Ron Perlman, un acteur monstre
PHILIPPE MANCHE
jeudi 02 février 2012, 10:47
L'acteur américain Ron Perlman était à l'honneur lors de la 19e édition du festival du film fantastique de Gérardmer. Révélé en France par Jean-Jacques Annaud, le comédien connaît une seconde jeunesse via la série virile « The Sons of Anarchy ».
Ron Perlman, ici à Gérardmer, le 26 janvier dernier©AFP/JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN
ENTRETIEN
GÉRARDMER
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
On s'était promis de ne pas y penser et boum ! Quand Ron Perlman vous serre la pince et vous flanque son regard en acier dans les yeux, vous pensez à son personnage de salaud dans la série The Sons of Anarchy. Hé Ron, ton Harley, elle est où ?
Vous avez commencé votre carrière au théâtre en interprétant les grands classiques, dont Shakespeare. Est-ce la dimension shakespearienne de la série « Sons of Anarchy » qui vous a séduit ?
D'abord la qualité de l'écriture et le fait qu'on n'a jamais montré la société criminelle de cette manière-là à la télévision. Quand on m'a dit que cette famille allait être « inspirée » par Hamlet, je n'étais pas rassuré. Au final je suis assez content parce que l'hommage au roi, à la reine, au jeune prince, à la jeune fille qui essaie de motiver le prince, est subtil. Ce qui m'intéresse, c'est la façon intelligente d'explorer ce monde de criminels qui sont en dehors de la société, avec leurs propres codes : c'est fascinant. Clay, mon personnage, est vraiment un monstre. Il fonctionne au premier degré, n'a aucun humour vis-à-vis de lui-même. Il est à l'opposé de ce que je suis dans la vraie vie.
Nino, votre personnage de « Drive », a vraiment des côtés effrayants, et aussi plus marrants. Vous regrettez qu'on n'exploite pas plus souvent votre veine comique ?
C'est un personnage qui a vraiment évolué. Du coup, Nino est devenu ce mec qui veut être quelque chose mais qui, en réalité, devient quelqu'un d'autre. Il fallait donc trouver l'équilibre entre le mec marrant et celui qui fout la trouille. Il n'y a rien de plus effrayant que quelqu'un qui ne sait pas vraiment qui il est réellement.
C'est amusant parce qu'au début de ma carrière, je voulais jouer de la comédie. J'ai d'ailleurs fait du stand-up avec quelqu'un. On avait un duo. Sur les huit ans de théâtre, j'ai dû passer 90 % de mon temps à jouer de la comédie. Une fois à Hollywood, avec mon physique, les réalisateurs n'ont pas perçu mon ressort comique. J'avais la gueule du gangster, celui qui intimide. Comme j'étais obligé de travailler, j'ai abandonné ma passion, mon premier amour.
Avec trente ans de carrière au compteur, vous sentez-vous prêt à produire ou réaliser un film ?
Je vais en réaliser un, c'est en cours. J'ai bouclé le financement et je suis actuellement en plein casting. J'aimerais vraiment vous en dire plus mais j'attends le feu vert de plusieurs personnes. Et comme je suis un superstitieux et que ce sont des acteurs importants, je préfère ne pas me prononcer.
Par contre, j'ai tellement de respect pour les scénaristes que je me contente de laisser ça aux autres et d'admirer le travail. C'est quasi mystique et magique, ce processus d'écriture.
Lorsque vous êtes sur un plateau, vous faites donc attention au travail du réalisateur, à la place de la caméra, à la lumière ?
J'espère que j'ai appris certaines choses au fur et à mesure mais, sur un plateau, je ne suis pas là à prendre des notes. Je suis plus concerné par mon personnage, son comportement, c'est quasi une obsession. J'ai eu la chance de travailler avec tellement de grands réalisateurs que j'imagine avoir absorbé des éléments d'un point de vue visuel Je pense.
Un jour, j'ai demandé à mon grand ami Guillermo del Toro quel était le secret d'être un bon réalisateur. Il m'a dit : « Le secret, c'est de placer la caméra au meilleur endroit, à trouver le placement optimal. »
Comme nous sommes dans un festival fantastique et que vous avez tourné beaucoup de films de genre, quel est votre premier souvenir relié à l'imaginaire ou au fantastique ?
Aussi loin que je remonte, l'image qui m'a le plus impressionné quand j'étais enfant, c'est celle de Charles Laughton en Quasimodo dans Le bossu de Notre-Dame (William Diertele - 1939). Dans sa performance, on trouve tout ce contraste entre la monstruosité extérieure d'une gargouille et sa beauté intérieure. Ça m'a vraiment marqué. Même Anthony Quinn, qui est quand même un comédien exceptionnel, n'arrive pas à la cheville de celle de Laughton.
Quand je fais des films fantastiques, j'attache la plus grande importance à trouver le côté humain des monstres. Mais c'est juste un hasard si j'ai travaillé aussi souvent avec Guillermo del Toro. Lui, il veut toujours faire évoluer ces personnages dans ce monde-là. Et à mon sens, son film Le labyrinthe de Pan est l'illustration ultime du comportement des êtres humains.
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