Marina Hands à nouveau bien en selle

FABIENNE BRADFER

mercredi 01 février 2012, 11:39

Elle fut une excellente cavalière avant de changer de voie et devenir actrice. Aujourd’hui, elle retrouve ses premières amours dans « Sport de filles ». Un entretien de Fabienne Bradfer

Marina Hands à nouveau bien en selle

DR

Depuis Lady Chatterley, de Pascale Ferran, et son César de la meilleure actrice en 2007, Marina Hands n’avait plus eu de rôle aussi dense. Avec la proposition de Patricia Mazuy, la comédienne, qui fut pensionnaire de la Comédie-Française, retrouve un rôle à la hauteur de son talent, celui d’une cavalière surdouée au caractère bien trempé.

Voici un film qui réunit vos premières amours, les chevaux, et votre passion actuelle, l’art de la comédie…

Effectivement. J’aime le coup d’éclairage que Patricia Mazuy donne sur les rapports hiérarchisés entre les gens qui sont passionnés par les chevaux. C’est une chose que j’ai bien connue en tant que cavalière. J’aime aussi sa façon d’expliquer comment ces gens vivent ensemble alors qu’il y a des gouffres financiers entre la vie du lad d’écurie et le propriétaire qui monte son cheval de temps en temps. La plupart des gens qui travaillent de façon professionnelle dans le monde des chevaux n’ont pas d’argent et courent après. Ceux qui pratiquent ce sport équestre de façon plus amateur sont les plus fortunés. Il y a ce décalage ingrat. J’ai vu des tragédies. Patricia Mazuy n’est pas dans l’imagerie équestre romanesque et niaise. Elle rend hommage à l’animal d’une façon qui me plaît.

Savez-vous pourquoi ce milieu est à ce point « aristocratique » ?

C’est une machinerie financière qui a pris une ampleur énorme et a fait basculer les choses dans le luxe. Mais les riches, ce sont les propriétaires, les sponsors, les organisateurs de concours. De plus, les très bons chevaux sont rares.

En tant qu’excellente cavalière, est-ce facile de désapprendre à monter à cheval pour un rôle ?

Non. C’était même drôle à faire. Et compliqué car le cheval aussi devait être moyen au début puis devenir meilleur. Cela l’a perturbé. Il se demandait ce qu’il se passait quand je faisais semblant de mal le monter car cela faisait des mois qu’on atteignait un haut niveau. J’ai dû plusieurs fois le remettre dans la concentration.

Ce film vous a apporté quoi ?

Il m’a fait du bien. J’étais contente d’être dans un univers que je connaissais bien. C’était la première fois que je pouvais me référer à de souvenirs dans la pratique de mon métier. J’ai adoré sentir que je pouvais apporter des choses, être dans la collaboration. Je n’étais plus dans une forme de soumission ou de fragilité. Plus une matière qu’on peut manipuler. Je me sentais active.

Cela change quoi ?

Ça m’a rappelé le travail au théâtre. Et conforté mon idée qu’il faut travailler au cinéma. Patricia aime les acteurs qui apportent leurs compétences. C’est super car, en France, l’art de l’acteur n’est pas dominant. On préfère le flou « c’est elle/c’est pas elle ».

Cela veut dire qu’après ce film, vos exigences vont changer ?

Elles ont déjà changé. J’ai toujours recherché le dialogue avec le metteur en scène. Maintenant, cela va être essentiel. Je veux qu’il y ait un intérêt personnel très grand dans mes futurs projets.

Pour tourner le film de Patricia, j’ai laissé tomber un gros projet théâtre avec Patrice Chéreau. Je voulais m’engager pleinement.

Envie aussi de réaliser ?

De mettre en scène au théâtre. De créer quelque chose moi-même. J’ai une idée de documentaire.

En tant que fille de l’actrice Ludmila Mikaël et du metteur en scène britannique Terry Hands, vous vous dites : « Finalement, jouer était mon destin » ?

Non. Cette filiation m’a mis des bâtons dans les roues. Car connaître l’envers ne donne pas envie. De plus, je ne crois pas à la filiation dans ce métier. Une vocation artistique est une chose très intime. Mais ce qui fut formidable, c’est que j’ai vu beaucoup de spectacles et de films depuis toute petite.

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