Cette semaine sort « Entre les murs » de Laurent Canet, Palme d'Or à Cannes.
Photo : D.R.
Le mercredi 24 septembre sortaient simultanément sur les écrans français Entre les murs, Palme d'Or cannoise signée Laurent Cantet, et Faubourg 36, de Christophe Barratier. Sur papier, et vu les budgets respectifs, on aurait commercialement parié sur le second film. C'est pourtant le premier qui semble s'en tirer le mieux, sur la base des premiers chiffres. Et c'est tout un symbole.
Faubourg 36 est le successeur du fameux Les choristes, dans lequel Gérard Jugnot faisait chanter la douce France des écoles d'antan. Entre les murs, c'est tout l'inverse de ce cinéma de papa et autre daddy nostalgie.
À l'instar des récents films de Bertrand Tavernier (Ça commence aujourd'hui, emmené par un Philippe Torreton aussi militant que prof), de Nicolas Philibert (Être ou avoir, docu tourné dans une toute petite classe du Massif central) ou d'Abdellatif Kechiche (L'esquive, plongeant le monde de Marivaux dans les tchatches de banlieue), le quatrième film de Cantet filme de façon aussi frontale que chaotique et vitaliste une bande d'enfants sauvages. D'ados turbulents confrontés le temps des cours au regard de leur prof, François Bégaudeau (dans son propre rôle), qui pourrait être un cousin d'Olivier Besancenot. Entre les deux, prof et élèves, complices et ennemis traditionnels, c'est à qui aura le dernier mot. Le langage est l'enjeu de joutes qui flirtent tantôt avec la chienlit et la violence nue, tantôt avec l'harmonie et le gai savoir.
Des cours, tels des matches
En somme, nous dit Cantet qui confesse avoir voulu filmer les cours tels des matches de tennis , quand l'école est cette caisse de résonance des enjeux et des conflits du monde, elle est d'abord une école de la vie. Un endroit irremplaçable, qui produit certes de l'injustice et de la discrimination, mais un des seuls et derniers endroits capables de relever le défi du « vivre ensemble », au-delà des différences de race, de couleur ou de religion.
Pourquoi cette vague de films français centrés sur la question de l'éducation ? Sans doute parce que la société française est traversée de remous. La crise est aux portes. L'égalité des chances est une chimère. Les campagnes politiques cultivent l'obsession sécuritaire. En somme, personne, ou presque, ne s'occupe des fondamentaux. Et en l'occurrence, l'éducation, c'est le b.a.-ba
Christophe Honoré, réalisateur d'un film récent tourné à l'intérieur d'un lycée (La princesse de Clèves, d'après Madame de la Fayette), ne se reconnaît pas forcément dans cette vague française. Mais reconnaît : « L'école a toujours été un lieu de cinéma. Quand on s'attaque à l'école en France, il y a toujours un côté grand sujet. On y parle de la violence, du caractère ethnique. Il y a une approche sociologique, qui n'est pas la mienne. Je ne suis pas sûr qu'on existe tant que ça, en groupe, au moment du lycée. »
Honoré a sans doute raison sur le fond. Mais les faits lui donnent actuellement tort. Depuis que le cinéma est entré, une Palme d'Or sous le bras, dans les cours des écoles, voici celles-ci qui ambitionnent aujourd'hui de lui rendre la pareille. Rien qu'à Bruxelles, deux écoles (le collège Saint-Pierre, à Uccle, et l'école Mercelis, à Ixelles) viennent de réaliser un premier long. En rêvant secrètement d'aventures festivalières. L'éducation sur un tapis rouge, franchement, qui aurait parié là-dessus ?
INSTITUT EMILE GRYZON (ANDELRECHT) L'école est à son 3ème long en cours de production.Voir : www.fagny.netHeureux de voir que le virus cinématographique se répand et surtout d'y voir les élèves au travail, motivés et en projet.Faire c'est apprendre, disait Monsieur Kubrick.
A voir! J'ai été voir ce film hier. Il est hyper réaliste et le jeu de ping-pong prof/élèves est vraiment bien rendu. Vraiment, ces jeunes ont du répondant. Gare à ceux qui ne comprennent rien au langage des "djeunes" d'aujourd'hui, ils pourraient être dépassés par la rapidité des joutes verbales, ça fuse dans tous les sens !!!!