Le Belge Wajnberg attaque l’un des favoris de la Berlinale

NICOLAS CROUSSE

samedi 18 février 2012, 13:20

Rebelle, en lice pour l’Ours d’Or, fait déjà l’objet d’une controverse : le cinéaste belge Marc-Henri Wajnberg considère que le film canadien s’est abusivement servi de son propre travail. Par Nicolas Crousse à Berlin

Le Belge Wajnberg attaque l’un des favoris de la Berlinale

Présenté ce vendredi à la Berlinale, Rebelle, en lice pour la conquête de l’Ours d’or, fait d’ores et déjà l’objet d’une controverse, provoquée par le cinéaste belge Marc-Henri Wajnberg. L’auteur des illustres Clap considère que le film du Canadien Kim Nguyen, tourrné au Congo et évoquant l’histoire d’une enfant soldat, s’est abusivement servi de son propre travail. Entre novembre 2010 et mars 2011, Marc-Henri Wajnberg a tourné un long-métrage, « Le Diable n’existe pas », interprété par des enfants de rue rencontrés au cours de six voyages à Kinshasa. « Je leur ai loué une maison pendant un an, j’ai engagé des éducateurs, un professeur de français, de musique et leur ai payé un an d’école. La seule fille du groupe, Rachel, 12 ans lors du tournage, a été trouvée dans la rue. »

C’est elle qui tient le rôle principal, dans le film Rebelle. Point de plagiat en cette affaire, reconnaît Wajnberg. Qui accuse néanmoins la production du film canadien d’avoir bâti une promotion sur un mensonge. « Aujourd’hui, dit-il, le réalisateur du film Rebelle annonce pour sa promo que c’est la première fois que la jeune Rachel joue dans un film, alors que sa première expérience cinématographique était mon long-métrage, qui est à présent terminé et prêt à être présenté dans les festivals. Il annonce qu’elle a été trouvée dans la rue lors d’un casting sauvage, ce qui est un nouveau mensonge puisqu’il l’a découverte dans mes rushes, qu’une maison était louée pour les enfants qui avaient joué dans mon film et que des éducateurs s’occupaient d’elle. »

S’ils devaient être fondés et vérifiés, ces reproches apporteraient un sérieux bémol à l’enthousiasme suscité vendredi par la projection internationale du film, considéré comme l’un des possibles lauréats de la Berlinale, qui livrera son verdict ce samedi soir. Plus qu’un film sur la condition tragique des enfants-soldats, Rebelle est un joli portrait de fillette : celui de la toute jeune Komona, enrôlée de force par des rebelles, contrainte à traverser les horreurs d’une guerilla, mais tenue debout, jusqu’au bout, par une étonnante vitalité, et modèle de résilience.

« Il n’est pas question d’être revanchard, et c’est magnifique pour Rachel d’avoir joué dans ce nouveau film, conclut Wajnberg, d’autant plus que ce qui lui arrive est le sujet de mon film : transformer la pénible condition des enfants des rues en une vie normale. Ce qui est nettement moins bien c’est de bâtir une promo sur un mensonge. Le problème n’est pas non plus l’ego d’avoir trouvé cette jeune fille qui est une excellente comédienne, tout comme les autres enfants de mon film. Ce qui est frustrant, c’est que sa promo s’approprie tout le travail que je fais avec ces enfants depuis 2 ans afin qu’ils puissent tous être réinsérés, comme le sont déjà deux des jeunes comédiens de mon film, donnant par là l’impression que mon film est inexistant. »

Le film de Marc-Henri Wajnberg, pratiquement terminé, devrait être révélé au printemps prochain.

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