Vanessa Paradis : « Je n'avais jamais joué une femme de cette trempe-là »
FABIENNE BRADFER
dimanche 05 février 2012, 10:26
2012 est une année cinéma pour Vanessa Paradis. Mère courage, fille solaire ou introvertie, elle ose composer. « Café de Flore » a été un déclic. Un entretien de Fabienne Bradfer
« Café de Flore » Photo DR
Trente-neuf ans et vingt-cinq ans de carrière. Des films qui marquent comme le premier, « Noce blanche » (César du meilleur espoir en 1990), ou comme « Un monstre à Paris », film d'animation dont l'héroïne a son look et sa voix. Au fil des films, ses partenaires sont Depardieu (« Elisa »), Jeanne Moreau (« Un amour de sorcière »), Belmondo et Delon (« Une chance sur deux »), Daniel Auteuil (« La fille sur le pont »), Romain Duris (« L'arnacur »). Joli roseau résistant à toutes les tempêtes, surtout médiatiques, Vanessa est un oiseau chantant qui fait bien son nid dans le cinéma. Et ce n'est pas fini ! On pense même qu'elle est au début d'un nouvel épanouissement.
A l'affiche, depuis mercredi, de « Café de Flore », du Québécois Jean-Marc Vallée, un drame où il est question de réincarnation, l'actrice joue une mère courage comme jamais on ne l'a vue. Elle reconnaît qu'elle a enfin appris à composer.
Ensuite, on la verra dans « Je me suis fait tout petit », comédie dramatique de Cécilia Rouad, où elle campe une fille solaire, tout en générosité et en positivisme, qui ne connaît pas la culpabilité et passe ses journées à sourire et croire aux gens. « Une fille comme je rêverais d'être » nous glisse-t-elle, ajoutant : « Je sortais du tournage la cage thoracique ouverte comme un tournesol ».
Ensuite viendra « Cornouaille », autre comédie dramatique d'Anne Le Ny, où elle interprète une femme introvertie mais fière, figée dans son image de la réussite, passant à côté de l'essentiel. « Un tournage fort pendant deux mois en Bretagne avec le vent, les marées », confie-t-elle, plus habituée aux plages des Bahamas.
Cet été, Vanessa reprend le chemin des plateaux pour retrouver Sandrine Bonnaire sous la direction d'Anne-Marie Etienne.
Trois films à l'affiche, des tournages : 2012, année cinéma !
C'est le hasard des projets qui arrivent en même temps. Je reçois aussi des propositions plus intéressantes, vu mon âge. Et je n'avais pas fait de choses qui inspirent les réalisateurs.
Le succès de « L'arnacur » a-t-il été un moteur ?
Certainement. Je ne crois pas avoir impressionné quiconque avec mon rôle mais grâce au succès du film, j'ai été plus présente dans l'esprit des gens. Moi, je prends les choses les unes après les autres. Quand je fais de la musique, je suis à fond dans la musique. Quand je fais un film, je suis à fond dans le cinéma. Je prévois pas mal de choses mais j'accepte aussi que des choses arrivent par surprise comme « Café de Flore ». Et ce film, ce n'était pas gagné au départ. Jean-Marc Vallée est venu à Paris à la pêche à une actrice française. J'ai eu la chance qu'il me choisisse car je suis nulle en casting. Il a dû voir en moi « sa » mère courage.
Vous répétez combien le scénario de Jean-Marc Vallée vous a bouleversée. Pourquoi ?
J'ai été complètement captivée et happée par les élans d'amour et de souffrance, les actes de chacun. Ce film parle de s'aimer et de se perdre. Cela m'a chamboulée. En plongeant dans ces histoires complexes, on est emballé dans un tourbillon d'amour du début à la fin avec tout ce que ça fait faire aux personnages, avec tout ce que ça nous fait faire dans la vie.
On voit avant tout une mère plutôt qu'une femme dans votre personnage. Est-ce facile de gommer votre côté glamour ?
Oui et c'est même très agréable. Car le cinéma, pour moi, c'est m'abandonner mais surtout m'évader. On se sert énormément de soi mais on crée, on invente aussi beaucoup. J'adore ce mélange d'idées de soi, d'idées du metteur en scène ajoutées à la part de l'instant et de l'improvisation. C'est très agréable de s'évader de soi et de raconter une histoire qui vous fait vibrer. Il n'y a qu'en vibrant soi-même qu'on peut faire vibrer les autres. Donc quitter le glamour, pour moi, c'est très facile. Etre moche parce que cela cadre avec le personnage, je n'ai pas de problème avec ça ! D'autant que j'ai aussi tellement d'autres occasions où l'on me prépare.
Mais quel est votre rapport réel à votre image, celle que renvoie le cinéma ?
Je ne m'en soucie pas. Ce qui prime, c'est l'histoire et les émotions. C'est pour cela que les gens vont au cinéma. Au-delà de ça, je ne regarde pas les rushes. L'important pour moi est de savoir si je suis au mieux le personnage.
Et votre rapport avec l'image que les magazines renvoient de vous ?
Je ne me vois pas ! Je fais les séances photos de façon ludique. Il ne faut pas se croire belle et glamour. C'est pas ça du tout. Une séance photos, c'est un jeu avec un objectif et un photographe. Ça peut être de jolis moments.
Votre rôle dans « Café de Flore », c'est aux antipodes de celui sophistiqué de « L'arnacur »
Je n'avais jamais joué une femme de cette trempe-là. C'est une mère courage déterminée. Elle construit toute sa vie autour de son fils et sa sauvegarde dans un monde qui a du mal à accepter la différence. Pour son époque, elle est très avant-garde dans son refus de mettre son enfant dans un institut spécialisé.
La barrière entre ce que vous êtes dans la vie et ce que vous jouez est très floue quand il s'agit de jouer une mère ?
Quand je joue, je suis très « carpe diem ». Je suis dans la scène à jouer. A ce moment-là, on ne pense pas, on y va sur base d'un acquis qui est ce mélange entre ce qu'on est et ce qu'on a répété avec le metteur en scène. Avec Jean-Marc, on a beaucoup réfléchi sur le personnage. On a travaillé son look, sa voix, sa démarche, ses réactions, ses motivations.
On ne s'improvise pas mère et fils avec un enfant trisomique. Comment avez-vous procédé pour vous apprivoiser ?
Il faut savoir que chez les enfants trisomiques, il y a une pureté et une générosité dans les rapports humains. Et ça, à la première rencontre, ça aide. Marin Gerrier, mon jeune partenaire, m'a sauté au cou quand il m'a vue la première fois. Après, comme avec n'importe quel partenaire, on a dû s'apprivoiser. Mais Marin et moi, on était faits pour s'entendre. Il a charmé toute l'équipe. C'est un petit garçon intelligent, vif et drôle. Ce fut un bonheur. Bien sûr, il y eut pour lui la difficulté de l'assimilation de choses nouvelles, de l'articulation des mots, d'expliquer un déplacement ou un texte qui change. J'avais peur qu'il ne fasse pas la différence entre moi dans le rôle et moi dans la vie car mon personnage est parfois dur et violent. J'avais peur de lui faire peur. A côté de ces cas concrets, Marin ne faisait parfois pas ce qui était prévu et on se retrouvait tous à improviser. Cela a donné des moments de grâce incroyables. Des choses impossibles à prévoir.
Vous aimez l'improvisation ?
Je trouve cela fabuleux mais je n'ai jamais été à l'aise avec ça. Je me trouvais nulle. J'étais trop sur la réserve alors que l'impro demande de se laisser aller sans peur d'être mauvaise ou ridicule. Avant Marin, j'avais beaucoup de mal avec ça. Marin m'a obligée à y aller. Je ne sais pas s'il m'a libérée de ça définitivement mais je l'espère.
Qu'avez-vous appris avec Jean-Marc Vallée ?
A composer. Je n'avais jamais réussi ça avant. Je jouais toujours instinctivement. Arriver à composer était mon rêve. Avec Jean-Marc, on l'a fait ensemble, progressivement. C'est comme si je m'étais habillée de la peau du personnage petit à petit. D'abord par le costume, puis la coiffure, puis la voix, puis la démarche Comprendre tout ce qu'on rajoute pour se transformer.
A vous entendre, on a l'impression que ce film vous fait « grandir » en tant qu'actrice !
C'est vrai. Ce furent 17 jours de tournage d'une densité fabuleuse. J'étais entourée et portée par des gens passionnés par leur métier.
« Café de Flore » parle de réincarnation. Vous y croyez ?
Je ne peux pas dire que je n'y crois pas mais ça ne fait pas partie de mes réflexions de vie. Mais l'idée qu'il y ait quelque chose après la mort me plaît.
Si vous deviez vous réincarner, ce serait en ?
En quelque chose de pas trop douloureux, pas trop pénible et de grandiose. Quelque chose de la nature ou un animal. Quelque chose de tranquille, style un palmier dans les îles, avec un peu de brise et des oiseaux autour de temps en temps En fait, non ! Pas un arbre car ça ne bouge pas un arbre et moi, il faut que je bouge ! Si c'était dans le passé, j'adorerais être dans les années 20 30.
Vous faites du cinéma pour vous évader. Est-ce la même chose avec la musique ?
Oui, oui ! Mais en musique, je travaille avec une équipe et cela reste mon monde, mes choix, mes goûts. Quand je suis sur un plateau de cinéma, je suis dans les mains d'un metteur en scène et on part dans son monde. C'est très agréable. Et j'adore ça. Quand on s'entend et qu'on est d'accord, évidemment. Quand ce n'est pas le cas, c'est terrible car on n'a plus envie de faire plaisir.
Cela vous est déjà arrivé ?
Oui, lors de mon premier film. Je ne connaissais pas le cinéma et je ne savais pas trop ce que je voulais. Mais le plus souvent, j'ai vécu des moments exceptionnels surtout quand on va loin de chez soi, qu'on laisse son quotidien pour se retrouver dans une bulle le temps d'un tournage.
On dit souvent qu'un acteur est un enfant. Qu'en pensez-vous ?
Cela dépend des jours et des humeurs.
39 ans dont 25 ans de carrière ! Fierté ou vertige ?
C'est très impressionnant. Le chiffre me donne le frisson mais je suis tellement heureuse de tout ça. J'ai parfois du mal à réaliser que tout ça s'est passé et que ça dure encore. J'en suis toujours émerveillée. Pas du tout blasée.
Vous imaginez vieillir avec ce métier ?
Je n'en sais absolument rien. En tout cas, j'ai envie de le faire encore longtemps. Car il m'apporte tant d'émotion, d'évasion, de rencontres.
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