Egalement à l'affiche

DIDIER STIERS ET FABIENNE BRADFER

mercredi 10 octobre 2007, 13:27

Sicko ; Délice Paloma ; Butterfly on a wheel ; Control X

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Biyouna imprime la pellicule de « Délice Paloma » Photo D R

Sicko

Du Michael Moore 300 %, grande gueule et donneur de leçon. Un montage efficace doublé d'un humour assassin pour une plongée au cœur du système de santé de la première puissance mondiale. Du Moore pur cru. Qui jette un nouveau pavé dans la mare, emballe le public à sa cause, tourne tout en dérision, va chercher l'émotion, le rire, l'indignation, pilonne tout ennui, matraque son point de vue. Sans nuances, ni réserves, ni contradicteurs.

Avec un incomparable culot de fou du roi et un savoir-faire racoleur, le cinéaste américain met le doigt sur les inhumanités du système de santé US et glorifie les systèmes canadien, anglais, français et même cubain – ce qui lui valut des petits problèmes avec l'administration Bush. Dès la première image du film, propagande avouée pour un système de soins de santé universel, le ton est donné, avec un gros plan de Bush déclarant : « Il y a un problème aux Etats-Unis. » Pour Michael, le problème, ce sont les 50 millions d'Américains qui n'ont pas d'assurance-maladie. Et ce sont surtout les 250 millions qui en ont une mais ne peuvent obtenir les soins adéquats, car pour les assurances, pour qu'il y ait autorisation de soins, il faut qu'il y ait « sinistre ».

Les témoignages sont éloquents. Fatalement à charge. Moore dénonce à l'artillerie lourde, ce qui donne, comme chaque fois chez lui, une vision manichéenne. Tout converge vers une affirmation : l'Amérique a son propre Axe du Mal. Les laboratoires pharmaceutiques, le milieu hospitalier et les compagnies d'assurance.

Lire aussi Le Soir de ce mercredi.

Délice Paloma

Vous avez besoin d'un permis de construire ? D'une compagne pour la soirée ? Appelez la bienfaitrice nationale, Madame Aldjéria, elle vous arrangera ça.

Nadir Moknèche (Viva Laldjérie) serait-il l'Almodovar algérien ? On peut le penser quand on voit comment il filme les femmes, plutôt battantes que battues, dans toutes leurs forces et leurs fragilités, dans leurs intimités les plus secrètes. Quand on voit le personnage qu'il a donné à Biyouna, icône populaire sortie du registre comique depuis Le harem de Mme Osmane mais qui garde l'irrévérence de ses débuts.

La voici as de la débrouille, vivant de combines et de bouts de ficelle dans un pays de passe-droits où l'on pratique facilement l'art de l'arabesque plutôt que la ligne droite. Pour survivre, cette quinqua d'origine modeste a fait un peu de tout, jusqu'à vendre « un peu d'amour pour alléger la solitude des hommes ». Et on craque pour cette force de la nature qui, à sa sortie de prison, perçoit sa propre existence, fait le point et révèle une bouleversante humanité. Magnifique, Biyouna, sorte de Carmen Maura nord-africaine, imprime la pellicule de son tempérament et traduit à merveille l'humour cruel et réaliste du petit peuple d'Alger.

Sorte de Dolce vita renversée, Délice Paloma brosse justement le chaud et le froid du petit peuple et, derrière cela, fait le portrait nuancé d'un pays en pleine mutation. Les personnages secondaires, les détails, une énergie, de l'humour, une lucidité et beaucoup de tendresse sont le ferment magique de cette fiction attachante qui passe par tous les tons, en s'affichant plus chronique sociale que pamphlet politique. Jamais complètement cynique, sauvant toujours l'humanité des personnages quand il le faut, Nadir Moknèche dit beaucoup sans être manichéen. On aime.

Butterfly on a wheel

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes chez les Randall. Vivant à Chicago, Neil (Gerard Butler, vu dans 300) et Abby (Maria Bello, History of violence) ont une chouette petite fille, Sophie, une belle maison, une situation sociale et professionnelle confortable. Neil a un boulot dans la pub, où il s'est fait une réputation de « killer ». Bref, c'est le bonheur… comme on n'en voit qu'au cinéma.

Jusqu'au jour où ils sont pris en otage par un fou furieux armé qui surgit de la banquette arrière de leur Range. Ryan leur explique qu'il a enlevé la fillette et qu'elle sera tuée s'ils ne répondent pas à ses exigences. Après leur avoir fait comprendre, façon Gainsbarre, qu'il n'en avait pas après leur compte en banque, le criminel s'en prend systématiquement à tout ce qui fonde leur vie de famille. Jusqu'au pire…

La dernière fois que Mike Barker s'était signalé à notre attention, c'était il y a deux ans, avec A good woman, adaptation d'un texte d'Oscar Wilde – en bref, une satire sociale qui s'attaquait au snobisme. En 2007, son Butterfly on a wheel (Shattered, en V.O.) s'avère être un petit thriller qui se laisse regarder, même si, parfois, le réalisateur britannique et son scénariste flirtent avec une certaine invraisemblance. Pour un peu, on en regretterait la finesse de son précédent film. N'empêche, à ce petit jeu du chat et de la souris, Pierce Brosnan, dans le rôle du méchant au regard inquiétant, s'en paie une bonne tranche. Ses motivations restent bien entendu longtemps obscures, jusqu'au « twist » final… qui risque d'en décevoir quelques-uns.

En cloque : mode d'emploi (Knocked up)

Ben (Seth Rogen) passe ses journées à fumer de l'herbe avec ses copains glandeurs, aussi débraillés que lui. BCBG, Alison (Katherine Heil) travaille pour une chaîne de télé et vient de décrocher une promotion. Pour fêter ça, la belle ambitieuse est de sortie, croise cet ado attardé pas du tout sexy, le ramène dans son lit et l'éjecte après consommation. Mais huit semaines plus tard, elle est enceinte…

L'amour est aveugle, mais là, on a beaucoup de mal à croire à cette fusion même sexuelle. D'autant que dans la veine de la belle et la bête, on a vu plus subtil et plus crédible. Judd Apatow, connu pour la série télé Freaks and geeks, a pourtant fait des progrès depuis 40 ans, toujours puceau. Mais le scénario de cette comédie romantique faussement jeune, et parfois drôle, reste très banal. Cela fera rire les fans de starapoil.com. C'est du tout cuit pour le home-cinéma. En salle, il y a mieux à voir !

Control X

Truffaut, Pialat, Gus Van Sant, Larry Clark. Autant de cinéastes qui ont mis en scène l'adolescence, ce temps incertain des vertiges intérieurs, de la glande avouée, de la destitution du père, des illusions affirmées, du désœuvrement affiché, des interdits recherchés et du zapping obligé. Pour leur premier long-métrage, les Belges Bernard Declercq et Thomas François affrontent cette période délicate de la vie sans perdre pied, en poussant la porte de Seb (Bruno Borsu, très authentique), 16 ans, né sous X, en quête de ses racines, donc désarmant totalement ses parents adoptifs car prêt à fantasmer le premier mec fascinant venu en père idéal.

Fait avec peu de moyens, mais avec une énergie presque adolescente, un sens de la débrouille et un bon discernement, ce film, qui traverse Bruxelles la nuit et son milieu bourgeois le jour, se sert de la problématique des enfants adoptés pour amplifier les dérapages inhérents à l'adolescence, entre doutes, peurs, solitude et sentiment d'absurdité. Car tous les ados aimeraient changer de parents, mais ne pas en avoir, c'est encore pire que tout. On ne peut savoir où on va que si on sait d'où on vient. Le tout se livre par petites touches, par scènes courtes, à l'image de la vie des jeunes héros. Il y a quelque chose de sympa et d'authentique dans tout ça.

La justesse du casting (plus de 400 jeunes furent auditionnés pour dégoter les cinq adolescents du film) ajoute d'ailleurs au sentiment de véracité qui se dégage de la quête de cet ado en manque de repères.

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