
JEAN-CLAUDE VANTROYEN
lundi 23 novembre 2009, 10:59
© Pierre-Yves Thienpont.
ENTRETIEN
Lorànt Deutsch est un ludion sympathique. À 34 ans, il en paraît toujours 19. Avec un enthousiasme de gamin. Il parle de ses passions avec une faconde réjouissante. Fils de Hongrois (ce qui explique son prénom) et de Française, il est monté d'Alençon à Paris à 15 ans vivre chez ses grands-parents. Là, il découvre le théâtre, la comédie, le métier d'acteur. Depuis 1994, 28 films, 20 téléfilms et 8 pièces de théâtre. Et des projets. Il prépare avec Pierre Péan un scénario sur les Chouans, qu'il veut réhabiliter. Et va jouer une pièce avec Eric Cantona.
En même temps, ce licencié en philo, fou d'histoire, a marché dans Paris pour connaître sa ville et son histoire. Il en a conçu un livre, Métronome L'histoire de France au rythme du métro parisien, qui apprend beaucoup tout en étant agréable à lire. Il en a déjà vendu 150.000 exemplaires.
Théâtre, cinéma, télé, et maintenant un livre. Vous êtes un éclectique, vous.
Mais non, pas tant que ça. Ce qui me plaît c'est d'incarner des rôles et d'incarner l'histoire. Lui donner une chair. Tout ça est lié. C'est l'envie de vous raconter la plus belle des histoires, celle de France. L'histoire n'est pas une matière froide, qu'on doit conceptualiser, désincarner, décliner en concepts ou thèmes. L'histoire est un maillage profond avec des intérêts personnels, des enjeux. Elle est pleine de vie, de chair, de sang. J'ai la même démarche quand je joue un rôle. Je veux montrer que l'histoire, c'est l'histoire humaine, racontée par des hommes, au sujet des hommes,
Comment avez-vous eu l'idée de raconter l'histoire de Paris à travers le métro ?
C'est comme ça que j'ai découvert Paris et ai appris l'histoire. Je suis arrivé à Paris à 15 ans. Je ne connaissais personne. Pour m'occuper le mercredi après-midi, plutôt que de rester à la maison et de regarder la télé, je prends le métro. J'arrive à une station qui s'appelle Place d'Italie et je me dis : « C'est peut-être un quartier italien, où il y a des pizzas. » Et je me rends compte qu'on se trouve sur la voie romaine qui reliait Paris à Rome via Lyon. On peut décrypter l'histoire sur le métro : il peut devenir une colonne vertébrale pour raconter l'histoire.
Le « Métronome », c'est un livre d'histoire de plus ?
J'espère que non. Le fait de relier l'histoire au métro, ça m'a permis de changer d'éclairage. De parler de périodes qu'on a un peu éludées. L'histoire enseignée est déséquilibrée : on parle trop de certaines périodes et pas assez d'autres. Un métronome, c'est un instrument de musique qui marque la mesure, qui donne le tempo. Je voulais remonter le temps de manière équilibrée, siècle par siècle, comme un métronome.
Vos lecteurs vont-ils apprendre des choses ?
Paris et le métro ne sont qu'un prétexte pour raconter la grande histoire de France. Je m'adresse aux Belges aussi car notre passé jusqu'au traité de Verdun en 843 est commun. Notre premier roi de France, le roi des Francs, c'est Clovis : il est né à Tournai.
Vous aimez bien le passé et le racontez avec verve. Mais vous n'aimez pas trop votre époque avec ces « centres commerciaux laborieusement hypermodernes », ces « fast-foods qui régurgitent leurs frites rances »
Je n'aime pas cette époque consumériste. Ça pollue tout. Les objets perdent de leur valeur à force d'être diffusés à profusion. On perd la rareté, et surtout de l'humain. Aller dans un centre commercial, j'arrive pas. Je préfère discuter avec le vendeur de l'épicerie du coin, je paie plus cher mais j'ai de plus beaux souvenirs.
Vous avez pris un nègre ou vous avez écrit tout seul ?
Nul autre que moi n'aurait pu aller là où je suis allé en 17 ans. Je ne sais pas qui a pu autant que moi user ses galoches sur le pavé parisien. C'est ma passion, mon histoire et je suis trop égoïste pour la confier à autrui. Et puis j'ai toujours été à l'aise à l'écrit. Je suis un comédien, j'utilise l'oralité, mais je me suis toujours exprimé avec des mots pas savants mais choisis, gourmands. J'ai avalé la langue française comme un avantage précieux. Pour s'exprimer clairement avec justesse. Trouver le bon poids et la bonne mesure du bon mot. Oui j'ai écrit ce livre tout seul. Avec l'aide de 300 auteurs que j'ai lus et relus.
Vous utilisez des mots comme « plouc », « bouffe ». Par esprit populaire ?
Pour rappeler que je ne me prends pas pour un écrivain. Je n'ai pas la plume des grands auteurs et la connaissance des grands historiens. Je reste à mon niveau. J'écris comme je le dis. Je ne veux surtout pas être pompier, avoir un style ourlé, ampoulé. Je n'écris pas quinze pages comme Proust pour décrire une idée. Je n'ai pas son talent, ni son génie et ce n'est pas mon envie. Ce qui me définit, c'est « Regardez, regardez, suivez-moi, je vais raconter l'histoire de France et je vais m'appuyer sur une vieille pierre qui a connu cette histoire ».
D'autres projets de livres ? On parle des routes de France.
Ça, c'est dans dix ans. Je vais m'y atteler. Les voies de communication, parce que c'est l'engagement, l'acte de foi pour se sédentariser. On fabrique une route pour circuler, pour revenir. C'est l'enracinement. Décrire la naissance d'un pays par ses routes, c'est un bon moyen de voir comment on arrive à la France hexagonale.
Bref, vous continuez à élargir vos horizons.
Parce que s'enfermer, c'est disparaître. On ne reproduira jamais aussi bien ce qu'on a fait une fois. Il n'y a qu'un original, après on s'appauvrit, on se schématise, on se brosse à grands traits et finalement, on est appelé à disparaître parce qu'on reste sur soi, on ne va pas vers les autres, on ne s'ouvre pas. Pour faire un enfant, il faut être deux.
Comment vous est venu l'idée du métro
N est ce pas un livre d histoire de plus
Vous semblez ne pas aimer votre époque
Avez-vous écrit vous même votre livre
Pq ne faites vous pas du documentaire
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