Christian Clavier : « C'est un enfer que d'adopter »
DIDIER STIERS
mercredi 09 novembre 2011, 10:25
Entretien « On ne choisit pas sa famille » est sur nos écrans. On imaginait ce thème délicat imposer un point de vue plus marqué...
PARIS
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
On sait Christian Clavier capable de finesse. La preuve par Le prix à payer et La Sainte Victoire. A l'opposé, il y a ces comédies populaires, où l'acteur, auteur et désormais réalisateur nous a plus d'une fois semblé victime de rechutes de jacquouilleries. Le « beauf » qu'il incarne dans cette histoire d'adoption en Thaïlande, on l'a déjà un peu vu dans d'autres films. D'accord, On ne choisit pas sa famille est du vaudeville, voulu consensuel, par quelqu'un qui aime faire rire. Mais entre les uns qui surjouent et les autres qui peinent à convaincre, on imaginait ce thème délicat imposer un point de vue plus marqué. Or, Clavier se garde bien de délivrer un message.
L'actualité vous a rattrapé, dirait-on, avec les inondations à Bangkok
J'ai en ce moment une vraie pensée pour eux. Les trois quarts des décors où nous avons tourné, comme le temple avec les éléphants, ont été inondés. Mais ce sont des gens extraordinaires, d'un dynamisme magnifique qui fait qu'ils vont surmonter cette lourde catastrophe. Ce pays est merveilleux pour un réalisateur, avec des décors très photogéniques, des équipes toujours en train de travailler, pour lesquelles tout est possible
Bangkok, c'est New York puissance deux, ça ne dort jamais. Il y a dans ces pays émergents une gaieté dans la vie qui fait que non seulement, ils vont surmonter ça, mais ils vont nous aider à surmonter la crise !
Revenons-en au film : pourquoi ce thème ?
J'ai beaucoup d'amis qui ont adopté, et c'est un enfer, que d'adopter. J'ai aussi des amis homosexuels qui ont envie d'adopter J'ai toujours pensé qu'une bonne comédie, c'est un sujet éventuellement sérieux ou grave. Je l'ai fait dans beaucoup de films, comme Papy fait de la résistance, Le Père Noël est une ordure, L'enquête corse.
Mais il me semble qu'un thème fort, et qui existe dans la réalité des gens, n'empêche pas de faire des comédies drôles et qui vont même jusqu'au vrai fou rire.
Au-delà, vous dites n'avoir aucun message ?
Je connaissais des gens qui étaient dans cette difficulté-là, mais je n'ai aucun message à donner. Ce n'est pas du tout un film à message ou didactique.
Je ne sais pas en faire et je n'en fais pas. Deux choses nous ont intéressés, Michel Delgado (NDLR : son coscénariste) et moi : faire vivre les personnages et, parce que c'est très important dans l'adoption, nous placer du point de vue de l'enfant.
Ne pensez-vous pas que les gens s'attendent à votre point de vue, sur ce thème ?
Comme je vous l'ai dit, je ne sais pas les faire, ces films ! Chacun son métier. Il me semble qu'à chaque fois que vous avez un point de vue idéologique sur ce type de sujet de société, vous faites régresser votre cause. Parce que, et particulièrement en France, nous sommes les rois pour nous affronter de manière extrêmement violente sur des principes et des sujets abstraits. Quant au film, ce n'est pas parce qu'il est interdit d'adopter quand on est homosexuel qu'on n'a pas le désir de le faire. Et si la Thaïlande est un pays de tolérance, ce n'est pas exactement le cas sur ce sujet-là. C'est la complexité de la vie qui me fait vous dire que je n'ai pas de message parce que je ne vois pas quel type de message je pourrais avoir.
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