est l’histoire de cette métamorphose, de ce double enfantement, qui m’ont intéressé. L’idée qu’on peut exprimer en une phrase : deviens ce que tu es ! »
Dès 2009 et jusque début 2011, Liberski, Versus et une poignée de fidèles s’attaquent à la préparation du futur film, qui doit se dérouler exclusivement au Japon. Liberski en écrit le scénario, librement inspiré du roman et avec la bénédiction de son amie Amélie. Les voyages au Japon se succèdent, comme autant de repérages de lieux (Tokyo, l’île de Sado, le Fujiyama) et d’avancement dans la pré-production.
Amélie Nothomb avait un droit de regard sur le choix du réalisateur. C’est elle qui a exprimé le désir que Liberski s’empare en tant que cinéaste de son bébé.
Le tournage est bientôt fixé à l’automne et à l’hiver 2011. Puis, coup de théâtre, le 11 mars dernier, la terre tremble, une vague géante emporte tout sur son passage et la centrale nucléaire de Fukushima menace à tout moment de sauter. Très vite, la population japonaise est anéantie, tandis que la planète semble à l’arrêt. « Au début, raconte Liberski, on se dit : ça va passer. Puis la tragédie vire à la catastrophe nucléaire. Et une catastrophe nucléaire, c’est quelque chose qui rompt le temps. C’est comme Tchernobyl, ça ne s’arrête jamais. »
Bref, très vite, le projet de film (qui s’appelle Tokyo Fiancée) est à l’arrêt. « Jusqu’à maintenant, personne ne veut y aller. C’est comme une veillée funèbre, qu’il faut respecter. » Très vite, Liberski se rend compte au milieu de ces nouvelles qui semblent compromettre gravement son projet qu’il pourra compter sur deux alliés précieux : l’appui de son producteur (Versus), et l’attitude de son équipe japonaise, bien décidés à poursuivre l’aventure. Le tournage est du coup reporté à plus tard, sans doute dans le courant de l’année 2012. Mais Stefan le confesse aujourd’hui : « J’ai vraiment eu peur que tout tombe à l’eau. Il y a eu une bombe atomique qui est tombée sur le projet, il faut imaginer… »
Comment sortir de l’impasse ? Prendre son mal en patience. Attendre que la situation revienne à la normale. Et, ajoute Liberski, « tenter désormais d’intégrer, sinon d’imprégner l’événement dramatique à ce qui était à l’origine un “feel-good movie”. Du coup, actuellement, on réfléchit. On en parle avec Amélie. On aimerait situer le film peu avant l’événement. Mais faire en sorte que Fukushima s’invite dans l’histoire, sans la perturber, puisque je le rappelle, c’est une histoire simple. Le projet s’est donc peu à peu transformé, de façon organique. »
Prendre son mal en patience : la belle affaire ! Stefan Liberski sait que son film se fera. Il a ses garanties. Mais a eu besoin, depuis ce coup d’arrêt brutal, de se jeter sur d’autres projets : un roman… et un autre film.
Le roman, qui sortira en octobre aux éditions La Muette, s’appelle Le triomphe de Namur. « On y parlera de la tartufferie humaniste. Ce sera un roman drôle, caustique, qui se déroulera dans le monde du cinéma. »
Quant au projet de film, c’est presque pour demain. Cet automne, Liberski réalisera en Belgique une fiction, co-écrite avec Bouli Lanners. « On sera dans le domaine de la politique, dans la Belgique de 2011. Mais avec des personnages imaginaires. Le tournage sera rapide, trois à quatre semaines maximum, et c’est encore Versus qui le produira. »
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