L'Ours d'or aux Taviani, 35 ans après la Palme

NICOLAS CROUSSE

samedi 18 février 2012, 21:14

L'Ours d'or récompensant le meilleur film de la 62e édition de la Berlinale a été attribué à « Cesare deve morire » des frères toscans Paolo et Vittorio Taviani. Par Nicolas Crousse à Berlin

L'Ours d'or aux Taviani, 35 ans après la Palme

Vittorio Taviani et Paolo Taviani, © AP

La vie recommence à 80 ans. Après avoir décroché il y a trente-cinq ans la Palme d'or avec Padre Padrone, Paolo et Vittorio Taviani, respectivement 80 et 82 ans, ont reçu ce samedi soir des mains de Mike Leigh, président du jury, l'Ours d'or de la 62ème Berlinale dont nous avions tiré notre propre bilan vendredi. Le bonheur des frères italiens, montant sur scène comme des garnements venant de remporter un trophée d'étudiants, fait chaud au coeur. Et fait preuve d'une fraîcheur que l'on avait précisément admirée dans leur vingtième long-métrage, César doit mourir, hommage au théâtre dont nous avions dit en nos colonnes tout le bien que nous pensions.

Le palmarès

Ours d'or du meilleur film : « Cesare deve morire » (« César doit mourir ») des Italiens Paolo et Vittorio Taviani

Ours d'argent – Grand prix du jury : « Csak a szel » (« Juste le vent ») du Hongrois Bence Fliegauf

Ours d'argent du meilleur réalisateur : l'Allemand Christian Petzold pour «Barbara»

Ours d'argent de la meilleure actrice : la Congolaise (RDC) Rachel Mwanza dans « Rebelle » du Canadien Kim Nguyen

Ours d'argent du meilleur acteur : le Danois Mikkel Boe Folsgaard dans « A Royal affair » de son compatriote Nikolaj Arcel

Ours d'argent de la meilleure contribution artistique : la photo de « Bai lu yuan » du Chinois Wang Quan'an

Ours d'argent du meilleur scénario : « A Royal affair » du Danois Nikolaj Arcel

Prix Alfred Bauer, en mémoire du fondateur de « Tabu » du Portugais Miguel Gomes

Mention spéciale du jury : « L'Enfant d'en haut » de la franco-suisse Ursula Meier

Prix du meilleur premier film : « Kauwboy » du Néerlandais Boudewijn Koole

Ours d'or du meilleur court-métrage : « Rafa » du Portugais Joao Salaviza

Ours d'argent du court-métrage : « Gurehto Rabitto » du Japonais Atsushi Wada

Prix Teddy du meilleur film gay ou transgenre : « Keep the lights on » (Laisse la lumière allumée) de l'Américain Ira Sachs

Ours d'or d'honneur : l'actrice américaine Meryl Streep

Ours de cristal de la section Génération 14 plus (enfants et adolescents) : « Arcadia » de l'Américaine Olivia Silver

C'est après avoir découvert sur scène des prisonniers de la prison de Rebibbia, dans une lecture de L'Enfer de Dante que les Taviani avaient eu un flash : celui de mettre les mots du Jules César de William Shakespeare dans ces bouches avides de sens et de reconnaissance. Idée géniale, car pour évoquer les thèmes de la pièce – pouvoir, trahison, crime, loyauté –, c'est peu dire que ces gueules cassées, aux casiers judiciaires très lourds (mafia, drogues, pédophilie, crimes…), s'y entendent. Leurs personnages ont pour noms Brutus, Cassius, César. Ils pourraient tout aussi bien s'appeler Vito, Sonny ou Michael Corleone, et jouer dans Le Parrain. Le film ne se contente pas d'être drôle, tonique, émouvant. Il est un hymne à la fonction sociale et surtout existentielle de l'art, véritable planche de salut de la galerie de damnés que nous accompagnons durant 75 minutes. « J'espère que quand ce film sera montré au public (…) certains en rentrant chez eux se diront, ou diront à des gens avec qui ils ont vu le film, que même des criminels endurcis, condamnés par exemple à la perpétuité, sont et restent des hommes », a déclaré Paolo en recevant l'Ours d'or. « Cela a permis (aux prisonniers) pendant quelques jours de revenir à la vie. Cela n'a duré que quelques jours, mais ils ont fait ça avec une grande conviction et c'est à eux que va notre salut. »

Il est piquant, et en vérité assez réjouissant, de voir les vétérans de cette édition du festival doubler les nombreux petits jeunes de la compétition… même si, c'est vrai, Paolo et Vittorio pourraient être les fils du réalisateur portugais Manoel de Oliveira, toujours vert et derrière la caméra. On retrouve les jeunes talents de la Berlinale aux places d'honneur : le Hongrois Bence Fliegauf s'attribue le Grand prix du jury, pour Just the wind, son puissant film dénonçant la traque de Roms en Hongrie. L'Allemand Christian Petzold (Barbara) décroche l'Ours d'argent du meilleur réalisateur. La jeune Rachel Mwanza, 13 ans et découverte dans les rues de Kinshasa par le Belge Marc-Henri Wajnberg pour son film "Le diable n'existe pas" (sortie cet automne), obtient le prix d'interprétation féminine pour le film canadien Rebelle, de Kim Nguyen… qui a donc commis un inutile péché d'orgueil en prétendant être l'homme qui découvrit Rachel Mwanza. Le prix d'interprétation masculine va au Danois Mikkel Boe Folsgaard pour A Royal Affair. Une mention spéciale a été attribuée à L'Enfant d'en haut, de la Suissesse et Bruxelloise d'adoption Ursula Meier. Enfin, l'envoûtant ovni du Portugais Manuel Gomes, Tabu, déjà récompensé la veille par la presse internationale, a reçu le prix du film ouvrant de nouvelles perspectives.

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