Kassovitz et le cinéma français : « J'en ai marre ! »
FABIENNE BRADFER
jeudi 16 février 2012, 11:41
Kassovitz est dans l'actualité avec la sortie de « La vie d'une autre », de Sylvie Testud. Mais ce sont ses tweets où il « encule le cinéma français » qui font parler de lui. Il nous confirme sa colère et sa décision d'aller travailler aux Etats-Unis.
Kassovitz acteur, cest rare Sa passion est la mise en scène « À moi dassurer pour ne pas avoir lair con avec le costume » © DR
PARIS
coups de gueule
Maurice Pialat
1987, Sous le soleil de Satan reçoit la Palme d'or du 40e Festival de Cannes. Dans la salle, mélange de sifflets et d'applaudissements. Et Pialat de lâcher sur scène : « Si vous ne m'aimez pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus ». Et de lever le poing. Certains y verront un signe de victoire, d'autres un bras d'honneur.
Annie Girardot
1996. César de la meilleure actrice dans un second rôle (Les Misérables) en main, elle déclare : « Je ne sais pas si j'ai manqué au cinéma français, mais à moi, le cinéma français a manqué follement éperdument douloureusement. Et votre témoignage, votre amour, me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte. »
Patrice Leconte
Octobre 1999, le réalisateur des Bronzés et du Mari de la coiffeuse adresse une lettre à l'ARP (société des auteurs- réalisateurs-producteurs) à propos de l'attitude de la critique vis-à-vis du cinéma français. Il parle d'un « club de fossoyeurs ». La guerre est déclarée. Une vingtaine de réalisateurs rédige une deuxième lettre pour affirmer leur colère à l'égard du terrorisme critique. Le texte est attribué à Bertrand Tavernier.
Jean-Pierre Marielle
Il est l'inventeur de la notion de « carte ». Et d'expliquer : « Il y a un petit comité, un jury clandestin, une coupole mafieuse composée de gens influents des médias ( ), qui distribuent des cartes, dorées ou pas, assurant aux porteurs que quoi qu'ils fassent, pour leur plus petit pet, il y aurait de l'écho. ( ) Elle n'est pas synonyme de talent ou d'absence de talent. ( ) Et on peut hériter de la carte d'un autre. »
DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE
Rappel des faits. Suite à l'annonce des nominations aux César, Mathieu Kassovitz tweete : « L'ordre et la morale. Une seule nomination aux césars. J'encule le cinéma français. Allez vous faire baiser avec vos films de merde. » Il retweete : « Vous ne m'aimez pas. Je ne vous aime pas non plus. Narcissique et prétentieux. Je le suis. Je l'affirme. Je vous emmerde. Bonne journée. » Re-retweete : « J éculé (sic) le cinéma français oui Mais pas tous. Pas Testu par exemple ; ni Jan. Ni Gaspard, Hazanavicius, Boukrief, Vestiel, Gavras » Et précise : « « j'encule », mille pardons pour la faute de frappe. »
Mathieu Kassovitz est en colère. Et le fait savoir. À sa façon, brute tendance provoc'. Ce n'est pas nouveau. Garder une constance en ce qu'il croit, envers et contre tout, est sa fierté. « C'est facile quand on a la prétention de dire qu'on emmerde tout le monde. Si tu n'es pas sûr de ce que tu veux, ça devient complexe et tu te mets en péril. J'ai toujours pensé qu'il ne fallait pas faire les choses si on n'en est pas convaincu à 100 %. À tort ou à raison. Aller au bout de ses convictions pour être satisfait de soi. C'est ce que je fais jusqu'à présent. Chemin pas simple. J'ai fait des erreurs . J'assume tout. Sinon, je fermerais ma gueule. »
Or, ça, ce n'est pas dans ses habitudes. On se souvient déjà de lui à l'époque de La haine ou face à la presse à Cannes avec Assassin(s). Pour les tweets récents : « Un truc d'ado fougueux » dit Sylvie Testud qui vient de le diriger dans La vie d'une autre (en salle le 22 février). Grâce à ce film, nous voici devant l'acteur Kassovitz plutôt détaché. Depuis Métisse, son premier long comme réalisateur, il a toujours rué dans les brancards, vomissant clairement l'esprit Nouvelle Vague. Acte du « fils » qui doit tuer le « père » pour s'accomplir. Comme l'avait fait François Truffaut contre le cinéma classique qu'incarnaient Autant-Lara, Delannoy, Duvivier, Clément
À 45 ans, Kassovitz brandit aussi une liste noire et dit : « J'ai envie de travailler avec les bonnes personnes sur de bons projets. » Mais encore ? « J'ai plein de projets mais je n'en parle pas. » C'est-à-dire ? « Je n'ai jamais été contre le ciné français mais j'ai toujours estimé qu'on pouvait faire mieux. Le cinéma français est corporatiste. Les gens se confortent dans leur petit univers. Il n'y a pas beaucoup de propositions artistiques. On est resté à la Nouvelle Vague. Ça fait 40 ans Stoooop ! Cette post-Nouvelle Vague est fatiguée et fatigante. Ou alors on est dans une imitation de ce qui se fait aux Etats-Unis mais en moins bien. »
Se sentirait-il à l'étroit dans ce milieu ? « En 1980, j'avais 13 ans et le choix entre Bebel ou Delon dans leur pire période, bref un cinoche assez pauvre, alors qu'aux USA, c'était le top du top avec Coppola, Spielberg, Kubrick, Friedkin. Quand j'ai commencé à faire du ciné, mes références étaient là-bas, pas ici. Pas par prétention. Juste par intérêt pour des metteurs en scène exceptionnels faisant des films exceptionnels. En France, il n'y avait rien d'exceptionnel. C'est encore le cas et ça me fâche. »
Kassovitz, petit génie ignoré du cinéma français ? « Je ne dis pas que je suis meilleur mais qu'il doit y avoir de la place pour tout le monde. Or, on reste dans les acquis et le conventionnel. Ça me fait chier. J'en ai marre ! » Cela veut dire : « Je n'ai plus envie de monter mes projets en France. J'ai fait tout ce que j'avais à faire ici, j'ai beaucoup donné au cinéma français. Je suis parti aux Etats-Unis mais je suis revenu car je voulais faire des films personnels. C'est fait. Je n'ai plus envie de me casser le cul pour porter des sujets sans sentir des énergies positives autour. Je ne pourrais pas faire La haine 2 si je le voulais. J'en ai marre de me sentir seul. Faire de la comédie avec les mêmes potes, il n'y a pas de problème. Mais ça, moi, c'est non ! »
Où est sa place ? « Elle n'est plus en France. Elle est aux Etats-Unis. Avec une cinématographie à l'américaine. Malgré toute la corruption artistique que peut imposer Hollywood, c'est quand même de là que sortent les meilleurs films. Je suis assez passionné d'arriver à faire de bons films au milieu des problèmes politiques et économiques des machines hollywoodiennes. Comme le réussissent Spielberg et James Cameron. Michel-Ange faisait de l'art à partir de commandes ! »
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Our idiot brother
De Jesse Peretz. Avec Paul Rudd, Zooey Deschanel, Elizabeth Banks, Emily Mortimer, Steve Coogan. -
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Meek's Cutoff
De Kelly Reichardt. Avec Michelle Williams, Bruce Greenwood, Will Patton, Zoe Kazan, Paul Dano.
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Depuis que j'ai vu Kassovitz et Bigard éructer chez Guillaume Durand sur les attentats du 11 septembre qui seraient une conspiration du siecle organisé par les Américains (avec des arguments classiques du style "je ne dis rien mais c'est quand même bizarre que..), je me pose des questions sur son état mental. Et je m'étonne d'autant plus de son amour du cinéma américain (où il a surtout tourné quelque bons navets....)
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Pour ma part, il a entièrement raison. Le cinéma français engrange plus de flops que de tops. Il n'y a plus de créativité ou alors, elle est très basique. Il est énervant d'entendre que certains films ont battu les records de "La grande vadrouille". Ce film était sorti milieu des années '60, à une époque où la démographie en France avoisinait les 40 millions d'individus. Pour l'heure, elle en est à plus de 62 millions, ce qui fausse les données. Les navets ne se comptent plus. La comédie est devenue gravelleuse et la tragédie plate et statique. Seuls quelques bons films historiques demeurent une valeur sûre. Mais ils se font rares... comme le talent de bon nombre d'actrices et d'acteurs. Comme pour la musique, j'ai plutôt une culture Anglo-Saxonne. Cela devient de même pour le cinéma. Cela devient de même pour Kassovitz.
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Tout ce qui est excessif est insignifiant. Dommage car les arguments qu'il pourrait développer sont éventuellement digne d'intérêt. Peut-être aurons nous le fond de sa pensée une fois qu'il aura retrouvé son calme.
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Il a pas tort sur le fond. Et au moins lui reste intègre et non politiquement lisse et policé, c'est un artiste après tout et pas le genre de "teckel à Drucker".
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Certains diront que son coup de gueule tombe en même temps que la sortie d'un film dans lequel il joue et que c'est une façon comme une autre d'assurer sa promo, mais je suis sûr que ce n'est qu'une coïncidence