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VANTROYEN,JEAN-CLAUDE
mardi 06 avril 2010, 11:04
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« Madame Bovary » ou « Da Vinci Code » résumés en quelques tweets, c'est ça, la Twittérature. Erik Orsenna espère inciter les jeunes à se plonger ensuite dans les « vrais » romans. Par Jean-Claude Vantroyen
@Rudolf Marton
Il faut être étudiant, américain et désuvré pour se consacrer soudain à ce jeu de massacre : adapter la méthode jivaro à 70 chefs-d'uvre ou best sellers de la littérature mondiale et en faire un bouquin. Ils avaient 20 ans chacun et, par ces journées d'hiver encore plus tristes à Chicago qu'ailleurs, Emmett Rensin et Alexander Aciman se disaient, dans la chambre qu'ils partageaient, qu'il valait mieux faire ça que glander. Ils se sont pris au jeu. Et les titres ont suivi. De L'Iliade aux Trois Mousquetaires, de Macbeth à L'Etranger, de Robinson Crusoë à 1984, du Rouge et le Noir à Twilight
Quest-ce quun tweet ?
Gazouillis. C'est sa signification en anglais.
Message, envoyé par Internet, messagerie instantanée ou SMS.
Gratuit. L'inscription est gratuite, l'envoi et la réception des messages aussi.
Bref. 140 caractères maximum.
Twitter est l'outil de réseau social qui permet la circulation de ces messages. Il a été créé en 2006. On estime à 12 millions le nombre de ses utilisateurs dans le monde.
Chaque fois, pas plus de vingt tweets, vingt versets si vous voulez, de 140 caractères maximum chacun. « On essaie de reprendre le style, les moments essentiels de l'histoire et de construire pour chaque tweet une petite blague. » Pour Alexander Aciman, pas de problème : son bouquin relève de l'humour, du jeu. Devant les mots de sacrilège, de blasphème, de scandale qui ont fusé, il répond simplement : « Il ne s'agit pas de dénigrer la littérature, ni de faire des résumés pour les étudiants. Ce n'est qu'un jeu. Et je ne peux le faire que parce que j'aime tous ces livres. Il nous a fallu relire tous ces romans essentiels, les comprendre, piger ce que les auteurs voulaient y mettre. Tous ces livres sont importants pour moi. »
Et pour les auteurs, il était primordial de les actualiser. Le langage est celui d'aujourd'hui et même celui de Twitter, les références sont d'aujourd'hui, les musiques sont d'aujourd'hui.
A qui les auteurs de cette Twittérature s'adressent-ils ? « A tout le monde, répond Alexander Aciman. A tous ceux qui ne vont jamais lire Joyce ou Shakespeare et qui seront un peu plus riches, parce qu'ils sauront de quoi les auteurs ont voulu parler. » Et pourquoi est-ce à ce point plein de gros mots ? « Parce que la vulgarité est l'essentiel de l'Internet. »
Et, en fin de compte, à quoi ça sert vraiment ? « Pour nous, c'est pour être riches et connus. Pour les lecteurs, c'est pour devenir un peu plus intelligent. »
Erik Orsenna, c'est quelqu'un de respecté : prix Goncourt 1988 avec L'exposition coloniale, auteur de La grammaire est une chanson douce en 2001 et de Si on dansait en 2009. Il a écrit la préface du livre. « J'ai été choqué, nous raconte-t-il. C'est scandaleux de triturer ainsi les livres que j'admire. Mais, en même temps, je cherche tous les moyens pour amener les plus jeunes à la lecture. Alors, si c'est une possibilité, pourquoi pas ? »
La Twittérature, n'est-ce pas de la provocation ? « Evidemment, c'est de la provocation. Mais rien n'est pire que l'indifférence vis-à-vis des livres comme de n'importe quoi. Moi, je préfère la provocation. Dans ce livre, il y a des résumés qui sont nuls. Mais certains sont extra. C'est très amusant. »
Etonnant de voir le membre de l'Académie française ainsi positif vis-à-vis de cette initiative ? « Je n'ai jamais de position de principe, nous répond-il. Je suis extraordinairement pragmatique. C'est pareil avec la langue. Moi j'utilise beaucoup les SMS. J'écris en français, on ne se refait pas, mais ça fait partie de la communication d'aujourd'hui. Il y a le papier, avant la peau d'agneau, avant le bois, avant le sable. Vous avez au téléphone un académicien plus curieux que grand inquisiteur. »
La grande contradiction, c'est que ces deux représentants de la génération Twitter ont écrit un livre, plutôt que d'avoir acheminé leurs chefs-d'uvre résumés tweet par tweet via Twitter, le Net ou le GSM.
« Si on n'avait fait cela que sur Internet, ça n'aurait pas été reçu de la même façon, répond candidement Alexander Aciman. Il nous fallait un projet plus solide que de distribuer sur la toile. »
« Je suis beaucoup dans les classes, ça ne sert à rien de dire que le SMS est épouvantable, ça ne sert à rien de dire qu'il faut lire, dit pour sa part Erik Orsenna. Tout aujourd'hui, chez les jeunes, passe par le portable. Si cette Twittérature était livrée par tweet, et s'il y a un jeune sur dix qui se rend compte qu'il y a là une histoire qui lui parle, alors ce serait gagné ! »
