Elle s'appelle Sabine

FABIENNE BRADFER

mercredi 12 mars 2008, 12:53

Projeté à Cannes l'an dernier, diffusé à la télé, le bouleversant documentaire de Sandrine Bonnaire sur sa sœur autiste est de ces films qui méritent d'aller loin, donc jusqu'à la salle. Né d'une colère face au manque de structures adaptées pour adultes atteints de troubles mentaux dans un pays qui a des moyens, c'est un film pudique mais engagé, posant un regard personnel et poignant sur une maladie désarçonnante, allant au-delà des représentations habituelles. De manière sobre et digne, il met en évidence les dysfonctionnements de tout un système médical, en dénonce les absurdités et le gâchis terrifiant d'une prise en charge inadaptée, exprime combien les familles vivent ce drame dans l'ombre, décrit combien la lutte est acharnée.

C'est aussi une magnifique déclaration d'amour d'une sœur à sa jeune sœur. Car Sandrine Bonnaire filme Sabine telle qu'elle est, belle et moins belle, tendre et violente, vulgaire, avec ses injures, et virtuose quand elle interprète un prélude de Bach.

Ce film n'est donc pas un simple documentaire familial, social ou politique. Sans jamais rien voler de la vie de Sabine mais tout en montrant l'essentiel, Elle s'appelle Sabine s'impose humainement et cinématographiquement. Car, derrière la caméra, Sandrine Bonnaire prouve qu'elle a le sens de la forme, du cadre, de la mise en sens. Elle prend parti, assume une vraie mise en scène, ose être poétique, accuse, mêle la réalité du présent aux images de l'enfance. Elle filme Sabine, son corps, ses regards, ses silences, ses humeurs avec tendresse et vérité. Avant son séjour trop long en milieu hospitalier et après. Elle fait ainsi de Sabine une authentique héroïne.

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