Le Fiff couronne «Puisque nous sommes nés»

DIDIER STIERS

samedi 04 octobre 2008, 12:31

BAYARD D'OR DU MEILLEUR FILM, PRIX DU PUBLIC DE LA SCAM ET DE LA PROVINCE DE NAMUR: « PUISQUE NOUS SOMMES NÉS » est totalement ancré dans la réalité. Documentaire et fiction y font bon ménage.

 Le Fiff couronne «Puisque nous sommes nés»

Palmarès

- Bayard d'Or du Meilleur Film : Puisque nous sommes nés (Jean-Pierre Duret et Andréa Santana, France/Brésil)

- Prix Spécial du Jury : L'apprenti (Samuel Collardey, France)

- Meilleur Scénario : Guillaume Vigneault pour Tout est parfait (Yves-Christian Fournier, Québec)

- Meilleure Photographie : Agnès Godard pour Home (Ursula Meïer, Suisse/France/Belgique)

- Meilleure Comédienne : Léa Seydoux pour La belle personne (Christophe Honoré, France)

- Meilleur Comédien : Mohamed Majd pour En attendant Pasolini (Daoud Aoulad, Maroc)

- Meilleure Première Œuvre : L'apprenti (Samuel Collardey)

- Prix Nouvelles Technologies : Tout est parfait (Yves-Christian Fournier)

- Meilleur Court-métrage : Skhizein (Jérémy Clapin, France)

- Prix du Jury Courts-métrages : C'est dimanche ! (Samir Guesmi, France)

- Mention Spéciale Court-métrage : Eau (Apa) (Constantin Popescu, Roumanie)

- Meilleur Court-métrage, compétition nationale : Légende de Jean l'inversé (Philippe Lamensch)

- Meilleure photographie (court-métrage compétition nationale) : Marc Ridley pour Vaincu (Santos Hevia)

- Prix du Jury Junior : Mascarades (Lyes Salem, Algérie/France)

- Prix du Public de la Ville de Namur : Mascarades (Lyes Salem)

- Prix du Public de la Scam et de la Province de Namur : Puisque nous sommes nés (Jean-Pierre Duret et Andréa Santana)

ENTRETIEN

Entre les murs, Les bureaux de Dieu, Puisque nous sommes nés… Pas question de parler de mode, ni de tendance. Mais certains réalisateurs expriment avec plus de force et de clarté leur propos dans un genre hybride où se mêlent des éléments venus du documentaire et de l'art de la fiction.

Puisque nous sommes nés est pourtant totalement ancré dans la réalité. Le film nous transporte au Brésil, dans le Nordeste.

À 13 et 14 ans, Cocada et Nego incarnent ces (très) pauvres auxquels on dénie parfois jusqu'au droit d'être, d'exister aux yeux du monde. Tous deux ont pourtant des rêves : devenir chauffeur de poids lourds pour l'un, partir et gagner de l'argent pour l'autre. Les petits boulots s'enchaînent, pour quelques réales, à deux pas d'une station-service qui symbolise leur « ailleurs ».

Andréa Santana et Jean-Pierre Duret (notamment preneur de son pour les frères Dardenne) signent ce documentaire produit par Jamel Debbouze. Dernier volet d'une trilogie « brésilienne ». Jean-Pierre Duret nous en parle.

L'idée, dites-vous, était d'aller vers plus d'intériorité…

Vers l'âme des gens, oui. En filmant très peu de personnes, aussi. Nous avions également envie de creuser la forme. Jusqu'à présent, nous étions restés dans un style un peu plus classique de documentaire. Et là, nous nous rendions bien compte que, pour essayer d'aller là où nous voulions aller, vers cette intériorité, nous devions changer de forme, aller vers quelque chose de plus cinématographique.

Faire plus de cinéma ?

En quelque sorte. Et parmi les premières réactions, celles qui nous touchent beaucoup viennent des spectateurs qui disent avoir ressenti le film pour eux-mêmes. Et ça, c'est exactement comme une fiction ! C'est-à-dire, un film qui raconte une histoire universelle avec des personnages qui restent proches. On ne les juge pas, non plus, et le public repasse le film par son propre filtre.

Quelle différence existe-t-il entre filmer la pauvreté et filmer « des pauvres » ?

Ce n'est effectivement pas pareil. Je dirais qu'à la base, il y a déjà une réflexion et une expérience. Nous avons une histoire qui fait que nous nous plaçons à un endroit où nous avons déjà constaté que, politiquement, filmer la misère ne sert plus à rien. Nous sommes saturés d'images, d'infos, de visions de cauchemar. Parce que ce sont des cauchemars que de voir ces gens qui crèvent de faim, qui ont des problèmes d'eau, etc. Nous avons tout ça, nous, et nous n'y pouvons rien. Il y a cette espèce de grand sentiment de culpabilité que nous enterrons en nous, et nous ne voulons plus rien en voir, parce que nous avons le sentiment que voir ou ne pas voir ne sert à rien. C'est aussi basé sur un grand mensonge, le mensonge de la communication, qui est de dire : on vous montre ces images, vous pouvez aider !

Comme dans ces réunions internationales où on nous le martèle sans relâche…

Oui, mais contre toute logique, contre toute réalité. Je me souviens qu'à 15 ans, j'entendais déjà McNamara dire « On va réussir à éradiquer la faim dans le monde. » Trente ans plus tard, c'est le contraire qui s'est passé. Il faut arrêter avec ce grand mensonge. En ne voyant derrière ces gens que les symptômes dont ils sont atteints, on évacue la dimension humaine, la profonde humanité, la personne qui a aussi des choses à nous apporter ! Ces « choses », Puisque nous sommes nés les fait ressentir, les montre, aussi. Il faut entendre Cocada et Nego philosopher sur ce qu'ils sont.

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