Alexander Payne, cinéaste « adulte et contemporain »
PHILIPPE MANCHE
mercredi 08 février 2012, 09:55
Le réalisateur de « Sideways » signe avec « The Descendants », plusieurs fois nominé aux Oscar, un film fin, sensible, émouvant et intelligent. Un entretien de Philippe Manche
AFP
Alexander Payne aura cinquante et un ans le 10 février prochain. En l'espace de cinq films, dont le très beau "About Schmidt" ( 2002) et le tout aussi touchant "Sideways" (2004) qui vaudra à l'intéressé un Oscar du meilleur scénario, le réalisateur d'origine grecque a le chic pour palper les fêlures de ses personnages. Habité par une douce mélancolie qui traverse sa filmographie, Alexander Payne était de passage à Londres en octobre dernier. C'est lors du London Film Festival qu'il présentait son adaptation du roman de Kaui Hart Hemmings "The Descendants". C'est là aussi que nous l'avons rencontré.
Sept années séparent « The Descendants » et « Sideways », on vous avait presque oublié. On ne vous imagine pas sans projets...
J'adore toujours faire des films. C'est jusque que parfois, les choses s'avèrent plus compliquées. J' adore ce feeling de travailler en équipe.
J'ai passé pas mal de temps à écrire le scénario d'un film que je n'ai pas encore tourné. Un peu plus de deux ans sur un projet de science fiction. Qui demande un budget conséquent. Je dois aussi me familiariser avec les effets spéciaux. Mon co-scénariste l'a achevé au printemps 2009, juste au moment où l'économie se cassait la figure. Ce n'était pas le moment rêvé pour le réaliser. Après deux ans et demi à travailler dessus, et voir que le projet n'allait pas aboutir, ça m'a rendu malade. J'avais envie d'autre chose, j'étais vraiment désespéré. C'est à ce moment-là que j'ai reçu l'opportunité de travailler sur « The Descendants ».
Pendant l'écriture du scénario, j'ai juste pris quelques semaines à travailler sur le pilote d'une série. Juste pour le plaisir d'être sur un plateau et gueuler sur les gens. Il s'agit de Hung, le type qui a un énorme sexe. Mais je n'ai réalisé que l'épisode pilote.
Tous les acteurs qui travaillent avec vous, c'était déjà le cas avec Jack Nicholson, n'ont que des mots attentionnés à votre égard. Vous avez une idée ?
La seule explication valable, c'est que je prends tellement mon pied sur un plateau que le plaisir doit être communicatif. Si vous travaillez avec quelqu'un qui met une pression ou qui est très tendu, vous aurez tendance à l'être aussi. Ah oui, demandez-leur, je ne me prends pas du tout au sérieux. Du coup, en cas de conflit, c'est vite désamorcé. Ce qui ne nous empêche pas de travailler d'arrache-pied.
On qualifie votre cinéma de cinéma intelligent, ça vous convient ?
Je pense que le public est beaucoup plus intelligent que moi. C'est vrai, je fais confiance à son intelligence. J'essaie à chaque fois de faire quelque chose d'un peu malin parce que je suis toujours anxieux à l'idée de ressembler à un idiot.
Vous savez, c'est comme lorsque vous êtes dans une haute école ou à l'université et que vous êtes entouré de gens beaucoup plus futés que vous. Et bien, vous n'allez même pas osé leur poser une question de peur qu'elle soit nulle. Et quand quelqu'un va poser la même que vous, il paraîtra forcément plus malin.
J'essaie de ne pas intellectualiser mon cinéma. J'en suis arrivé à la conclusion que je fais des films que mes ami(e)s et moi avons envie de voir. Donc oui, on veut voir des longs métrages que nous estimons cools et intelligents. Mais je ne suis pas le seul, l'année dernière je me suis régalé avec « The Social Network », « Le discours d'un Roi » ou « The Kids are all right ».
Vos films sont faciles à monter ?
Tout tourne autour du budget. « The Descendants » a coûté 22 millions de dollars. Je ne dépasse pas le budget. Je respecte les délais et j'ai la chance que mes films rapportent de l'argent. Ça me permet d'en faire un autre et ainsi de suite. Nous sommes quelques uns à Hollywood à faire ce genre de cinéma adulte et contemporain. Et comme j'ai le « final cut », je suis beaucoup plus ouvert aux suggestions des studios. Mais la clé, au final, c'est vraiment le budget.
L'histoire de « The Descendants », c'est aussi celle de la reconstruction du personnage de George Clooney. Cet aspect là vous a touché ?
Pas vraiment, non. Ce qui m'a le plus touché, c'est son histoire avec sa fille aînée. Surtout avec une actrice comme Shailene Woodley, elle est vraiment formidable, spontanée et généreuse.
Pour être honnête, ce qui m'a vraiment séduit, intrigué aussi, c'est le voyage de cet homme. Qui prend la décision d'annoncer la mort imminente de sa femme à l'amant de celle-ci.
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